Taux - Dette Souveraine / Indicateurs macros / Taux-dette souveraine
Taux - Dette Souveraine
Indicateurs macros / Taux-dette souveraine
France, l'aveuglement des marchés
Une fois de plus, la France s’est démarquée de ses voisins européens ce matin: le pays a affiché un indice PMI des services au plus bas depuis quatre mois en juin, tandis que les enquêtes remontent dans la plupart des autres Etats. Ainsi, alors que l’indice français est passé de 49,1 en mai à 48,2 le mois dernier, ceux de l’Espagne, de l’Irlande et l’Italie ont remonté respectivement à des niveaux de 59,7, de 55,2 et de 54,2, ce qui, pour l’Italie, représente un plus haut de 38 mois.
Si la France et l’Italie sont toutes deux les plus en retard en termes de réformes et ont les perspectives de croissance les plus faibles de la zone euro pour 2014 (0,7% et 0,3% contre 1,3% pour l’Espagne ou 0,9% pour le Portugal), le nouveau chef d’Etat italien est parvenu à restaurer la confiance au sein de son pays. L’indice des services dévoilé ce matin en est sans doute le meilleur exemple. « L’Italie possède un chef disposant d’une forte majorité et la direction prise par le gouvernement est très claire », explique Philippe Gudin, chef économiste Europe chez Barclays. « En France, il manque un chef, qui ne dispose même plus de majorité. Tant qu’il y aura des députés récalcitrants, il ne sera pas possible de restaurer la confiance des chefs d’entreprise, puisqu’ils n’auront pas la garantie que la stratégie annoncée en janvier sera appliquée et poursuivie », poursuit l’économiste.
Les résultats de l’enquête dévoilée ce matin pour la France sont d’autant plus inquiétants qu’ils concernent les services, qui représentent le principal contributeur au PIB de l’Hexagone, à hauteur de 80%. Ce qui, selon Dominique Barbet, économiste chez BNP Paribas, représente une menace pour la reprise, prévue au second semestre. Si certains estiment que les enquêtes PMI sont considérées comme plus volatiles que celles de l’INSEE ou de la Banque de France et sont difficilement de bons indicateurs d’évolution du PIB, elles n’en restent pas moins de très bons signaux d’activité par secteur. Or les résultats de ce matin soulignent que la majorité des cadres interrogés dans les services ne comptent pas embaucher dans les prochains mois. L’emploi a reculé pour le huitième mois consécutif. « La demande en berne entraîne une baisse des nouvelles affaires, tendance qui incite les entreprises à réduire leurs effectifs pour le huitième mois consécutif », explique Duncan Head, économiste chez Markit. Sachant que les services marchands représentent 40% des emplois français, l’enquête de ce matin est donc plutôt de mauvais augure pour l’évolution du chômage dans les prochains mois, estime Julien Manceaux, analyste chez ING.
Ces mauvaises données macro économiques françaises publiées depuis quelques semaines n’ont pourtant pas l’air d’inquiéter les marchés outre-mesure. Ce matin, le Trésor a levé pour 8,5 milliards d’euros à long terme à des taux au plus bas. Ainsi le dix ans s’est adjugé à un rendement de 1,77% avec un taux de couverture de 2,74, tandis que le 13 et le 16 ans ont rencontré une demande de 2,8 et 2,6 fois supérieure à l’offre, à des taux respectifs de 2,13% et 2,38%. « A la différence de l’Italie, la France n’a pas subi la pression des marchés pour le moment », explique Philippe Gaudin. Ce qui l’a moins incitée à mettre en place les réformes structurelles nécessaires. Mais, estime l’économiste de Barclays, la situation ne saurait durer. Après une première phase de normalisation des marchés obligataires européens, l'opinion des marchés vis-à-vis de la France pourrait se retourner. « Les marchés risquent progressivement d’établir une différenciation sur les taux entre la France et les autres Etats, qui pourrait être très dangereuse pour le pays », conclut le chef économiste.
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