Entreprises / Actions / Anthropic / Blackstone
Entreprises / Actions
Anthropic / Blackstone
Wall Street mobilise 63 milliards pour les puces d’Anthropic / Blackstone et trois grandes banques structurent l’opération
Les puces d'intelligence artificielle se financent désormais comme des avions. Bank of America, Blackstone, Citi et Morgan Stanley ont annoncé le 26 octobre un financement de 63 milliards de dollars pour l’acquisition d’accélérateurs d’IA XPU et d’équipements de réseau fournis par le fabricant américain de semi-conducteurs Broadcom, destinés à être loués à Anthropic, le concepteur de Claude. Cette transaction s’inscrit dans un accord stratégique précédemment conclu entre Broadcom et Anthropic pour développer les capacités de calcul de cette dernière, avec des premières livraisons attendues en 2027. « La demande d’IA, en croissance rapide, crée une opportunité considérable de financer des capacités de calcul à grande échelle », s’est félicité Jon Gray, président et directeur des opérations de Blackstone.
Broadcom s’engage sur la valeur de ses puces
Pour financer ces équipements sans prêter directement à Anthropic, les partenaires ont mis sur pied un véhicule dédié, qui en assurera l’acquisition avant de les louer à l’entreprise. Le montage repose sur deux tranches de dette présentant des niveaux de risque distincts. Bank of America, Citi et Morgan Stanley arrangent la tranche de premier rang, prioritaire en cas de remboursement, tandis que Blackstone intervient sur celle de second rang, davantage exposée aux pertes. Le gestionnaire d’actifs est le seul à apporter la partie de cette seconde tranche faisant l’objet d’un engagement ferme.
Ce montage doit toutefois composer avec une incertitude majeure : les puces d'IA risquent de devenir obsolètes à mesure que de nouvelles générations apparaissent, ce qui rend leur valeur future incertaine. Mais Broadcom ne se contente pas de fournir les équipements. Le fabricant s'engage également à soutenir leur valeur résiduelle, pour un montant équivalent à celui de la dette de premier rang. De quoi offrir aux prêteurs une protection supplémentaire contre le risque de dépréciation du matériel.
Une bulle à l’envers selon Jon Gray
Ce financement de 63 milliards de dollars donne une traduction concrète aux convictions exprimées la veille par Jon Gray sur le développement des infrastructures d'IA. Selon lui, les bulles historiques se caractérisent par des investissements massifs dans des infrastructures destinées à satisfaire une demande encore hypothétique, comme lors du développement des chemins de fer à la fin du XIXe siècle ou des télécommunications à la fin du XXe. Aujourd'hui, « nous observons exactement l’inverse. Dans ce cas, la demande explose », affirme-t-il, citant l'exemple de certaines entreprises du portefeuille de Blackstone dont les dépenses mensuelles auprès de deux grands fournisseurs de modèles d'IA ont été multipliées par vingt. Face à cette demande, l’offre peine à suivre, y compris pour les groupes disposant des bilans les plus solides. Les obstacles se multiplient : difficultés à obtenir les autorisations, oppositions locales, pénuries de turbines et de puces, délais de construction des centrales électriques et nécessité de mobiliser des dizaines de milliards de dollars. « C’est pourquoi nous investissons dans cette contrainte », explique le dirigeant de Blackstone.
Une pénurie plutôt qu’une bulle
Force est toutefois de constater que le financement d'Anthropic présente un point commun avec les bulles historiques évoquées par Jon Gray : le recours massif à l'endettement. Le dirigeant rappelle que les investissements dans les chemins de fer et les télécommunications ont été réalisés « avec beaucoup d’effet de levier ». Ce recours à la dette s'inscrit aujourd'hui dans l'essor du crédit adossé à « toutes sortes d'infrastructures physiques », également souligné par Jon Gray et qui s'étend désormais aux équipements de calcul de l'IA. Dans le cas d'Anthropic, les financeurs cherchent néanmoins à encadrer les risques de cette opération en répartissant l'exposition entre plusieurs niveaux de dette et en s'appuyant sur la valeur des équipements financés.
Une approche qui s'inscrit dans un mouvement plus large de financement des infrastructures d'IA. En août, Nvidia avait signé des protocoles d'accord avec Apollo, BlackRock, Blackstone, Brookfield, Goldman Sachs et KKR pour mettre en place des plateformes visant à mobiliser, à terme, plus de 500 milliards de dollars de capitaux tiers. Jensen Huang, PDG de Nvidia, mettait alors en avant le caractère « fongible et transférable » de ses équipements de calcul, susceptibles d'être utilisés par différents clients et opérateurs, un argument destiné à rassurer les investisseurs sur leur valeur dans la durée. Avec Broadcom, c’est le fabricant lui-même qui s’engage sur une partie de cette valeur.
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite


