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Microsoft et Alphabet, deux publications pour deux accueils contrastés / La croissance du cloud ne suffit plus à convaincre
Dans la course à l’intelligence artificielle (IA), les milliards de dollars investis appellent désormais des comptes. Microsoft et Alphabet en ont donné une nouvelle démonstration en publiant leurs résultats trimestriels mercredi soir. Les deux géants technologiques profitent pleinement de l’essor de la demande pour leurs divisions cloud, considérées comme une mesure centrale de leurs capacités à transformer les investissements dans l’IA en recettes commerciales. Mais derrière cette dynamique commune, les réactions de Wall Street ont pris des chemins contraires.
La maison mère de Google a décroché de plus de 10 % dans les échanges électroniques d’après-clôture, pendant que Microsoft gagnait 3 %. Une divergence qui s’est toutefois atténuée à l’ouverture de Wall Street : Alphabet a poursuivi sa chute, tandis que Microsoft a finalement basculé dans le rouge, cédant environ 1,2 %. De quoi illustrer la nervosité des investisseurs face aux dépenses colossales engagées dans l’IA et aux retombées qui en découlent, même si les deux groupes ne suscitent pas les mêmes interrogations. « Le recul marqué d’Alphabet dans les échanges après clôture a ravivé les interrogations sur la rentabilité des investissements colossaux consacrés à l’IA, alors que Microsoft a fait figure d’exception grâce à la solidité de ses activités dans le cloud », résume John Plassard, associé chez Cité Gestion.
Sous les attentes
Dans l’ensemble, la publication du troisième trimestre d’Alphabet avait presque tout pour contenter les marchés. Son chiffre d’affaires a fortement progressé, à hauteur de 25 %, pour atteindre 128 milliards de dollars. Sa marge opérationnelle s’est améliorée de 130 points de base, à 31,8 %. Les revenus de Google Cloud ont doublé sur un an, pour atteindre près de 31 milliards de dollars, tandis que sa rentabilité opérationnelle s’est aussi améliorée. « Non seulement la croissance de ce segment est exceptionnelle, mais son carnet de commandes, c’est-à-dire ses revenus futurs contractuels, représente cinq fois le chiffre d’affaires trimestriel annualisé, ce qui confère à l’activité une grande visibilité alors qu’elle investit dans des infrastructures d’IA », juge Malik Ahmed Khan, analyste actions senior chez Morningstar.
Mais le bât blesse sur deux points. D’abord, si la croissance de son activité historique et principale, la recherche en ligne, ressort à plus de 12 %, les 63,3 milliards de dollars de chiffre d’affaires qu’elle a dégagés restent inférieurs de 2,5 % au consensus. Et puis, son rythme de progression a ralenti par rapport au trimestre précédent, lorsqu’il atteignait 16,5 %. Le signe que le cœur du réacteur du groupe profite moins que ses autres activités des investissements colossaux consentis dans l’IA ? « Nos investissements dans l’IA stimulent la croissance globale du volume de requêtes de recherche, y compris les requêtes à caractère commercial. En fait, notre taux de croissance des requêtes sur un an atteint son plus haut niveau depuis cinq ans », a néanmoins indiqué Sundar Pichai, directeur général de la firme, à l’occasion de la publication. Reste que cet écart a été relevé par les analystes et que l’ensemble du chiffre d’affaires lié à la publicité, de 82 milliards de dollars, a lui aussi manqué la cible retenue par les observateurs de marché.
Il faut de plus noter qu’après avoir consacré plus de 51 milliards de dollars à ses investissements au cours du trimestre, le flux de trésorerie disponible du groupe plonge dans le rouge, à hauteur de 9,1 milliards de dollars, alors que les analystes s’attendaient à ce qu’il soit à l’équilibre.
Microsoft dans le vert à tous les étages
À côté de ces éléments, Microsoft fait davantage figure de bon élève. La croissance de ses ventes globales est également au rendez-vous, avec un chiffre d’affaires de 92,3 milliards de dollars pour le premier trimestre de son exercice fiscal, en hausse de 19 %. Cette progression a été portée par la plateforme cloud Azure, dont les revenus ont bondi de 48 % grâce à la forte demande des entreprises. Une nouvelle accélération par rapport au trimestre précédent. Le résultat d’exploitation du groupe s’affiche, quant à lui, en hausse de 22 % à taux de change constants, à 45,9 milliards de dollars. L’entreprise a certes dépensé 42,5 milliards de dollars dans le déploiement de ses infrastructures d’IA au cours du trimestre. Mais ce montant reste inférieur aux prévisions qui tablaient sur un montant de 50 milliards de dollars.
Et la firme dirigée par Satya Nadella conserve un flux de trésorerie disponible positif sur le trimestre, à hauteur de 18,6 milliards de dollars, « ce qui le distingue de plusieurs de ses concurrents, confrontés à une pression croissante sur leur génération de trésorerie », note Jean-Patrice Prudhomme, directeur produits et solutions chez Milleis Banque Privée. « Cette divergence [d’accueil des publications] illustre une sélectivité croissante des investisseurs, qui ne se contentent plus des perspectives de croissance liées à l’IA, mais exigent désormais des résultats financiers à la hauteur des capitaux engagés. Le paradoxe est saisissant : alors que les entreprises n’ont jamais autant investi dans cette révolution technologique, les marchés semblent de moins en moins disposés à financer de simples promesses », ajoute John Plassard.
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