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Chroniques / Jean-Baptiste Noé

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Jean-Baptiste Noé

Chronique
Pétrole : la fin des sanctions ne réduira pas les prix
par Jean-Baptiste Noé

En levant les sanctions sur le diesel et la flotte fantôme russe, Donald Trump espère faire baisser les prix de l’essence afin de remporter les élections de mi-mandat. Mais cela ne changera rien aux prix mondiaux, ceux-ci étant entre les mains des assureurs, non des tankers.

17/10/2026 - 08:30 Lecture 5 mn.

Les assureurs sont les maîtres des échanges maritimes. En délivrant des contrats d’assurance, en révisant les coûts et les taux, c’est eux qui décident des navires qui circulent et des routes qui peuvent être empruntées. La plupart des décisions se prennent donc à Londres, dans les bureaux des analystes, non à Washington ou à Moscou. Le Royaume-Uni a encore, comme éléments de puissance, le privilège du droit et du contrat. C’est ainsi que l’allègement des sanctions sur la flotte fantôme russe ne changera pas grand-chose au prix du Brent, car les assureurs, indispensables pour faire naviguer les tankers, sont soumis au droit britannique et européen. Qu’un bateau soit retiré de la liste des sanctions ne lui ouvre pas automatiquement l’accès à la couverture assurantielle. Ici, c’est Londres qui a la main, pas Washington.   

L'administration Trump discute néanmoins d'un assouplissement partiel des sanctions visant la flotte fantôme de pétroliers qui transportent le brut de Russie, d'Iran et du Venezuela. La Maison-Blanche estime que la mesure ferait baisser les taux de fret pétrolier et permettrait de sortir davantage de brut et de produits raffinés du Golfe. Une vision erronée, car le point de blocage est la fermeture d’Ormuz, pas le manque de navire.

La mesure portée par les Américains consisterait à lever partiellement les restrictions sur les navires de la flotte fantôme transportant du pétrole légal, mais une autorisation du Trésor américain resterait nécessaire. Mais au-delà de l’effet d’annonce, le résultat sera quasiment nul.  

 

Sanctions en cours

 

Le vingt-et-unième paquet européen de sanctions (juillet 2026) a ajouté 41 navires à la liste des bateaux sanctionnés, la portant à plus de 670 pétroliers. Dans le même temps, le plafond de brut russe a été gelé à 44,10 $ le baril, et cela jusqu’en juillet 2027. Côté américain, il y a 160 tankers sous sanctions, dont 24 sont réellement utilisables une fois retirés les navires trop vieux pour naviguer et ceux qui appartiennent aux compagnies iraniennes. Autrement dit, la marge de manœuvre américaine ne porte que sur 24 bateaux maximum. C’est beaucoup trop peu pour changer quoi que ce soit aux cours mondiaux du pétrole. Assouplir les sanctions sur la flotte fantôme, comme le fait Donald Trump, agira sur une petite partie du fret, mais n’aura pas d’incidence sur le Brent.  

D’autant que cette flotte fantôme circule déjà et qu’elle continue de livrer du pétrole : ses stocks ne sont donc pas hors marché, ils sont simplement en dehors des marchés officiels. Cette flotte circule sans les assurances occidentales, via des assureurs russes et des pavillons alternatifs. Quoi que fassent les États-Unis, ces navires continueront de circuler. Ce que propose Washington, c’est de permettre la réintégration de ce marché noir dans le marché officiel.

Mais pouvoir réintégrer le circuit légitime nécessite des transferts de propriété, ce qui prend plusieurs mois. Ce n’est pas en un claquement de doigts que ce pétrole va rejoindre les stocks mondiaux officiels. Donc, cela n’aura aucune incidence sur le prix à la pompe de l’électeur américain. Mais sur la communication électorale de Trump et sur l’idée qu’il agit pour les Américains, oui. C’est une opération de communication politique, pas de gestion des stocks mondiaux.

 

Deux visions

 

Cet épisode montre encore une fois les divergences de vues des deux côtés de l’Atlantique. Les États-Unis veulent des barils moins chers et, pour cela, ils assouplissent les sanctions sur le diesel russe et sur la flotte fantôme. Les Européens, eux, veulent tarir la rente russe afin d’épuiser son économie. Les objectifs ne sont pas du tout les mêmes. Mais, pour une fois, c’est l’Europe qui a le dernier mot, puisque c’est elle qui tient le levier essentiel : celui des assurances.

Le problème vient d’Ormuz, pas d’Ukraine. C’est la guerre dans le détroit qui a provoqué la hausse des taux de fret, avec les primes de risque de guerre, le déroutage et l’assurance. Ce n’est pas un manque de navires qui a créé la situation et ce ne sont donc pas une vingtaine de navires en plus qui vont résoudre les problèmes de plein des Américains. Nombreux sont les économistes à voir le Brent atteindre les 100 $, ce qui aura des répercussions aux États-Unis, mais aussi en Asie.

S’il veut provoquer une baisse durable des prix du Brent, c’est avec l’Iran que Donald Trump devra s’entendre, afin que le détroit d’Ormuz soit de nouveau sécurisé, pour que les assureurs baissent leurs polices et permettent aux navires de passer. Il faut donc revoir entièrement la stratégie et, quoi qu’il arrive, cela prend du temps. Ce sera donc trop tard pour les midterms.

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