WAN
menu
 
!
L'info stratégique
en temps réel
menu
recherche
recherche
précédent 1/1 suivant
Evening recap
précédent 1/1 suivant
1/1 suivant

Chroniques / Jean-Baptiste Noé

Chroniques
Jean-Baptiste Noé

Chronique
Paix avec l’Iran : le monde a changé
par Jean-Baptiste Noé

Deux cent cinquante ans après la signature de l’indépendance des États-Unis, c’est à Versailles que Donald Trump a signé l’accord de paix avec l’Iran. Mais la fin de la guerre ne signifie pas le retour à la normale. Trois mois de combats ont contribué à changer les équilibres mondiaux.

20/06/2026 - 08:25 Lecture 6 mn.

Le détroit d’Ormuz n’est pas un robinet que l’on peut ouvrir ou fermer à sa guise. Assez simple à bloquer, il sera beaucoup plus difficile à rouvrir pour retrouver l’état du trafic d’avant-guerre. Lors de son audition à l’Assemblée nationale, Patrick Pouyanné a prévenu : il faudra entre six mois et un an pour revenir à la situation d’avant le conflit. Pour libérer complètement Ormuz, il faut déminer le détroit, évacuer les navires en attente, retrouver la confiance des assureurs pour que les polices puissent baisser. Or, l’accord signé entre Washington et Téhéran n’est qu’un papier précaire : bien que le Liban y soit inclus, les combats se poursuivent dans le sud du pays, et un nouveau round de négociation doit s’ouvrir pour une période de 60 jours. Le traité signé cette semaine est un point d’étape, une inflexion dans la guerre, mais pas un retour à la normale.

 

La région a changé

 

Il n’y aura d’ailleurs pas de retour à la normale tant la région a changé en trois mois de conflit. La confiance, ce bien si fragile et si essentiel, a disparu entre les États-Unis et ses alliés.

Fin de la confiance avec Israël d’une part, et surtout Benyamin Netanyahou, dont Donald Trump estime avoir été dupé. Il lui avait promis une intervention rapide, une décapitation iranienne qui suffirait à mettre à bas le régime. Il n’en fut rien et Israël a profité de la guerre portée contre l’Iran pour intervenir au Liban.

Fin de la confiance aussi avec les alliés arabes du Golfe, qui ont vu des États-Unis fauteurs de guerre et incapables de les défendre. Les Émirats ont été à ce titre le pays le plus bombardé, et parmi ceux qui ont le plus pâti de cette guerre, avec l’interruption du trafic aérien et maritime. Là aussi il va falloir rebâtir la confiance avec les entreprises mondiales pour les convaincre que Dubaï et Abou Dhabi sont toujours des places sûres.

Troisième domaine où la confiance a été rompue, Ormuz lui-même. Le détroit de sortie est devenu un goulot d’étranglement, mettant à mal les pays arabes. Des alternatives étaient en cours de construction, les voici devenues plus que nécessaires. La péninsule arabique voit fleurir des projets, dont certains sont en état de construction, pour créer des gazoducs et des pipelines afin d’exporter gaz et pétrole vers la mer Rouge et la Méditerranée, afin d’échapper au diktat d’Ormuz. En bloquant le détroit, l’Iran a démontré qu’il fallait absolument ne plus en dépendre.

 

Le monde est prudent

 

Cette guerre, régionale par ses attaques, est mondiale par ses effets. La Chine a compris qu’il lui fallait sécuriser davantage ses routes d’approvisionnement en hydrocarbures. Compte tenu des volumes qu’elle achète, elle joue désormais un rôle primordial sur le prix du pétrole, davantage encore que l’OPEP. En tant que premier importateur mondial, elle achète massivement en dessous de 65 dollars le baril et cesse d’acheter au-dessus de 90-100 dollars. Ce mécanisme maintient le baril dans une fourchette qui convient à de nombreux acteurs. Les producteurs maintiennent leur discipline financière et leurs investissements, les consommateurs évitent les chocs successifs, les marchés peuvent mieux s’adapter. La Chine s’est ainsi imposée sur le marché du pétrole non par la production, mais par la consommation.

Cette guerre a également démontré l’importance de la sécurisation des routes commerciales et des stocks. La pénurie de gaz a touché l’industrie des engrais et donc le monde agricole. La perte de pétrole a été un frein pour le secteur aéronautique, mais aussi pour toutes les industries du plastique et de la pétrochimie. Plus que jamais, il apparaît indispensable à beaucoup de sécuriser, et donc de diversifier, les routes logistiques et de constituer des stocks afin de surmonter des chocs de quelques mois. Ce monde économique concerné par les chocs externes a mis en avant l’industrie numérique, que certains estiment moins exposée par les guerres.

Les investisseurs se sont ainsi tournés vers le monde de l’IA, dont les besoins de financement et les promesses technologiques sont nombreux et font rêver beaucoup. Ce qui signifie donc davantage de demandes pour les data centers, mais aussi pour le cuivre et toute l’industrie du numérique. Les centres de données liés à l’IA représentent, selon McKinsey, 6 700 milliards de dollars d’investissements d’ici 2030

Autre secteur concerné, le monde de la défense. Les dépenses de défense augmentent partout : les États-Unis passent de 1 000 à 1 500 milliards de dollars, l’Europe de moins de 200 à 380 milliards. Des investissements dans la défense qui devraient tirer vers le haut une partie de l’économie des pays concernés, notamment en termes de progrès scientifiques et d’innovations.

Les pays du Golfe vont vouloir se protéger d’une éventuelle reprise de la guerre et le secteur maritime va chercher à sécuriser davantage ses routes maritimes. Cette guerre locale a des incidences mondiales qui vont continuer de se déployer au cours des mois à venir. Si l’accord de paix a été signé, les conséquences de la guerre, elles, ne sont pas encore terminées.

Chroniques du même auteur
Chroniques
du même auteur

Chronique / Jean-Baptiste Noé

Chronique / Le monde défile à Pékin

13/06/2026 - 08:25

Chronique / Jean-Baptiste Noé

Chronique / Quand le pétrole monte, l’économie tangue

06/06/2026 - 08:25

Les chroniques de la semaine
Les chroniques
de la semaine

Chronique / Jean-Baptiste Noé

Chronique / Le monde défile à Pékin

13/06/2026 - 08:25

Chronique / Jean-Baptiste Noé

Chronique / Quand le pétrole monte, l’économie tangue

06/06/2026 - 08:25

Chronique / Jean-Baptiste Noé

Chronique / Léon XIV : les enjeux mondiaux de l’IA

30/05/2026 - 08:28

Chronique / Jean-Baptiste Noé

Chronique / L’Iran s’arroge Ormuz

23/05/2026 - 08:25

Chronique / Jean-Baptiste Noé

Chronique / Donald Trump en Chine

16/05/2026 - 08:25

Chronique / Jean-Baptiste Noé

Chronique / La voiture : une idée neuve

09/05/2026 - 08:25

Chronique / Jean-Baptiste Noé

Chronique / Mali : retour à la case départ

02/05/2026 - 08:25