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éditorial / Laurent Bigorgne

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Laurent Bigorgne

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« Année utile » : d’accord, mais utile à quoi ?
par Laurent Bigorgne

Emmanuel Macron n’est évidemment pas le premier à recourir à la rhétorique de « l’année utile ». Cette séquence est déjà refermée et, sans doute, Philippe Juvin, rapporteur général du budget, a-t-il trouvé les mots les plus justes : « Je ne vois pas très bien ce qu’il pouvait faire d’autre ». Le président ne sera pas candidat à sa réélection et son pouvoir s’érode mécaniquement à mesure que l’échéance approche. Alors que d’autres acteurs politiques devraient émerger, ils sont inaudibles et pour partie en déficit de crédibilité. Pour l’heure, l’utilité de l’année à venir se mesure peut-être mieux à l’aune d’une autre voix : celle des dirigeants de PME et d’ETI.

04/01/2026 - 06:30 Lecture 9 mn.

Le président de la République a fixé quelques critères pour définir "l’utilité" de l’année 2026. À commencer par ses priorités – l’instauration d’un service national volontaire, la régulation des réseaux sociaux et la fin de vie dans la dignité –, qui sont plutôt consensuelles et qui répondent au besoin d’unité qu’il a souligné. Mais il dispose de peu de leviers : pas de majorité parlementaire, pas (encore) de budget et un très faible soutien dans l’opinion.

Sébastien Lecornu parviendra-t-il à faire adopter un budget avant les élections municipales des 15 et 22 mars ? Quels rapports de force permettront-elles de mesurer ? L’effacement présidentiel sera sans doute plus marqué encore après ce qui sonnera sans doute comme le vrai départ de la compétition électorale de 2027.

 

Un détour américain

 

De l’autre côté de l’Atlantique, Donald Trump, qui s’apprête à affronter les Midterms, les élections de mi-mandat, joue une partition très différente, au moment où s’ouvre l’année des célébrations du 250 ème anniversaire de la déclaration d’indépendance américaine.

Aux États-Unis, parmi les journées importantes de 2026, il y a aura bien sûr le 4 juillet – Independance Day, jour de la publication de la Déclaration d’Indépendance – et le 14 juin – Flag Day, jour de l’adoption du drapeau de l’Union aux treize bandes rouges et blanches. Cette glorieuse journée se déroula en 1777, mais elle fera l’objet d'une attention particulière dès cette année, car il s’agit également du 80 ème anniversaire du président.

On sait que ce jour-là, sur la pelouse de la Maison Blanche et sous couvert d’hommage à l’étendard étoilé, se tiendra un combat d’arts martiaux mixte (MMA) organisé par un producteur sportif et partenaire historique de Donald Trump. Les organisateurs promettent à cette occasion de matérialiser une arche lumineuse au-dessus du ring, assouvissant fugacement le souhait présidentiel de doter Washington d’un arc de triomphe.

Même si les célébrations de ce 250 ème anniversaire ne peuvent se réduire à cette farce, le système politique américain est désormais très fragilisé par les assauts qui l’ont déstabilisé – l’attaque du Capitole du 6 janvier 2021 – et par ceux qu’il subit désormais au quotidien. Que deviennent les contre-pouvoirs qu’avaient voulus les Pères fondateurs ? La dégradation du climat démocratique aux États-Unis a ceci de commun avec le réchauffement climatique : à l’œuvre depuis longtemps, elle produit désormais des effets visibles à l’œil nu.

 

Reconnaîtrons-nous encore nos démocraties ?

 

Le discours sur l’état de l’Union que George W. Bush prononça, il y a 20 ans, le 23 janvier 2007, en donne une assez juste mesure… Réélu en 2004, le président subit une défaite historique aux Midterms de 2006 au terme desquelles les démocrates devinrent majoritaires dans les deux Chambres du Congrès comme à la tête des États. Une première depuis 1994. Le républicain Bush salua-t-il la démocrate Nancy Pelosi d’un "Crazy Nancy" comme l’a fait si souvent Trump sur les réseaux sociaux ?

Au contraire, il choisit alors de dire son plaisir et son honneur d’être le premier président américain à commencer son discours d’un "Madam Speaker". Il rappela aussi que Thomas d’Alesandro Jr (1903-1987), père de Nancy Pelosi, ancien membre de la Chambre des représentants (1939-1947), à l’époque de Roosevelt et de Truman, aurait été particulièrement fier. L’assemblée se leva dans une forme d’unanimité qu’on a peine à imaginer aujourd’hui. Si nous suivons la même pente, à quoi ressemblera dans treize ans le 250 ème anniversaire de la Révolution française ?

Les démocrates, vainqueurs des Midterms de 2006, s’étaient engagés à alléger la charge fiscale de la classe moyenne américaine et à réduire les coûts administratifs supportés par les petites et moyennes entreprises. Ces engagements nous ramènent à la scène politique française et à la quête de l’introuvable budget pour 2026.

 

"Quand les entreprises se prennent une bûche, c’est tout le pays qui est marron !"

 

C’est justement la voix de 2 000 dirigeants de PME et d’ETI qui a porté ces dernières semaines, notamment avec la pétition et la mobilisation "Trop c’est trop". Le Mouvement des Entreprises de taille intermédiaire (METI) a pris le relais ces derniers jours avec "la Vérif de Noël" afin de rappeler quelques faits simples mais têtus sur nos performances économiques.

Alors que le pays va fonctionner avec une roue de secours - une loi spéciale adoptée à l’unanimité le 23 décembre par l’Assemblée et le Sénat -, le débat budgétaire s’apprête à reprendre. Avec lui, son lot d’absurdités : "impôt sur la fortune improductive", "impôt sur la fortune financière", "taxe sur les holdings", "prêt contraint à taux zéro" …

Le METI l’a dit avec humour : "quand les entreprises se prennent une bûche, c’est tout le pays qui est marron !" Cette organisation, fondée par Yvon Gattaz en 1995 et coprésidée par Philippe d’Ornano (Sisley) et Frédéric Coirier (Poujoulat), a choisi de sortir de l’ombre pour défendre l’idée d’un Mittelstand français. Un de ses dirigeants confiait cette semaine que, face à l’adversité, la culture de ses adhérents reste la même, la "stratégie du buffalo" : persévérer, innover, se diversifier, bouger ! Et désormais, donner des coups de pattes et de cornes !

Au moment où l’économiste Denis Ferrand, directeur général de Rexecode, appelle à une "année lucide", tant les défis de 2026 dépasseront probablement en ampleur et en intensité ceux de l’année écoulée, le baromètre publié fin novembre par le METI est édifiant. En effet, 55 % des dirigeants d’ETI interrogés jugent que la situation de leur secteur d’activité s’est dégradée durant l’année écoulée et seules 16 % sont certains de maintenir tous leurs projets d’investissements en France l’année qui vient. Plus de deux ETI sur trois ont dû prendre la décision de réduire leur nombre d’apprentis et seules 23 % sont certaines de maintenir leurs projets de recrutement.

Ces chiffres rappellent qu’une année utile pour le pays, c’est d’abord une année qui ne pénalise ni les entreprises, ni l’emploi, ni l’investissement.

 

laurent@fnxlb.org

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