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éditorial / Laurent Bigorgne

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Laurent Bigorgne

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La présidentielle peut-elle encore dénouer la crise ?
par Laurent Bigorgne

Notre pays aborde l’élection présidentielle lesté d’une combinaison inédite de pessimisme et d’inquiétude mesurés à des pics historiques. Au mois d’août, l’IFOP a établi que 82 % des Français sont pessimistes en pensant à l’avenir, presque au niveau record de la dissolution (83 %, plus haut depuis 1995 !). Ils sont par ailleurs 87 % à déclarer que l’avenir a quelque chose d’inquiétant*. On peut approcher ce qui fabrique autant de pessimisme et d’inquiétude, à la manière de certains de nos historiens, qui cherchèrent à distinguer les « origines immédiates » - par exemple l’attentat de Sarajevo le 28 juin 1914 - des « causes profondes » qui conduisirent à la Première Guerre mondiale – comme les oppositions des nationalismes français et allemand.

08/11/2026 - 06:30 Temps Lecture 8 mn.

« Causes profondes »

 

Du côté des « causes profondes », la démocratie française, on le sait, est très abîmée. Nous assistons à la fin d’un cycle ouvert à la fin de la Seconde Guerre mondiale et dont la trajectoire avait déjà été corrigée en 1958. L’État-providence construit après la Libération est exsangue – à force de pointer les difficultés de notre système de retraite sans y porter remède durablement, celui-ci risque bel et bien de nous entraîner par le fond. Ceux qui sont censés contribuer à son fonctionnement, syndicats et organisations patronales, sont incapables de s’entendre sur l’essentiel.

La faiblesse militante et organisationnelle des partis politiques – sauf sans doute la France insoumise – ajoute à la fragilité d’un régime, dont on ne sait plus très bien s’il est présidentiel ou parlementaire. Après avoir allégrement piétiné les partis et les élus, Emmanuel Macron propose désormais, comme dans un régime parlementaire, aux forces politiques modérées de s’entendre avant la présidentielle pour gouverner ensemble… C’est tordre une nouvelle fois nos institutions et nier leur esprit.

C’est un non-sens, car les partis en présence ne peuvent évidemment pas se rejoindre avant de s’être comptés. C’est une impasse, car c’est précipiter la victoire des forces antisystème sur celles du système. C’est une simplification abusive qui nie les différences entre droite et gauche, qui demeurent nombreuses – sur la fiscalité, sur le régalien, sur l’immigration… Leur dépassement reste une chimère.

 

« Origines immédiates »

 

Du côté des « origines immédiates », les fautes politiques à répétition d’Emmanuel Macron ont largement contribué à obscurcir l’horizon des Français. D’autant que le Président de la République n’a même pas l’excuse d’un bilan économique positif à l’image de celui de Donald Trump. L’aurait-il d’ailleurs, que la perception de son action ne serait sans doute pas meilleure.

Le rejet très fort dont il est l’objet n’a pas dissuadé le président d’interférer, comme cette semaine, dans la stratégie électorale des uns et des autres. On imagine que Raphaël Glucksmann et David Lisnard, qui n’ont rien à voir avec les dix années écoulées, ont dû être ravis cette semaine d’apprendre les projets que le locataire de l’Élysée a pour eux. La déliquescence du camp présidentiel rend très incertaine la tenue d’une primaire dans les prochains mois. Pire, quand bien même elle se tiendrait, constituerait-elle vraiment un levier pour son vainqueur ?

L’espace dévolu à la droite et au centre n’a cessé de rétrécir et de se morceler depuis la rentrée. Dans l’enquête publiée par l’IFOP fin août, Édouard Philippe était certes donné à moins de 20 %, mais il pouvait encore réunir sur son nom 18 % des personnes interrogées. La plupart des instituts le donnent aujourd’hui entre 9,5 et 13-14 %. Gabriel Attal venait de se lancer et il arborait fièrement un score possible de 14 %, soit trois fois celui qu’on lui prête désormais. Le socle de Bruno Retailleau, dont il n’a jamais décollé, était de 8 %, significativement plus que les 5 à 6 % que les enquêtes lui prêtent désormais.

Seule la candidature de David Lisnard bénéficie d’une dynamique. D’abord rarement testé, puis crédité de 2 %, il est désormais entre 7 et 9 %… Cette candidature est cohérente avec la volonté de changement – pour ne pas dire dégagisme – des Français. À cet égard, Lisnard veille à s’afficher comme le parfait contraire d’Emmanuel Macron. Dans un contexte où les Français font à 69 % confiance aux maires pour préparer l’avenir (+ 4 points selon l’IFOP vs octobre 2025) *, celui de Cannes joue sur du velours.

 

Une brutalisation sans limite

 

Quant à Marine Le Pen, en deux mois elle a largement consolidé sa position : de 33 à 35 % à la fin du mois d’août, elle est passée de 35 à 37 %. Avant son accession à l’Élysée en 2007, Nicolas Sarkozy avait pu être – rarement – crédité de prévisions stratosphériques, mais jamais plus de 35 %. Marine Le Pen n’est plus seulement candidate naturelle au second tour, elle figure comme la gagnante probable de la future élection, ce qui ne manquerait pas de diviser le pays comme jamais.

Aucun des candidats en présence n’a vraiment pris la mesure de la crise politique et institutionnelle dans laquelle nous sommes entrés. Sauf peut-être Jean-Luc Mélenchon, que la situation ravit et qui multiplie les attaques et les provocations contre la démocratie représentative. Sa vision est celle d’une brutalisation sans limite de la vie politique, y compris en ayant recours aux ressorts les plus infâmes, comme celui de l’antisémitisme. Rappelons que Raphaël Glucksmann a encore été empêché de participer plus de trois quarts d’heure à la manifestation de jeudi.

Le chantre de la « nouvelle France » a beau utiliser le plateau de Gergovie pour son affiche de campagne, il n’est pas le François Mitterrand de la « Force tranquille », dont il parodie pourtant l’affiche de campagne de 1981. Sans aller néanmoins jusqu’à se faire prendre en photo devant un clocher roman. L’apaisement qu’il prétend souhaiter ne saurait aller jusque-là… Le remplacement de la « fraternité » par la « solidarité » dans la devise de la République n’a rien d’anecdotique. La fraternité entre Français ne doit rien à l’État ni aux institutions. Son remplacement par la solidarité a une signification politique profonde, celle de remettre à nouveau l’État au centre de la promesse républicaine, comme s’il ne l’était pas déjà dans notre pays.

D’ores et déjà, les milieux patronaux, qui ont bien pris la mesure de l’urgence, cherchent des candidats de remplacement. Signe des temps, le nom de Christine Lagarde était de tous les déjeuners cette semaine… Il reste peu de temps aux hommes et aux femmes de bonne volonté pour se trouver un candidat crédible et suffisamment neuf dans le regard des Français. Si jamais c’est encore possible.

 

laurent@fnxlb.org

 

* Le regard des Français sur l’avenir et les acteurs à 6 mois de l’élection présidentielle, 6 novembre 2026.

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