WAN
menu
 
!
L'info stratégique
en temps réel
menu
recherche
recherche
précédent 1/1 suivant
Evening recap
précédent 1/1 suivant
1/1 suivant

Chroniques / Jean-Baptiste Noé

Chroniques
Jean-Baptiste Noé

Chronique
Somalie : le retour des pirates
par Jean-Baptiste Noé

La piraterie est de retour au large de la Somalie. Les attaques contre les navires se multiplient, les pirates profitant de l’attention autour du détroit d’Ormuz pour agir en toute impunité. En faisant cela, ils perturbent la voie maritime qui transite par le canal de Suez, menaçant un autre axe maritime mondial fondamental.

29/08/2026 - 08:27 Lecture 6 mn.

Les incendies peuvent aussi reprendre en pleine mer. C’est ce qui se produit dans l’océan Indien, au large des côtes somaliennes, avec la recrudescence des actes de piraterie.

2011 fut l’apogée des attaques, avec des pirates interceptant des navires dans le golfe d’Aden, la mer d’Arabie et jusqu’aux côtes de l’Inde. L’Union européenne avait réagi en lançant en 2008 l’opération Atalante de lutte contre la piraterie, dont la marine française fut l’un des fers de lance. Cette zone maritime est l’antichambre de l’Europe : c’est par elle que passent les navires qui rejoignent ensuite la mer Rouge et le canal de Suez, ou ceux qui, en sens inverse, quittent l’Europe pour se rendre en Asie. Sécuriser cet axe maritime est donc une question essentielle tant pour le commerce mondial que pour l’économie européenne ; d’où le sens de l’opération Atalante des années 2010. Celle-ci fut un succès certain, contribuant au repli de la piraterie et à la sécurisation du commerce. L’incendie était éteint ; il est en train de repartir.

 

Le retour des attaques

 

Depuis le mois d’avril 2026, les pirates somaliens repartent à l’abordage. On recense six navires détournés et près de cent marins retenus en otage. Un exemple : le 20 août dernier, c’est un pétrolier qui a été capturé à quelque 250 kilomètres à l’est d’Al-Mukalla, au Yémen, pour être ensuite détourné vers les côtes somaliennes. La situation de 2026 n’est pas encore comparable à celle de 2011 : les attaques sont moins nombreuses et beaucoup plus concentrées à proximité de la Somalie. Mais les observateurs redoutent que cela ne soit que les signes avant-coureurs d’une piraterie de grande dimension. D’autant que la situation internationale est favorable à cette expansion.

Le retour des attaques à partir du printemps 2026 ne doit rien au hasard : il est directement corrélé à la guerre en cours dans le détroit d’Ormuz. Les yeux du monde, les marines militaires et les surveillances sont braqués sur les opérations militaires dans le golfe persique et sur les tensions autour de l’Iran. Tout le monde parle d’Ormuz et des conséquences de son blocage : un moment idéal pour les pirates somaliens pour entrer de nouveau en activité. Non seulement le monde regarde ailleurs, mais les côtes somaliennes sont beaucoup moins arpentées par les marines militaires du monde, trop occupées par Ormuz.

Les pirates sont quasiment certains de pouvoir attaquer en toute impunité. Ils profitent d’une situation d’aubaine qui a permis le réveil de l’incendie. Autre intérêt pour eux : puisque la porte d’Ormuz est fermée, une partie du trafic maritime se reporte vers la mer Rouge et donc vers les côtes somaliennes. Ainsi, non seulement il y a moins de surveillance, mais il y a plus de trafic maritime. Et donc davantage d’opportunités d’attaques. Les pirates somaliens savent parfaitement saisir leurs intérêts dans ce moment si particulier pour le transport maritime.

 

Des attaques qui viennent de la terre

 

Si les attaques ont lieu en mer, leurs origines sont bien terrestres. La piraterie prospère parce que l’État somalien est failli. Les pirates contrôlent des espaces terrestres où ils peuvent former leurs hommes, stocker les marchandises capturées, établir des routes de revente, organiser des prisons pour les marins capturés et rançonnés. Sans cette base logistique terrestre, il n’y aurait pas de piraterie possible. La première cause de ces attaques ne réside ni à Ormuz ni en mer Rouge mais bien sur le sol somalien et dans la dissolution d’un État rongé par la corruption et les luttes intestines. D’où la grande difficulté de lutter contre la piraterie : une marine peut attaquer les navires pirates et sécuriser les routes maritimes, elle ne peut en revanche rien faire contre un espace terrestre de non-droit où prolifèrent les réseaux criminels.

Une intervention militaire en Somalie ne résoudrait rien à ce problème : même si des chefs pirates étaient arrêtés, les réseaux se restructureraient et repartiraient de plus belle. Toute opération militaire, comme Atalante, peut sécuriser les routes, mais ne peut pas agir sur la racine du problème. La région du Puntland demeure un trou noir propice au déploiement de nombreux trafics, d’autant plus en forme qu’ils sont à proximité de routes commerciales mondiales.

 

Un risque d’asphyxie

 

Avec le blocage d’Ormuz, le monde respire mal.

Imaginons un scénario catastrophe où la piraterie maritime somalienne retrouve son niveau de 2011 : ce serait alors deux routes mondiales majeures qui seraient bloquées, celle du golfe persique vers l’Asie et celle de l’Europe vers l’Asie via Suez et la mer Rouge. Personne ne peut se permettre cela : le blocage d’Ormuz et la piraterie au large du Puntland. Mais bien peu de pays ont une marine assez conséquente pour intervenir et à Ormuz et en mer somalienne.

De la sécurisation des routes maritime dépend pourtant la stabilité des économies européennes et donc du tissu social. Pour de nombreux pans de l’économie européenne et française, l’avenir des prochains mois est en train de se jouer entre le Yémen et la Somalie, dans ces routes maritimes que des pirates commencent à perturber.

Chroniques du même auteur
Chroniques
du même auteur

Chronique / Jean-Baptiste Noé

Chronique / Amazon : nouvel objectif de guerre

25/07/2026 - 08:28

Chronique / Jean-Baptiste Noé

Chronique / Chypre Nord : l’épine dans le pied de l’Europe

18/07/2026 - 08:28

Les chroniques de la semaine
Les chroniques
de la semaine

Chronique / Jean-Baptiste Noé

Chronique / Amazon : nouvel objectif de guerre

25/07/2026 - 08:28

Chronique / Jean-Baptiste Noé

Chronique / Chypre Nord : l’épine dans le pied de l’Europe

18/07/2026 - 08:28

Chronique / Jean-Baptiste Noé

Chronique / Le football, miroir du monde

11/07/2026 - 08:28

Chronique / Jean-Baptiste Noé

Chronique / Talarico / Paxton : duel au Texas

04/07/2026 - 08:28

Chronique / Jean-Baptiste Noé

Chronique / Indonésie : l’ambiguïté du nickel

27/06/2026 - 08:22

Chronique / Jean-Baptiste Noé

Chronique / Paix avec l’Iran : le monde a changé

20/06/2026 - 08:25

Chronique / Jean-Baptiste Noé

Chronique / Le monde défile à Pékin

13/06/2026 - 08:25