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La France et la nouvelle guerre du Golfe
par Laurent Bigorgne

L’élimination d’Ali Khamenei le 28 février devait, aux yeux de Washington et de Tel-Aviv, porter un coup décisif au régime iranien. Ces deux alliés ont néanmoins sous-estimé la capacité de réponse de Téhéran, qui cherche désormais à frapper indistinctement les pays du Golfe et à provoquer une flambée mondiale des prix de l’énergie en menaçant le détroit d’Ormuz de paralysie. Absorbée par ses élections municipales, la France ne s’attendait pas à devoir faire face à un conflit sans doute appelé à durer et dont l’impact s’annonce important.

15/03/2026 - 06:27 Lecture 9 mn.

Des répercussions économiques vertigineuses

 

Dès les premières frappes contre le régime iranien, le conflit a pris une dimension régionale que les stratèges américains n’avaient manifestement pas anticipée. Une quinzaine de pays de la région se trouvent désormais impliqués, tandis que la Turquie, à nos portes, et Chypre, membre de l’Union européenne, ont également été visées par Téhéran.

Les perturbations des premiers jours, bien que spectaculaires, sont restées cantonnées au trafic aérien régional. Désormais affecté par les restrictions d’accès aux hubs internationaux de Dubaï, Abu Dhabi et Doha et par l’augmentation du prix du kérosène, ce mode de transport va propager ces dysfonctionnements plus largement. Un acteur majeur du secteur du voyage confiait cette semaine que cette guerre pourrait avoir, pour son activité, une ampleur comparable à celle du Covid, même si sa nature est différente : pas un effondrement de la demande, mais une explosion des coûts ! Le secteur touristique et tous ceux qui en dépendent s’apprêtent à vivre une année 2026 difficile.

Puis, la fermeture de facto du détroit d’Ormuz, par lequel transite 25% du transport maritime mondial de pétrole (brut et produits raffinés), a donné ces derniers jours une dimension nouvelle à cette crise. Ses conséquences deviennent désormais mondiales et vont frapper l’ensemble des économies de la planète, y compris la nôtre bien sûr. En effet, les Émirats arabes unis, le Koweït et l’Arabie saoudite ont commencé à suspendre l’exploitation de certains puits de pétrole, tandis que le Qatar a dû réduire sa production de gaz. Le raid américain en fin de semaine contre l’île iranienne de Kharg, principal hub pour l’exportation du pétrole iranien, a épargné pour le moment ses capacités portuaires… mais sa destruction constituerait une menace directe pour l’économie chinoise. Pour l’heure, cette situation profite largement à la Russie qui va bénéficier d’une levée temporaire des sanctions américaines. Mauvaise nouvelle pour l'Ukraine et ses alliés européens !

 

Le prix à la pompe, encore et toujours

 

En France, c’est d’abord la hausse des prix à la pompe qui préoccupe les pouvoirs publics, comme ailleurs en Europe. Cette semaine, le sans-plomb s’est rapproché des 2 euros le litre, tandis que le gazole a déjà franchi ce seuil. Même en tenant compte de l’inflation, on est au-delà de 1,57 euro, le pic d’octobre 2018 qui avait largement contribué au déclenchement du mouvement des « gilets jaunes ».

C’est sans doute pourquoi Sébastien Lecornu se montre particulièrement attentif à l’évolution du prix des carburants, d’autant qu’il paraît exclu de financer un nouveau bouclier énergétique comparable à celui de 2022 (72 milliards d’euros à l’époque). Dans un contexte où la trajectoire budgétaire française est scrutée de près, le gouvernement s’est engagé à ramener le déficit public de 5,4 % du PIB en 2025 à 5 % en 2026. Sa marge de manœuvre est donc extrêmement limitée, d’autant que les dépenses liées aux opérations extérieures pourraient bien augmenter dès les prochaines semaines…  

Les propositions politiques continueront sans doute de fleurir pour laisser croire aux consommateurs que la France peut échapper à un nouveau choc pétrolier : baisse de la TVA, plafonnement des prix ou encadrement des marges des distributeurs. La réalité est plus cruelle, car si cette crise s’installe dans la durée, nous disposerons de bien peu de leviers pour y répondre dans l’urgence. À terme, le meilleur reste le véhicule électrique, secteur dominé par la Chine, même si les constructeurs européens commencent à proposer des modèles plus accessibles, à l’image de la nouvelle R5, dont 38 000 exemplaires ont été vendus en France l’an dernier.

 

Conséquences diplomatiques, militaires… et hexagonales

 

Depuis le début des bombardements israéliens contre le Hezbollah au Sud-Liban, plus de 800 personnes ont été tuées, 2 000 blessées et 800 000 déplacées. Certains responsables israéliens ne cachent plus leur volonté de faire de Beyrouth « un nouveau Gaza ». Le Liban redoute désormais une offensive terrestre, comme l’a rappelé samedi Ghassan Salamé, ministre libanais de la Culture et ancien professeur à Sciences Po. Malgré l’intervention diplomatique d’Emmanuel Macron, aucune négociation ne semble pouvoir s’engager pour l’instant, même si le président de la République a proposé hier d’accueillir des discussions en ce sens à Paris.

Jeudi soir, l’attaque d’un drone iranien de modèle Shahed contre le camp militaire de Mala Qara, dans la région d’Erbil au Kurdistan irakien, a tué l’adjudant-chef Arnaud Frion, du 7ᵉ bataillon de chasseurs alpins de Varces-Allières-et-Risset, et blessé six de ses camarades. Dans cette région du nord de l’Irak, les soldats français participent à la formation des forces locales dans la lutte contre le terrorisme.

C’est l’arrivée du porte-avions Charles-de-Gaulle en Méditerranée qui aurait suscité cette attaque, puisqu’un groupe armé irakien pro-iranien a annoncé vouloir frapper « tous les intérêts français en Irak et dans la région ». Depuis mai 2025, la France assure le commandement de la mission de l’OTAN en Irak, où elle est présente depuis 2015 dans la coalition contre l’État islamique. Nos militaires sont désormais visés par certains des adversaires directs de Daech…

En France même, le souvenir des attentats perpétrés par l’Iran dans l’Hexagone en 1985 et en 1986 reste vif : quatorze attaques à la bombe avaient visé des lieux très fréquentés tels que les Galeries Lafayette, la gare de Châtelet, la tour Eiffel, Gibert-Jeune ou encore la gare de Lyon. À ces épisodes s’ajoutent des affaires plus récentes, comme l’attentat déjoué en 2018 contre un rassemblement de l’opposition iranienne à Villepinte ou la révélation du Washington Post en 2022 selon laquelle un service de renseignement occidental avait empêché un projet d’attentat visant Bernard-Henri Lévy. Ces dernières années, les directeurs successifs de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI), Nicolas Lerner puis Céline Berthon, ont d’ailleurs souligné leur vigilance face à la capacité de l’Iran à projeter la menace au-delà de ses frontières.

Que nous le voulions ou non, cette nouvelle guerre du Golfe nous concerne au moins autant que l’agression russe en Ukraine. Elle intervient de surcroit à un moment de fragilité particulière pour notre pays, notamment en raison de la dégradation de nos finances publiques. Une fois les élections municipales passées, nous devrions accepter un discours de lucidité et de vérité : la stabilité du Golfe n’est pas une question lointaine, elle concerne notre cohésion nationale et notre économie, en même temps qu’elle est une condition directe de notre sécurité.  

 

laurent@fnxlb.org

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