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Trois enseignements à tirer des municipales à venir
par Laurent Bigorgne

Les élections municipales des 15 et 22 mars devaient être une péripétie dans la course à l’élection présidentielle, prévue dans quatorze mois. C’est l’inverse qui se produit. Ce scrutin local s’annonce riche d’enseignements nationaux et servira de répétition générale sur au moins trois sujets majeurs pour 2027 : la survie du bloc central, la recomposition de la droite et la nature des alliances à gauche.

01/03/2026 - 06:25 Lecture 9 mn.

Le camp présidentiel en perdition ?

 

Seuls 44 % des Français interrogés souhaiteraient reconduire leur maire, soit huit points de moins qu’en juin 2025 (sondage Odoxa-Mascaret). Ce dégagisme d’atmosphère pourrait porter un coup sévère au camp présidentiel, qui apparaît sonné, incapable d’agir autrement que par défaut. À tous ceux qui pensent que Renaissance ne survivra pas à l’effacement d’Emmanuel Macron, ces élections municipales livreront des indicateurs décisifs.

Il y a trois semaines déjà, la prestation d’Agnès Pannier-Runacher, continûment ministre de 2018 à 2024, lors d’un TEDxParis au Grand Rex avait pris un tour crépusculaire. Implorant presque la clémence du public, elle s’était définie d’emblée comme « macroniste », épithète qu’elle associait elle-même à « arrogante », « déconnectée », « responsable de ce qui ne va pas dans le pays » et « encore une fois qui va nous faire la leçon ».

À rebours de sa posture surplombante de 2020, le président de la République est aujourd’hui très en retrait. Comme dans le roman éponyme de Georges Perec, son parti semble avoir théorisé et mis en œuvre sa propre disparition. Aucune tête de liste à Paris, ni à Marseille, Lyon, Nice ou Toulouse : c’est inédit.

Là où il est présent, le bloc présidentiel est souvent en difficulté. À Bordeaux, ville longtemps administrée par Alain Juppé, le député Thomas Cazenave plafonne à 25 % au premier tour (IFOP Fiducial), concurrencé par une liste conduite par l’économiste Philippe Dessertine (15 %). Si celui-ci se maintient - ce qu’il a annoncé en meeting lundi dernier -, le sortant, Pierre Hurmic (33 %), devrait l’emporter. Fait notable : la liste Dessertine revendique l’ADN du « macronisme originel », la doctrine d’En Marche en 2016-2017 : une liste « citoyenne », « hors système » - face à un macronisme de seconde génération, plus politisé, que Thomas Cazenave a décrit lui-même comme allant « de la droite républicaine à la Convention de Bernard Cazeneuve ».

Les candidats Horizons d’Édouard Philippe ne sont guère mieux lotis. À Nice, un sondage publié vendredi a fait l’effet d’une déflagration : Éric Ciotti (UDR-RN) devance le maire sortant Christian Estrosi (Horizons-LR) de onze points au premier tour. En cas de maintien de la gauche au second tour - hypothèse crédible - Éric Ciotti l’emporterait nettement (Elabe – Berger Levrault).

 

L’hypothèque de l’éclatement de la droite

 

Fragmentée entre plusieurs forces, la droite peut aussi bien perdre que gagner Paris. Pierre-Yves Bournazel, candidat Horizons-Renaissance, peine à faire décoller sa campagne et recule même de deux points en un mois (12 %, IFOP Fiducial). Mercredi, sur France Inter, ce proche d’Édouard Philippe a joué son va-tout en plaidant pour un « ni Grégoire ni Dati » au second tour, invoquant une opposition sur les valeurs avec l’ex-ministre de la Culture. Son mentor l’a aussitôt contredit via l’AFP : la compétition doit être « projet contre projet » au premier tour, avant de rechercher « l’union de la droite et du centre » pour permettre l’alternance à Paris.

Une fois encore, Édouard Philippe donne le sentiment de subir des événements qu’il n’a pas voulus ni anticipés. En retrait médiatique pour se consacrer à sa campagne au Havre, il a dû jouer les pompiers, tout en encaissant un sondage personnellement défavorable : en cas de triangulaire, il serait battu par le communiste Jean-Pierre Lecoq (42-40-18, OpinionWay), si le candidat RN-UDR se maintenait.

Cette dynamique confirme une érosion continue de la droite havraise : élu dès le premier tour en 2014 (52 %), Philippe avait obtenu 43,6 % au premier tour en 2020 ; il est aujourd’hui crédité de 37 %. Si le RN-UDR atteint bien 18 % - contre 7,31 % en 2020 - la défaite du maire sortant deviendrait plausible, hypothéquant sérieusement une candidature présidentielle en 2027.

La tripartition - entre Horizons, LR et UDR - apparaît donc comme un problème existentiel pour la droite. La dernière enquête présidentielle (Elabe pour BFMTV) crédite Édouard Philippe de 15,5 % et Bruno Retailleau de 8 %. Dans ces conditions, comment accéder au second tour ? L’après municipales sera celui d’une primaire à inventer - ou ne sera pas.

 

À gauche, la soumission aux insoumis ?

 

Le meurtre de Quentin Deranque, tué à Lyon le 14 février par des membres de la Jeune Garde, et l’attitude de LFI devraient ouvrir les yeux de ce qui reste de la gauche de gouvernement. Jeudi soir, lors d’un meeting tenu dans cette même ville, Jean-Luc Mélenchon a qualifié les membres de cette organisation de jeunesse de « nos frères ». Comment s’en étonner dès lors que son candidat à la mairie du septième arrondissement, Bruno Gaccio, avait impunément qualifié Quentin Deranque de « gros connard » et de « néonazi » ?

Lors de son meeting lyonnais, Jean-Luc Mélenchon est allé plus loin en dissertant de longues secondes sur la prononciation du nom Epstein. La séquence est terrible. Doit-on prononcer « -stein » ou « -stin » ? Comment celui qui n’hésite plus à singer Trump dans sa brutalité verbale peut-il prétendre que nous aurions tous mal compris et interprété sa sortie ostensiblement antisémite ?

L’argument avancé a posteriori - une prétendue dénonciation d’un complot - est indigne. Il a pourtant été repris mécaniquement par les cadres de LFI. Ainsi va la meute : elle impose sa contre-vérité, puis sa loi.

La question est désormais posée à toute la gauche : est-il encore possible de tendre la main à LFI ? L’Opinion a publié cette semaine la carte des soixante villes où la gauche s’allie avec les insoumis - y compris des proches de Raphaël Glucksmann.

Bernard Cazeneuve a trouvé la formule juste : « Mélenchon se rêvait Mitterrand, il finit comme Soral. » Il aurait tout aussi bien pu dire « Jean-Marie Le Pen ». L’antisémitisme français traverse les extrêmes, de gauche comme de droite. Reste à rappeler, à Mélenchon et aux siens, que Montéhus, auteur de La Jeune Garde, de son vrai nom Gaston Mardochée Brunswick, était… juif. Un temps où la gauche ne cédait pas encore à un antisémitisme électoral d’estrade.

 

laurent@fnxlb.org

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