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Chroniques / Jean-Baptiste Noé

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Jean-Baptiste Noé

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Indispensable Turquie
par Jean-Baptiste Noé

Dans la crise iranienne, la Turquie joue un rôle clef de médiateur entre Téhéran et Washington. Soucieuse de maintenir la stabilité du Moyen-Orient, Ankara exerce pleinement son action diplomatique.

31/01/2026 - 08:30 Lecture 5 mn.

La Turquie aime à se présenter comme un pays Janus : une tête vers l’Occident, une autre vers l’Orient. Erdogan joue admirablement de cette situation où il est à la fois dedans et dehors. Dans le bloc occidental, puisque membre de l’OTAN, mais proche de la Russie et de l’Iran. Dans le monde musulman, mais à l’écart du monde arabe. Cette polyvalence diplomatique est devenue le pivot de l’action internationale de la Turquie, qui sait ainsi faire profiter de ses bons offices l’ensemble de ses partenaires.

 

Indispensable pont

 

Un bâtisseur de pont indispensable, tel est le rôle que s’assigne Erdogan. Dans la crise iranienne, il propose ainsi d’être le médiateur entre l’Iran et les États-Unis, de jouer les facilitateurs et de contribuer à la paix. Parce que la Turquie joue gros. Comme tous les pays de la région, elle craint plus que tout le chaos. Un effondrement de l’Iran libérerait des forces qui menacent ses voisins. Forces sécessionnistes, kurdes, baloutches, azéries, pachtounes qui, par effet d’entraînement, pourraient concerner le Pakistan, l’Afghanistan et les pays du Golfe. Après les mollahs, la démocratie n’est pas l’horizon le plus certain.

La prise de pouvoir par des mouvements islamistes, de type État islamique, est une hypothèse tout à fait sérieuse à prendre en compte. Et de cela, nul ne veut dans la région. D’où le rôle de médiateur proposé par la Turquie, afin d’être le pont diplomatique, le canal de négociation entre l’Iran et les États-Unis. Donald Trump ne parle plus de changement de régime, méthode qu’il avait dénoncée dans son discours de Riyad. Il parle de sécurité et de négociation sur le nucléaire. En somme, assurer la protection d’Israël, qui est bien muet depuis le début de la crise iranienne, mais qui sait très bien ce qui se passe en Iran grâce à son infiltration en profondeur du pays.

 

Métastases iraniennes

 

L’Iran n’est pas qu’un pays dangereux par l’arme nucléaire. C’est un pays à l’armée solide, bien équipée, qui est capable d’infliger de réels dégâts à Israël et aux États-Unis. Le dôme de fer peut être saturé et le coût économique d’une guerre contre l’Iran est trop important pour être tenté. D’autant que l’Iran dispose de solides réseaux capables de déstabiliser la région. Le Hezbollah, bien sûr, toujours actif en Palestine. Des milices en Syrie, qui peuvent encore intervenir. Les houthis, au Yémen, qui sont toujours en activité et qui peuvent attaquer les bateaux européens passant au large des côtes vers le canal de Suez. C’est ce pouvoir de nuisance et de déstabilisation qui est étudié par les équipes américaines, avant d’engager le fer.

Si beaucoup d’yeux sont tournés vers le détroit d’Ormuz, qui voit passer une grande partie du pétrole mondial, c’est qu’un nouvel acteur clef est présent dans la région : la Chine.

 

Chine – Iran

 

Large de 53 km, le détroit d’Ormuz voit transiter le pétrole et le gaz exporté du Golfe, notamment le Koweït, l’Irak, l’Arabie saoudite. Mais Ormuz a changé de nature : c’est désormais la porte par où transite le pétrole de l’Asie. Ce sont plus de 14 millions de barils qui passent tous les jours ce détroit, dont 5,3 millions viennent d’Arabie saoudite et 3,2 millions d’Irak. Or, le pétrole d’Ormuz va quasi exclusivement vers l’Asie : 5,4 millions de barils/jour pour la Chine, 2,1 millions pour l’Inde. Seulement 0,9 million de barils vont vers l’Europe et les États-Unis.

C’est pourquoi il est bien peu probable que l’Iran bloque le détroit, car cela ne pénaliserait nullement les Américains, mais les alliés chinois et asiatiques. Cette reconfiguration des flux pétroliers est une donne importante de la crise iranienne : le pétrole est un élément de l’équation, mais il n’est plus l’élément premier. C’est bien la sécurité qui est la première question, pour Israël, via le nucléaire, pour les Américains et les Européens, via les houthis, pour les Turcs et l’ensemble des voisins, via les déstabilisations des populations. C’est pourquoi la Turquie joue ce rôle essentiel de médiateur et de temporisateur, afin de calmer la tension et de trouver des solutions.

Dans cette équation régionale et diplomatique, le sort des Iraniens n’est pas un sujet pour les Chancelleries. Si les puissances se lamentent sur les massacres, chacune estime qu’elle ne peut pas agir directement et qu’elle doit d’abord veiller à son propre intérêt. La realpolitik l’a emportée sur les sentiments, au grand désarroi des Iraniens martyrisés.

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