Chroniques / Jean-Baptiste Noé
Chroniques
Jean-Baptiste Noé
Chronique
2026, vu d’Asie
par Jean-Baptiste Noé
La lecture des grands journaux asiatiques permet de prendre le pouls de cette partie du monde, des attentes et des craintes pour 2026. La Chine, notamment, fascine et inquiète.
L’Asie est en avance sur l’Europe pour passer à 2026. Question de fuseaux horaires et de proximité avec le soleil levant. C’est près de 60% de la population mondiale qui vit dans ce quadrilatère compris entre l’Inde, la Chine, l’Indonésie et le Japon. Connaître ce qui se dit, ce qui inquiète et ce qui enthousiasme permet de prendre le pouls de la nouvelle année, dans les pays du soleil levant. Revue de presse des principaux thèmes évoqués dans les grands journaux asiatiques.
Surveillance des réseaux
L’un des thèmes récurrents concerne la surveillance des réseaux sociaux. La Malaisie a ainsi étendu son contrôle des grandes plateformes des réseaux sociaux, dont Facebook et WhatsApp. Une façon d’assurer la sécurité des plateformes afin de lutter contre les escroqueries et les vols de données. Une attitude louable qui fait néanmoins craindre un contrôle des messages et des conversations et donc une restriction de la vie privée. D’autant qu’un autre État, de l’autre côté du Pacifique, a fait une annonce tonitruante : les États-Unis. Plusieurs médias américains ont ainsi avancé que l’administration Trump allait demander aux voyageurs un historique de leurs réseaux sociaux, sur les cinq dernières années, ainsi que les numéros de téléphone et adresses mail de leurs contacts.
Une intrusion sans précédent dans la vie privée qui provoque déjà de longues files d’attente aux aéroports où les services des douanes sont saturés par l’allongement des contrôles. Plusieurs médias de Singapour se font l’écho de longues attentes et du désarroi de voyageurs qui ont pourtant l’habitude de se rendre aux États-Unis. Cette mesure devrait être confirmée courant janvier. Si cela devait avoir lieu, ce serait un contrôle sans précédent, ce qui suscite de nombreuses interrogations en Asie, où les connexions avec les États-Unis sont importantes. Et une autre question plus fondamentale : comment défendre le modèle libéral américain si celui-ci se montre plus intrusif que le modèle chinois ?
Les voitures chinoises à la conquête du monde
2025 fut une grande année pour les voitures chinoises et 2026 s’annonce tout aussi prometteur. BYD a ainsi vendu 2,26 millions de véhicules en 2025, lui permettant de doubler Tesla. Selon des prévisions de la banque suisse UBS, les constructeurs chinois devraient contrôler un tiers du marché mondial de l’automobile d’ici 2030. Grâce à leur avance sur la motorisation électrique, mais aussi leur maîtrise de la voiture autonome, qui se déploie de plus en plus en Chine, aux États-Unis et dans quelques pays d’Europe. Un optimisme qui tranche avec la morosité du secteur en Europe.
Mais il n’y a pas que la Chine : les constructeurs indiens ont eux aussi le vent en poupe. Tata Motors et Mahindra sont en pleine croissance depuis 2020. La première a racheté Jaguar Land Rover en 2008 et la seconde le sud-coréen SsangYong (2011) et l'italien Pininfarina (2015). De quoi leur permettre une implantation sur le marché européen, dont elles veulent faire un levier de leur croissance. Mais la Chine contrôle toujours la production de base de l’automobile (moteurs et composants), avec des usines installées en Thaïlande et des projets de développement en Hongrie et au Brésil d’ici 2030. De plus en plus, le centre de gravité de l’automobile mondiale se déploie à partir de l’Asie.
Taïwan, l’inquiétude
L’inquiétude est grande autour de Taïwan. Pékin a opéré des entraînements militaires de grande envergure, qui ressemble en tout point à une préparation d’un débarquement sur l’île. Xi Jinping a régulièrement répété qu’il souhaitait une "réunification" en 2049, ce qui crée une grande inquiétude en Corée du Sud et au Japon. Résultat : 200 chefs d’entreprise japonais de premier plan ont annulé leur visite annuelle en Chine, qui devait débuter le 20 janvier. Signe d’un raidissement des relations entre Pékin et Tokyo, au moment où le Premier ministre japonais a annoncé se préparer à une invasion de Taïwan. Pékin espère toujours prendre le contrôle de l’île de façon pacifique, mais n’hésite pas à montrer la force et sa détermination. Ce qui inquiète au plus haut point les pays de la région, qui craignent un embrasement.
En ce début 2026, l’Asie du Sud-Est oscille ainsi entre ferveur technologique et crainte de guerre. Le déploiement des nouvelles technologies, la robotisation, l’intelligence artificielle font entrer dans la région dans une modernité pleine de promesses. Mais les tensions autour de Taïwan, la permanence de la guerre entre la Thaïlande et le Cambodge, la crainte des pays voisins de la Chine tempèrent les optimismes et apportent des nuages sombres sur cette nouvelle année.
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