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Chroniques / Jean-Baptiste Noé

Chroniques
Jean-Baptiste Noé

Chronique
Le mur de l’Atlantique
par Jean-Baptiste Noé

Si elles ne sont pas brisées, les relations transatlantiques sont sévèrement remises en cause par Donald Trump. 80 ans d’habitudes et de confort sont balayés par l’impétuosité du président américain. 

24/01/2026 - 08:30 Lecture 5 mn.

À l’est, la guerre et le bourbier ukrainien ; au sud, l’instabilité méditerranéenne, les trafics et les routes migratoires ; au Proche-Orient, les guerres sans fin et l’islamisme. Heureusement, les Européens peuvent s’appuyer sur l’ouest, leur relation transatlantique et le parapluie américain. Mais cette certitude de confort et de stabilité a volé en éclat avec le retour de Donald Trump et le coup de grâce est venu du maître lui-même.

 

Une OTAN en mort cérébrale

 

Certains avaient reproché à Emmanuel Macron sa formule au sujet d’une OTAN en "état de mort cérébrale ". Aujourd’hui, le patient a été débranché par le médecin qui était censé le soigner. En chamboulant les structures otaniennes, en créant des conflits au sein des Occidentaux, Donald Trump a créé un front occidental inattendu. Le voici qui s’en prend à un membre de l’alliance, le Danemark, pour prendre le contrôle de l’une de ses régions, le Groenland. Le même qui déclenche une guerre commerciale ouverte en menaçant de tarifs douaniers élevés ses alliés si ceux-ci ne cèdent pas. À tel point que l’on peut se demander si l’Europe est toujours considérée comme l’allié des États-Unis.

Certes le temps de Donald Trump est compté : dans trois ans, il ne sera plus président et, à l’automne, il risque fort de perdre les élections de mi-mandat. Mais attendre que l’orage passe en faisant le dos rond serait une erreur. En 2028, ce sera peut-être un successeur de Donald Trump qui gagnera l’élection américaine, prolongeant ainsi la nouvelle doctrine pour quatre, voire huit années supplémentaires.

D’autant qu’en secouant vertement ses alliés, Donald Trump pose aussi, certes de façon brutale, un diagnostic assez juste. Puisque le Danemark ne s’occupe pas du Groenland, au risque de le laisser à la Chine, pourquoi s’y attacher ? De même, les pays d’Europe parlent depuis des décennies de protection et de sécurité, mais ils sont peu nombreux à effectuer les efforts financiers nécessaires pour se doter d’une armée capable de protéger leurs territoires. Les Européens semblent apeurés parce que Donald Trump leur donne, malgré eux, leur indépendance militaire et stratégique. Où qu’il les considère non comme des égaux, mais comme des vassaux, sur lesquels il est possible de s’asseoir.

 

Réponse canadienne

 

À ces attaques et ces coups de semonce, la réponse est venue, inattendue, du Premier ministre canadien Mark Carney, dont le discours à Davos a été chaudement applaudi. Celui-ci brise le mur de la fiction en disant ouvertement que le monde ordonné et respectueux de l’ordre international n’existe pas, si tant est qu’il n’ait jamais existé. Il explique en substance que nous avions fermé les yeux et fait comme si le droit était respecté, y compris quand des États, il ne cite jamais les États-Unis, imposaient leur force et leur loi. Or, désormais, il n’est plus possible de faire semblant.

Et que préconise-t-il ? Non pas l’enfermement et le cloisonnement, mais au contraire les échanges et les alliances. Assumant le fait que le Canada soit une puissance moyenne face aux grands que sont la Chine et les États-Unis, il explique qu’il doit jouer sa carte de puissance secondaire. Et pour cela, mener une offensive commerciale qui ne passe pas par les taxes et les tarifs, mais par les accords commerciaux et l’intensification des échanges. D’où la reprise du dialogue avec la Chine et la signature d’un traité commercial avec elle, comme avec plusieurs pays d’Europe et ceux du Mercosur.

Mark Carney assume ce choix, celui d’une diplomatie contractuelle qui ne vise pas à répondre "œil pour œil, dent pour dent", tant la main américaine est beaucoup plus lourde et plus forte que la canadienne, mais à faire preuve d’agilité et d’habileté en contournant la force américaine pour chercher l’intérêt canadien. En somme, à l’épreuve de force frontale, Mark Carney oppose l’évitement et la vitesse. Bâtir des ponts avec ceux qui le veulent, contourner, autant que faire se peut, la violence américaine, ne viser que l’intérêt du Canada en bâtissant, à son échelle, un monde multipolaire.

Son discours est à la fois une réflexion de science politique et un programme assumé sur l’action des États. Il a marqué les esprits à Davos et il a surtout démontré qu’il n’entendait pas se faire gober par son puissant et encombrant voisin.

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