WAN
menu
 
!
L'info stratégique
en temps réel
menu
recherche
recherche

éditorial / Laurent Bigorgne

éditorial
Laurent Bigorgne

éditorial
La lente agonie d’une certaine gauche
par Laurent Bigorgne

Aucune élection ne ressemble à celle qui la précède. Sinon, pourquoi voterait-on encore? Les municipales de 2014 furent un triomphe pour la droite, mais la présidentielle de 2017 lui échappa. De la même façon, en 2001, l’élection de Bertrand Delanoë à la mairie de Paris semblait annoncer l’irrésistible ascension de Lionel Jospin vers l’Élysée un an plus tard. Il n’en fut rien. Le double millésime 2026-2027 n’échappera pas à la règle, mais le décor, lui, se met en place.

08/03/2026 - 06:25 Lecture 9 mn.

Une droite désunie, un centre fragile

 

Alors que la droite surveille anxieusement la situation électorale à Paris et dans son avant-port normand, une importante enquête de l’Ifop-Fiducial* est parue cette semaine, ne testant pas moins de dix configurations de premier tour. Qui pour l’extrême droite (Le Pen ou Bardella) ? Qui pour le bloc central (Philippe, Attal, Darmanin ou Lecornu) ? Qui pour la droite (Philippe ou Retailleau) ? Qui pour le PS (Hollande ou Faure) ? Après le sondage d’OpinionWay la semaine dernière le donnant battu, l’Ifop livre un peu d’oxygène à Édouard Philippe, qui domine au centre et à droite.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : Philippe (16 %) distance ses rivaux du bloc central - Attal (11 %), Darmanin (8 %), Lecornu (6 %) - et l'emporte nettement à droite face à Retailleau (23 % contre 16 %). S’il était battu à la mairie du Havre, les cartes de la présidentielle 2027 s’en trouveraient donc rebattues.

D’autant que l’ancien Premier Ministre est le seul candidat du centre et de la droite à pouvoir se qualifier au second tour face au candidat RN. Son retard sur Jordan Bardella est néanmoins de 13 points. Ce serait pire pour Bruno Retailleau (17%), qui accuse un retard de 21 points sur ce dernier (38% dans cette configuration), Raphaël Glucksmann (16%) le talonnant alors de très près.

Un peu d’archéologie sondagière incite toutefois à la prudence. On a en effet exhumé une enquête du même institut publiée il y a dix ans, en mars 2016, montrant qu’Emmanuel Macron, qui n’était pas encore candidat et qui n’avait même pas lancé son mouvement (En Marche !), aurait été éliminé dès le premier tour de l’élection présidentielle et qu’il aurait fait moins bien que François Hollande (19 vs 17%).

 

« Le conflit crée la conscience »

 

Ce qui frappe dans l’enquête de l’Ifop, c’est que la gauche (trotskystes, LFI, PCF, socialistes, Place publique et écologistes) plafonne au premier tour à 38%, soit 6 points en-dessous de son total de 2012, année de sa dernière victoire à une présidentielle. Elle n’atteindrait d’ailleurs ce « pic » que si le centre et la droite sont représentées par Bruno Retailleau (17%). Dans toutes les autres configurations, elle oscille entre 28% et 32% et aucun de ses candidats ne dépasse 16% (Glucksmann contre Retailleau seul au centre et à droite), ce qui est en ligne avec ses résultats au premier tour de 2017 (27,7%) comme à celui de 2022 (31,9%), deux sévères défaites pour elle.

En difficulté, LFI travaille la gauche au corps en entretenant une conflictualité politique de tous les instants : à la présidentielle pour s’imposer hégémoniquement à son camp comme en 2017 et en 2022 afin d'espérer l’emporter face au RN ; aux municipales pour tenter de capter l’héritage de ce qui reste du communisme municipal, notamment les bastions rouges à l’Est de Paris, et pour s’implanter dans la durée.

C’est dans ce contexte qu’il faut replacer le nouveau dérapage verbal de Jean-Luc Mélenchon lors de son meeting de Perpignan dimanche dernier. Une nouvelle fois à propos d’un patronyme juif, celui de Raphaël Glucksmann, dont on notera qu’il le dépasse au premier tour dans presque toutes les configurations testées par l’Ifop et qui fait en outre bien mieux que François Hollande face au candidat LFI.

Les excuses du bout des lèvres de Jean-Luc Mélenchon ne sont pas crédibles. Une conversation avec un ancien ministre socialiste de la période Hollande a en effet ravivé le souvenir d’une précédente poussée antisémite de celui qui était le leader du Parti de gauche. En mars 2013, lors du troisième Congrès de celui-ci, Mélenchon s’en prit à Pierre Moscovici, alors ministre de l’Économie, qui avait, selon lui, « un comportement de quelqu’un qui ne pense plus en français, qui pense dans la langue de la finance internationale ». Pierre Moscovici, pas français donc, et suppôt de la finance internationale de surcroit… On n’était pourtant pas dans les années 1930 ou sur Radio Vichy après la défaite de mai 1940, mais à Bordeaux en 2013. Argument imparable de Mélenchon à l’époque : « Nous créerons le conflit partout, le conflit crée la conscience ».

 

« Mourir pour des idées, d’accord… »

 

En début de semaine, Place Publique, le mouvement de Raphaël Glucksmann, a retiré son soutien à ses candidats investis si ceux-ci figurent aux côtés d’ « insoumis » sur les listes municipales (une vingtaine sur les cent cinquante présentées par le mouvement). Le bureau national du PS a bien dû lui emboîter le pas mardi en condamnant « les propos antisémites intolérables » de Jean-Luc Mélenchon. Cette clarification a sans aucun doute coûté à Olivier Faure, qui rêvait encore d’une primaire de la gauche susceptible de lui être favorable…

La décision socialiste est plus alambiquée qu’il n’y paraît : s’« il n’y aura pas d’accord national », le PS laisse la main en dernier ressort à ses candidats. « Nous avons 2 000 têtes de liste, c’est autant de cas de figure possibles », a déclaré Pierre Jouvet, secrétaire général du PS. Face aux provocations antisémites de LFI, il n’y a donc pas une attitude, mais 2 000 possibilités. Ça promet.

Luc Broussy, président du conseil national du PS et proche d’Olivier Faure est au diapason : « Si la victoire dépend de LFI et que, localement, ces « insoumis » ne sont pas les aficionados des propos de Jean-Luc Mélenchon, on ne va pas perdre et offrir une mairie à la droite par principe. » Et les écologistes sont plus nets encore : « nous considérons qu’il faut faire gagner les listes de gauche partout où nous le pouvons », selon Aïssa Ghalm, secrétaire nationale adjointe.

 

La gauche qui se veut de gouvernement a donc choisi « la mort lente », comme dans la chanson de Brassens… Elle ne sait plus dire non à l’inadmissible. Peut-être ne sait-elle-même plus le reconnaître. Elle préfère regarder ailleurs, « jugeant qu’il n’y a pas / Péril en la demeure / Allons vers l’autre monde en flânant en chemin / Car, à forcer l’allure / Il arrive qu’on meure / Pour des idées n’ayant plus cours le lendemain ».

 

* Étude réalisée par IFOP-Fiducial pour Sud Radio et Le Figaro, mars 2026 (interviews réalisées les 26-27 février), Les intentions de vote dans la perspective de la prochaine élection présidentielle.

 

laurent@fnxlb.org

précédents ÉDITORIAUX
précédents
ÉDITORIAUX

Éditorial / Laurent Bigorgne

Éditorial / Trois enseignements à tirer des municipales à venir

01/03/2026 - 06:25

Éditorial / Laurent Bigorgne

Éditorial / Scarification ?

22/02/2026 - 06:25

Les chroniques de la semaine
Les chroniques
de la semaine

Chronique / Jean-Baptiste Noé

Chronique / Iran : un engrenage sans fin

07/03/2026 - 08:25

Chronique / Jean-Baptiste Noé

Chronique / Ukraine : quatre ans après

28/02/2026 - 08:25

Chronique / Jean-Baptiste Noé

Chronique / À Washington, Donald Trump veut imposer la paix

21/02/2026 - 08:25

Chronique / Jean-Baptiste Noé

Chronique / Venezuela : le domino des Caraïbes

14/02/2026 - 08:30

Chronique / Jean-Baptiste Noé

Chronique / JO de Milan : le sport, levier politique

07/02/2026 - 08:29

Chronique / Jean-Baptiste Noé

Chronique / Indispensable Turquie

31/01/2026 - 08:30

Chronique / Jean-Baptiste Noé

Chronique / Le mur de l’Atlantique

24/01/2026 - 08:30