Macro-économie / Taux / Dette obligataire / Politique monétaire / Macro-économie
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Faut-il vraiment se ruer sur les périphériques ?
L'Irlande fait rêver l'ensemble des Etats encore sous programme d'aide, elle qui, en décembre dernier, a annoncé pouvoir sortir du giron européen et retourner sur les marchés sans encombre. Le pays était entré sous assistance en novembre 2010, après que ses taux d'emprunt à dix ans s'étaient envolés au-dessus de 9%, rendant la dette du pays insolvable. La crainte des marchés résultait alors de l'éclatement d'une bulle immobilière énorme (les prix des logements anciens ont progressé en moyenne de 15% par an entre 1996 et 2007) qui s'était accompagnée d'une hausse rapide de l'endettement des ménages (il est passé de 48% du PIB en 2011 à 120% du PIB en 2009), toutes deux ayant entraîné un quasi effondrement du système bancaire irlandais.
Depuis l'instauration du plan d'aide, d'importants progrès ont été réalisés : les prix de l'immobilier ont été divisés par deux par rapport à leurs records de 2007, la dette des ménages commence à refluer et le système bancaire a été restructuré avec la mise en place d'une structure de défaisance et la nationalisation et recapitalisation des trois principales banques du pays. En parallèle, le pays a mis en place des mesures d'austérité de l'ordre de 8% du PIB selon le FMI et qui ont consisté pour 1/3 en hausses d'impôts et pour les 2/3 restants en réductions de dépenses (dont une baisse de 14% des salaires). Bilan, les taux à dix ans du pays se sont nettement resserrés, et se traitent actuellement à 3,3% contre 9,5% en novembre 2010.
Mais, selon Thibault Prebay, directeur de la gestion taux chez Quilvest Gestion, il ne faudrait pas autant estimer que la crise est terminée. L'endettement global du pays est supérieur à celui de 2010 et dépasse désormais les 120% du PIB. " Les anticipations de croissance pour 2013 ont été bien trop optimistes ; alors qu'en début d'année on prévoyait une croissance de 2% elle a finalement frôlé 0% ; les consensus ne seront encore une fois pas atteints ", explique le gérant. Certes, l'Irlande a connu un franc succès lors de ses dernières émissions, mais il est plus facile pour un pays d'attirer des investisseurs à l'occasion d'une émission unique que de retourner durablement sur les marchés. Le directeur de la gestion taux estime ainsi que l'Irlande ne dispose pas d'un niveau d'épargne suffisante pour remplir tout son programme d'émissions.
Il reste qu'à court terme, le pays n'a pas de souci à se faire pour ses émissions, estime pour sa part Thibault Mercier, analyste chez BNP Paribas. Puisque le trésor irlandais est couvert jusque mi 2015 grâce aux émissions qui ont eu lieu pendant ses trois années sous programme, qui lui ont permis de mettre de côté. " L'Irlande s'est construit un matelas de sécurité qu'elle pourra utiliser en cas de stress ", explique l'analyste. Pour 2014, les besoins de financement totalisent 12,5 milliards d'euros, soit une somme plutôt raisonnable, que le trésor ne devrait pas avoir de mal à placer.
C'est à moyen terme que le pays pourrait avoir plus de difficultés : puisque le potentiel de croissance reste incertain et le niveau de dette publique et privée très élevé (la dette des ménages représente encore 315% du PIB). " Si l'Irlande s'est éloignée de la Grèce et du Portugal, elle reste encore très loin des pays core de la zone euro ", conclut pour sa part la Société Générale.
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