Macro-économie / Taux / Macro-économie / Politique monétaire
Macro-économie / Taux
Macro-économie / Politique monétaire
Les banques centrales émergentes sauvent la mise
La Banque Centrale turque a finalement remonté drastiquement ses taux directeurs cette nuit, au grand soulagement des places boursières mondiales. Après une chute de la lire turque de plus de 17% depuis la mi- décembre, la devise reprenait quelques couleurs ce matin, à 2,27 contre le dollar, soit une hausse de 0,5%. La banque centrale a effectivement décidé de remonter ses taux brutalement afin de stopper l'hémorragie de sa monnaie: le taux repo est ainsi passé cette nuit de 4,5% à 10% tandis que le taux de refinancement a été remonté de 7,75% à 12%. La veille, la Banque centrale d'Inde avait également relevé ses taux de 25pb. Les marchés ont applaudi ces bonnes nouvelles et l'indice japonais terminait en hausse de 2,7%, tandis que les places européennes ont entamé la journée en hausse. L'indice émergent MSCI s'est également apprécié de 1,4% après s'être effondré ces derniers jours.
Bien sûr les décisions des banques centrales turque et indienne ne règlent pas les problèmes structurels auxquels ces Etats sont confrontés: le déficit de la balance des comptes courants de la Turquie continue de se creuser (7,3% du PIB), la dette privée extérieure du pays est très élevée en raison des emprunts des entreprises et la situation politique turque encore instable. Mais la banque centrale semble désormais déterminée à lutter contre la forte inflation et la chute de sa devise, comme elle l'a fermement déclaré cette nuit : "nous mènerons une politique monétaire restrictive jusqu'à ce que les perspectives d'inflation s'améliorent", se fixant comme objectif de ramener la hausse des prix à 5% d'ici à 2015 contre 7% actuellement.
Mais les analystes estiment que la détermination de la banque centrale turque à agir, qui s'est d'ailleurs immédiatement traduite sur son marché et sa devise ce matin, est un signe encourageant. "Si le plus fragile des pays émergents parvient à enrayer la chute de sa monnaie, alors tous les autres pays émergents sont en mesure de le faire, " a déclaré un économiste de la Société Générale. Pour preuve, ce matin, sur les 24 devises émergentes trackées par Bloomberg, seules le renminbi chinois et la monnaie bulgare se traitaient à la baisse. Toutes les autres se redressaient.
L'exemple des banques centrales turque et indienne est en tous cas révélateur de l'influence grandissante de ces institutions pour apaiser les tensions de marché. Si ce sont les banques des pays émergents qui sont cette fois-ci intervenues, on se souvient de la décision de la BCE à l'été 2102 de mettre en place un nouveau programme de rachats de titres pour lutter contre la flambée des taux des périphériques. Immédiatement après l'annonce de l'OMT, les rendements de ces Etats avaient commencé à baisser. Ils sont désormais revenus à leurs niveaux d'avant 2010 et le début de la crise de la dette. Un mouvement qui résulte en grande partie de l'intervention de la BCE qui a permis d'apaiser les inquiétudes des investisseurs au sujet de la zone euro. Autre signe de la sensibilité des marchés aux décisions des banques centrales, l'annonce au printemps dernier par la Fed de sa sortie progressive de QE. La simple évocation d'un probable ralentissement des rachats de titres par la réserve américaine avait entraîné un fort mouvement de retrait de capitaux des émergents vers les pays développés.
Les décisions de politique monétaire auront cependant un effet apaisant sur les marchés à conditions que les pays concernés mettent en place les réformes structurelles nécessaires, comme ne cesse d'ailleurs de le répéter Mario Draghi. A court terme du moins elles ont depuis quelques années su prouver leur efficacité pour enrayer des mouvements de marchés.
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

