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Cette note du CAE s'attaquant aux obstacles au réarmement européen / De quoi permettre à la hausse des budgets de bénéficier pleinement au Vieux continent
Se réformer au son du canon. Les crises récentes ont mis en avant les atouts de la France et de ses partenaires européens tout comme elles en ont exposé au grand jour les limites tant en termes de stratégie que de capacités à produire dans un laps de temps relativement court. Les trois chercheurs signant une note pour le Conseil d'analyse économique (CAE) ne sont pas catastrophés pour autant, faisant le constat que bien que les budgets de défense européens aient été considérablement réduits durant des années, il leur semble qu’un socle minimal d’investissements ait été conservé au fil du temps.
Avoir récolté les bénéfices de la paix ne serait pas si coûteux, étant donné que les équipements qui n’ont pas été acquis par le passé seraient en partie obsolètes à l’heure actuelle. Ce qui est plus pénalisant pour l’heure est qu’un certain nombre des équipements militaires européens est importé – de l’ordre du tiers – et que la moitié de ces importations vient d’un seul pays à savoir les États-Unis. Un géant dont l’Europe demeure largement tributaire également en ce qui concerne les technologies digitales et nombre de matériaux critiques. De quoi faire naître une série de recommandations dont deux sont spécifiquement dédiées à la France.
Cocorico
Les forces de l’Hexagone ont été soulignées ce mercredi, le pays ayant su continuer à investir au fil du temps et étant aujourd’hui le deuxième exportateur mondial pour le secteur. Néanmoins, les forces tricolores sont également un symptôme des faiblesses européennes puisque l’essentiel de ses exportations l’est vers des pays en dehors du Vieux continent et s’expliquent en grande partie par le faible nombre de pays européens qui se fournissent auprès de leurs voisins. A l’échelle française, il est préconisé par les auteurs « d’actualiser la loi de programmation militaire pour sécuriser la montée en puissance des budgets vers 3,5 % du PIB à l’horizon 2035 et offrir un cadre clair aux investissements des industries militaires et des nouveaux acteurs du marché de la défense ». Ces derniers pourraient être davantage sollicités, qu’ils ne le sont aujourd’hui notamment en ce qui concerne les PME et également les entreprises dont les produits sont tant à usage civil que militaire.
Une autre proposition est cette fois-ci quelque peu plus engageante puisqu’elle concerne l’instauration d’une commission indépendante, laquelle serait rattachée au ministère des Armées et en charge « d’évaluer la performance des contrats d’armement et de maintenance, ainsi que de leurs avenants, et de s’assurer du partage de la valeur au sein de la filière entre maîtres d’œuvre, sous-traitants et nouveaux entrants ». Le manque de données disponibles pour l’heure permettant difficilement aux économistes de se prononcer sur la question de l’efficience des sommes engagées. Au vu des données à leur disposition, ils affirment pour l’heure que le réarmement ne va pas mécaniquement augmenter la production française et les échanges intra-européens. Ils redoutent pour l’heure que des fonds plus élevés ne se traduisent par des situations de rentes plus fortes pour les entreprises du secteur.
Longueur d’onde
La voie du réarmement européen serait avant tout tributaire de la fin du sous-investissement dans la R & D de défense, lequel priverait le continent « d’un levier majeur d’innovation et de croissance : l’effet multiplicateur de dépenses militaires sur la croissance nationale est d’autant plus élevé — supérieur à 1,5 — et durable que son contenu en R & D est important ». Un effort primordial puisque parmi les bénéfices, on trouverait la facilitation de la coopération européenne, et ce « tout en bénéficiant de retombées économiques positives. Lancer des programmes européens ambitieux comblerait les retards capacitaires (défense sol-air, guerre électronique, spatial…) et en technologies de rupture (IA, robotique) ».
Un savant mariage entre consolidation du secteur de défense et maintien d’un niveau de concurrence – afin d’éviter toute situation de monopole – pourrait dès lors avoir comme objectif d’opérer un triplement de l’échelle de production afin de réduire d’un quart les coûts unitaires. Les idées formulées évoquent également la levée des restrictions à la libre utilisation et la réexportation des équipements pour permettre de stimuler les transferts intracommunautaires. En conséquence de quoi une cible de quelque 40 % d’achats en commun au sein de l’Union européenne est imaginée à un horizon 2030.
Inspirer
Les recommandations s’inspirent également de ce qui se fait de l’autre côté de l’Atlantique, étant donné qu’il est proposé d’une part de « renforcer significativement la part de R&D dans les investissements de défense, en doublant le budget du Fonds européen de défense pour le porter à au moins 3 milliards par an » et de l’autre une évolution de sa gouvernance vers une logique de financement par projet proche de celle de la DARPA – agence du département américain de la Défense chargée de financer et de coordonner des projets de recherche à la fois à fort potentiel et à haut risque.
La méthode américaine ne peut cependant pas être copiée point par point étant donné que le marché y est bien moins fragmenté et que l’Europe doit faire face à des besoins différents suivant les pays. De quoi faire dire aux auteurs qu’espérer fonctionner sur des projets recueillant l’unanimité est illusoire et signifierait voir certains pays bloquer l’ensemble de l’effort comme la Hongrie peut parfois le faire en Europe. De quoi plaider en faveur des programmes européens bâtis autour d’États volontaires.
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