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La France tarde à transformer l’essai sur le numérique / Les investissements sont pourtant au rendez-vous
Un ralentissement loin d’être irrémédiable. À en écouter les auteurs de la note du Conseil d’analyse économique consacrée à la dynamique des gains de productivité, on comprend que le retard français n’est pas celui qu’on peut s’imaginer à première vue. Leurs calculs font état du fait que 86 % de l’écart de productivité avec les États-Unis est en lien avec le numérique. Un constat relayé par la direction générale du Trésor il y a peu.
L’immense majorité de ce différentiel, 64 %, est imputée aux secteurs fortement utilisateurs, ceux dans lesquels se joue la diffusion des technologies. Là où les secteurs producteurs ne pèsent donc que 22 %. La transformation notable derrière cette mauvaise performance tricolore est que là où au début du siècle elle « provenait d’un moindre investissement numérique », aujourd’hui les quatre économistes considèrent que le retard d’investissement numérique explique une portion bien plus ténue de ce décrochage de productivité.
Redresser
Tout n’est pas perdu donc, loin de là puisqu’Antonin Bergeaud - membre du Conseil d’analyse économique (CAE) et professeur associé à HEC -, Simon Bunel - Enseignant-chercheur associé à l’ENS -, Xavier Jaravel - président délégué du CAE et Alexandra Roulet - membre du CAE et professeur d’économie à l’INSEAD -considèrent deux leviers pour changer la dynamique. D’une part, il faudrait accélérer l’adoption de l’intelligence artificielle et, d’autre part, bien mieux orienter le soutien public à l’innovation. Pour appuyer leur propos ils s’appuient sur une évaluation économétrique inédite des différents appels à projets des Programmes d’investissement d’avenir et de France 2030.
L’IA générative n’est pas pour autant une recette miracle qu’il suffit d’administrer à une économie pour qu’elle se mette en ordre de marche. En droite ligne avec des données récentes sur l’adoption de l’IA par le tissu économique hexagonal, les auteurs constatent que bien que les chiffres français soient proches de la moyenne européenne, ils n’en restent pas moins loin de pays les plus avancés. L’usage professionnel de l’IA générative par les salariés est ainsi « plus faible qu’aux États-Unis (28 % contre 43 %), mais se situe dans la moyenne des pays européens étudiés, proche de l’Allemagne (32 %) et derrière la Suède et les Pays-Bas (36 %). »
Le remède à administrer à leurs yeux est à trouver dans le développement en France d’aides via des outils « ciblés, temporaires et cohérents avec la politique de soutien à l’innovation. » L’exemple à suivre serait celui de Singapour, qui consacre près de 0,02 % de son PIB à cette fin. Dans le cas français, cela représenterait pas moins de 600 millions d’euros par an et permettrait de rivaliser avec les pays les plus avancés sur la question.
Consolider
Après avoir passé en revue les différents appels à projets gérés par Bpifrance, que ce soit dans le cadre de France 2030 ou celui des Programme d’Investissements d’Avenir (PIA), les auteurs affirment que l’emploi, l’activité ou encore la R & D et l’investissement en tirent largement profit. Ils expliquent que le retour fiscal direct dépasse l’aide reçue et exposent que pour 100 000 euros d’aide, « les estimations font apparaître environ un emploi supplémentaire et, sur trois ans, 500 000 euros de valeur ajoutée cumulée. » Une somme à laquelle il faut ajouter le fait que sur la période les entreprises lauréates versent 218 000 euros de prélèvements obligatoires supplémentaires.
Pour capitaliser sur ces résultats, il est suggéré de « pérenniser et renforcer les appels à projets des programmes PIA et France 2030 », étant donné le bon retour sur investissement de ce type de financement. Le choix à faire serait celui d’une allocation de l’ordre de 0,2 point de PIB par an à un nouveau programme « France 2040 ». Ce qui ne veut pas dire pour autant que la critique de France 2030 est interdite, loin de là puisqu’il est également suggéré de poursuivre son évaluation afin de séparer le bon grain de l’ivraie.
Enfin, il est également question d’un meilleur ciblage du crédit d’impôt recherche, tout particulièrement en procédant à la suppression du « taux réduit applicable aux dépenses de R&D au-delà de 100 millions d’euros. » Une mesure censée permettre de dégager des fonds pour des financements d’appels à projets évalués comme efficaces.
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