WAN
menu
 
!
L'info stratégique
en temps réel
menu
recherche
recherche

Macro-économie / Taux / cae / Chine

Macro-économie / Taux
cae / Chine

Une exhortation franco-allemande à protéger l’industrie européenne / Des économistes insatisfaisants de la stratégie économique de l’UE

Un message prononcé à l’unisson par le Conseil d’analyse économique (CAE) et le Conseil allemand des experts économiques (GCEE). Deux institutions qui viennent de publier une déclaration conjointe concernant la politique économique de l’Europe vis-à-vis de la Chine. Elles appellent à la remodeler pour garantir la sécurité économique du continent et à ne pas se cantonner à l’utilisation des seuls droits de douane généralisés.
Allemagne et France. Photo par ANDREAS SCHLICHTER / AFP
Allemagne et France. Photo par ANDREAS SCHLICHTER / AFP

Une inquiétude loin d’être feinte. La domination industrielle de la Chine ne rassure pas les membres du Conseil d’analyse économique (CAE), pas plus que ceux du Conseil allemand des experts économiques (GCEE). Leur déclaration conjointe publiée ce lundi les voit s’inquiéter que l’Empire du milieu ne compte pas s’arrêter là et qu’il faille agir au plus vite pour le Vieux continent. Celui-ci serait bien inspiré de se saisir de tout ou une partie des recommandations formulées par les experts des deux rives du Rhin.

Ces derniers se sont mis d’accord pour demander que l’effort soit porté sur la réduction des dépendances critiques. Pour y parvenir, ils suggèrent d’actionner deux leviers complémentaires ; à savoir, d’une part la coopération avec des partenaires commerciaux « fiables » et, d'autre part, un renforcement de ses propres capacités stratégiques. Ils considèrent donc plutôt le temps long et Gabriel Felbermayr, du Conseil allemand des experts économiques, appelle d’ailleurs à la nuance. Puisqu’à ses yeux, il faut opter pour une politique commerciale qui cible « les produits pour lesquels la dépendance à l’égard d’un partenaire commercial crée une vulnérabilité stratégique, plutôt que de traiter l’ensemble des importations en provenance de ce partenaire comme une source de risque. »

 

Cibler

 

Réduire l’ensemble des importations chinoises de manière systématique ne serait donc pas souhaitable, d’autant plus que certains secteurs en tirent profit, notamment en France. C’est le pari d’une politique sur mesure qui est proposé. Celle-ci repose sur un arbitrage systématique pour chaque dépendance existante, où il faut arriver à déterminer « si la résilience est mieux assurée en préservant ou en développant les capacités domestiques, par la diversification de l’approvisionnement étranger, ou par une combinaison des deux. Elle doit allouer ses ressources politiques et techniques en conséquence. »

Un art délicat mais essentiel à mettre en œuvre, puisque le déficit commercial bilatéral de l’UE avec la Chine « a atteint 382 milliards d’euros sur l’année allant de juin 2025 à mai 2026, soit 2 % du PIB de l’UE, » là où il ne pesait que 164 milliards d’euros en 2019. Cependant Isabelle Méjean et Sébastien Jean, du Conseil d’analyse économique avertissent que la seule arme douanière ne suffira pas, pas plus que la diversification des partenaires commerciaux et ce, étant donné qu’à leurs yeux « réduire les vulnérabilités ne répond qu’à une partie des enjeux de sécurité économique ». Il leur semble également possible que l’UE puisse « dissuader la coercition en renforçant les capacités dont dépendent ses partenaires commerciaux. Cette stratégie offensive complémentaire doit s’appuyer sur les atouts technologiques et industriels de l’Europe. »

 

Nœud gordien


Une tâche qui n’est pas aisée cependant, étant donné que les secteurs et les géographies ne sont pas touchés de la même manière par cet afflux d’exportations chinoises. De quoi compliquer la coordination de la réponse, celle-ci doit également veiller à ne se contenter de couvrir un éventail de produits trop restreint. Les économistes soulignent que les flux commerciaux s’ajustent avec le temps et les annonces faites par les autorités. Un ciblage imprécis et effectué sur un seul produit pouvant dès lors conduire à réorienter la demande existante vers plusieurs substituts proches, qui, eux, ne sont pas compris dans le champ d’application de la politique.

Un exemple récent et malheureux est à trouver dans les véhicules électriques. Confrontés à une hausse des droits de douane sur les véhicules électriques, les producteurs ont opéré un virage dans leurs exportations en privilégiant l’envoi de véhicules hybrides. Les économistes concèdent cependant qu’il faut distinguer la temporalité de la réponse européenne : privilégier les instruments de défense commerciale existants dans un souci de rapidité ne veut pas dire qu’on néglige le long terme. Bien au contraire : trouver des sources alternatives de biens et de matières premières critiques ou encore approfondir des relations commerciales est sans doute plus pérenne comme solution, mais également bien plus long à mettre en place.

L’idée d’un recours aux marchés publics figure en bonne place dans les suggestions des deux conseils, cependant ce qui est qualifié de stratégie « offensive » se mettra nécessairement en place graduellement. L’ambition étant de s’en servir afin de « permettre aux produits européens innovants d’atteindre une masse critique, en particulier lorsque la production domestique est nécessaire pour construire des capacités stratégiques. »

Vous souhaitez réagir à cet article ou apporter une précision ?
Commentez cet article