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Chine / OFCE / CPRAM
Les failles de l’économie chinoise ne se résorbent pas / La croissance ne cède pas pour autant
Une santé qui doit avant tout à la vigueur de son excédent commercial. L’économie chinoise signera vraisemblablement cette année un nouveau record sur cet indicateur clé. Les données de septembre faisant état d’une balance commerciale de quelque 133 milliards de dollars, amenant à un total de 941 milliards de dollars depuis le début de l’année. Celle-ci n’est pas sans rapport avec le retour en ligne de la croissance chinoise avec ses objectifs annuels.
Le grand écart est à l’ordre du jour, observe Jean-Thomas Heissat, stratégiste chez CPRAM, lequel explique qu’il y a désormais une fracture « très nette entre l’accélération de la tech et du commerce extérieur d’une part, et la faiblesse de la demande domestique et la poursuite du désendettement d’autre part. » Ces deux moteurs ne sont d’ailleurs pas distincts, l’expert établissant un lien direct entre la dynamique des exportations chinoises et le boom de l’IA. Notamment en ce qui concerne les effets prix, tout en soulignant observer également un redressement des volumes.
Colosse aux pieds d’argile
Pourtant engagé dans un chantier pour réformer son économie, Pékin est bien obligé de constater que pour l’heure son économie est « plus vulnérable à un ralentissement de la demande extérieure ou un retournement du cycle IA. » Le stratégiste considère que les bons chiffres du troisième trimestre constituent un rebond plus à même de masquer les faiblesses de l’économie chinoise que de traduire un rééquilibrage dans la composition de la croissance chinoise.
Au moment de se tourner vers les mois à venir, il n’anticipe pas d’évolutions majeures dans le soutien des autorités à leur économie. Jean-Thomas Heissat se cantonne à évoquer une « position globalement attentiste [qui] n’est pas nécessairement le signe d’un mieux conjoncturel. » L’hétérogénéité de l’économie chinoise n’est pas sans conséquence, particulièrement en ce qui concerne l’investissement. Considéré ni plus ni moins comme que le parent pauvre de l’économie locale, cet indicateur est en net retrait sur un an - 7,2 % - et la stagnation de septembre vient interrompre pas moins de 6 mois de baisses consécutives. Un indicateur qui vient masquer de fortes disparités, puisque « l’investissement dans la tech continue d’accélérer (+ 9.6 % sur 1 an), ce qui dénote totalement par rapport à la dynamique des moteurs de croissance traditionnels (immobilier à -21.5 %, infrastructures à -4.2 %). »
Attendre
Certaines données ne donnent pas l’impression d’un redémarrage de la croissance intérieure chinoise, à l’instar du montant des nouveaux prêts bancaires pour le mois de septembre. Les ménages et les entreprises semblent privilégier leur désendettement, avec un volume de nouveaux crédits au plus bas pour un mois de septembre depuis plus de dix ans. La situation ne change pas fondamentalement non plus en ce qui concerne les créations d’emplois : ces dernières demeurent nettement inférieures aux niveaux observés pré-crise, de même que le chômage de la jeunesse de l’Empire du milieu reste particulièrement élevé.
La suite de la semaine ne devrait pas inverser la tendance. John Plassard, responsable de la stratégie d’investissement chez Cité Gestion, évoque quant à lui une Banque populaire de Chine qui « devrait maintenir ses taux préférentiels de prêt à un et cinq ans, respectivement à 3 % et 3,5 %. » Un statu quo qui perdure depuis bientôt un an et demi et explique en partie que les investissements en actifs fixes ne remontent pas la pente.
Lorsqu’il est question se projeter sur l’année prochaine, Elliot Aurissergues - économiste à l’Observatoire français des Conjonctures Economiques et responsable du suivi conjoncturel de la Chine (OFCE-IFE) - expliquait il y a quelques jours qu’en « 2027, le rééquilibrage de la croissance chinoise se poursuivrait avec une contribution du commerce extérieur à la croissance positive de « seulement » 0,5 point, soit 0,3 point de moins qu’en 2026 », un changement qui ne serait pas totalement compensé par la demande intérieure et le conduisait à tabler sur « un taux de croissance en légère baisse, à 4,6 % pour l’ensemble de l’économie et à 4,8 % pour sa partie marchande. » Quant à l’intelligence artificielle, elle pourrait bel et bien constituer un relais de croissance, sans apporter néanmoins de garantie sur sa capacité à soutenir durablement l’activité.
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