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Cour des Comptes européenne / défense / SAFE
L’effort européen sur la défense pénalisé par la gouvernance / La Cour des comptes européennes s’inquiète
Les chiffres sont là, l’organisation laisserait à désirer. Le constat sévère porté par la Cour des comptes sur l’effort à marche forcée du Vieux continent sur la question militaire ne surprend pas outre mesure. Les pays européens avancent encore trop souvent en ordre dispersé, même si les auditeurs saluent le passage d’un « mode de réaction aux crises » à une « préparation en matière de défense » reposant sur une approche de plus en plus structurée.
Ce tournant pour l’industrie européenne de la défense n’est cependant pas sans risque. Marek Opioła, membre de la Cour chargé de l’audit, en établit un premier lié au calendrier. Bien que l’Union européenne (UE) s’efforce de renforcer la coopération entre ses États membres, il assène que « l’objectif de préparation d’ici à 2030 s’annonce difficile à atteindre ». Et d’ajouter : « Il est essentiel de tirer parti des nouvelles opportunités et de tenir compte des risques existants. » La problématique n’est néanmoins pas uniquement liée à des questions de temporalité.
Arbitrer
Le paysage dressé par les soins de l’institution fait état de constats justes sur la dépendance à l’égard de fournisseurs non européens, de stocks insuffisants ou encore de délais de fabrication excessivement longs. Néanmoins, les besoins opérationnels notamment en Ukraine et la lente montée en puissance des acteurs européens obligent à avoir recours à des fournisseurs étrangers. Les données analysées par leurs soins font ressortir qu’il « sera difficile pour l’UE de parvenir à l’autonomie stratégique et de soutenir de manière indépendante des opérations militaires de haute intensité d’ici à 2030. »
Là où certains impondérables liés à l’industrie semblent effectivement difficiles à réduire et engendrent des délais incompressibles, il est plus regrettable de voir que la lenteur de la coordination politique soit toujours à l’ordre du jour. Aujourd’hui, seuls l’accroissement des dépenses et l’augmentation rapide de la production de munitions sont jugés satisfaisants. Pire encore, le constat pourrait être plus sévère encore puisque la Cour des comptes européenne rappelle qu’elle « n’est toujours pas habilitée à auditer l’ensemble des organes et instruments concernés. » Sur la base des éléments dont elle dispose, elle ne peut que s’inquiéter de « la complexité de la structure de gouvernance et des dispositions en matière d’obligation de rendre compte pour la politique européenne de défense, qui augmente le risque de chevauchement des responsabilités. »
Danger
L’argent seul peut même être contreproductif à en croire les auditeurs, puisqu’ils considèrent que des financements plus importants mal employés pourraient avoir pour conséquence des goulets d’étranglement au niveau des matériaux, des composants essentiels ou du personnel qualifié, rendant difficile l’utilisation des fonds alloués. Leur autre préoccupation est celle d’un recours de plus en plus fréquent à des prêts garantis par le budget de l’UE - tels que les 150 milliards d’euros du mécanisme SAFE ou le prêt de 90 milliards d’euros à l’Ukraine. Une utilisation accrue de ce type de prêts est susceptible, à terme, de « compromettre la soutenabilité budgétaire en ralentissant la réduction de la dette publique » et d’exercer une pression sur le budget européen.
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