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Macro-économie / Taux / El Nino / fmi / Asie / Chine

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El Nino / fmi / Asie / Chine

Un super El Niño redouté par une économie fragilisée / Les exemples passés sont de mauvaise augure

Phénomène récurrent, l’événement climatique El Niño serait loin d’être clément pour la période 2026-2027. Celui-ci serait même le plus intense depuis plus d’une décennie, le Fonds monétaire international estime que rien qu’un épisode « typique » a fait grimper par le passé les prix mondiaux des denrées alimentaires d’environ 5 % sur un an. L’expérience des années 1970 rappelle également qu’il peut contribuer à maintenir l’inflation élevée.
El Nino fait déjà des dégâts. Photo par DANIEL CENG / ANADOLU / ANADOLU VIA AFP
El Nino fait déjà des dégâts. Photo par DANIEL CENG / ANADOLU / ANADOLU VIA AFP

Un mal de tête supplémentaire pour les banquiers centraux. Régulièrement redouté tant pour sa possible apparition que par sa virulence, voilà que le phénomène El Niño fait son retour sur le devant de la scène ces derniers jours et ce en raison des conséquences de son apparition probable tant en 2026 qu’en 2027. Le souvenir douloureux de 1982-1983 et 1997-1998 est encore présent, l’économie ayant largement souffert à l’époque avec des pertes cumulées de revenus à l’échelle mondiale respectivement de 4 100 milliards de dollars et 5 700 milliards de dollars lors des cinq années suivantes.

Il ne faut pas en effet cantonner ce genre d’évènements météorologiques à de simples risques opérationnels. Chez Allianz Trade, on considère qu’il faut les « appréhender comme un événement macroéconomique ayant des répercussions sur l’inflation, les flux commerciaux, les chaînes d’approvisionnement et les résultats des entreprises ». Un avis qu’on retrouve partagé chez Deutsche Bank, dont les équipes de recherche expliquent qu’un El Niño très intense signifierait « un nouveau choc négatif sur l’offre, alors que l’économie mondiale dispose d’une marge de manœuvre limitée pour l’absorber ». La spirale décrite impliquerait une hausse de l’inflation en raison de l’augmentation conjointe des prix des denrées alimentaires et de l’énergie. Les chaînes d’approvisionnements déjà perturbées en raison d’un détroit d’Ormuz bloqué pourraient l’être davantage, ce qui se répercuterait inévitablement sur les prix.

 

Spectre

 

Les banquiers centraux mobilisent régulièrement les erreurs des décennies passées pour expliquer leurs choix en matière de politique monétaire. Ils pourraient bien être servis prochainement à en croire Henry Allen, stratège macroéconomique chez Deutsche Bank Research à Londres, lequel explique que la configuration actuelle lui rappelle à bien des égards les années 1970. Lors de celles-ci, « une série de chocs d’offre apparemment sans lien entre eux (dont un phénomène El Niño) s’était produite, contribuant collectivement à maintenir l’inflation à un niveau élevé. Même si, en théorie, chacun de ces chocs aurait pu être temporaire – ce qui aurait impliqué que les responsables politiques devaient les ignorer et ne pas réagir de manière excessive –, la réalité était que ces chocs commençaient à être perçus comme permanents, car ils se succédaient sans cesse ».

Sa crainte est donc qu’à l’instar de cette période les anticipations d’inflation finissent par être affectées et poussent les décideurs à réagir. De quoi l’inciter à la plus grande vigilance sur ce point lors des semaines et mois à venir. Il redoute également qu’en hausse des prix alimentaires ne survienne en raison des conséquences possibles en termes de troubles sociaux et in fine d’incertitude économique. Les craintes sont exacerbées en ce qui concerne les différents pays émergents, ces derniers étant à la fois davantage exposés aux fluctuations des prix alimentaires - l’alimentation y représentant une part conséquente du panier de consommation - et la marge de manœuvre budgétaire y sont généralement réduits.

 

Œil du cyclone

 

Un constat d’autant plus vrai aux yeux d’Hazem Krichene, économiste senior climat chez Allianz, qu’il y a déséquilibre structurel dans ce choc. À savoir, que les perturbations les plus fortes vont se « concentrer sur les produits issus d’Asie, tandis que les céréales d’Amérique latine – principalement du Brésil et d’Argentine – pourraient connaître une offre excédentaire en raison de l’amélioration des conditions de culture ». Tout n’est pas favorable pour autant aux pays sud-américains, la sécheresse pourrait induire une hausse de l’inflation tant au Brésil qu’en Colombie. Les différences géographiques devraient néanmoins générer « une divergence entre les marchés des matières premières, les pays et les secteurs, plutôt qu’une flambée inflationniste généralisée ». Les risques les plus forts sont annoncés pour le sucre, l’huile de palme et le riz, où la sécheresse, la faiblesse des stocks et d’éventuelles restrictions à l’exportation pourraient entraîner une volatilité des prix.

En revanche, les épisodes passés semblent ne pas avoir de prise sur l’ensemble des marchés financiers. Chez Allianz Trade, on explique que le S & P 500 a ainsi connu « de fortes hausses à chaque fois, sous l’effet du contexte macroéconomique concomitant plutôt que du phénomène météorologique lui-même ». Le son de cloche n’est pas le même pour les marchés émergents, où « les économies importatrices de denrées alimentaires comme les Philippines et l’Indonésie ont tendance à sous-performer les indices de référence mondiaux dans les 12 à 18 mois suivant un pic de l’ONI (à l’exception de la période 2015-2016) ». Attention à ne pas en tirer des conclusions trop hâtives, puisqu’à chaque fois le contexte macroéconomique n’est pas le même, que ce soit la crise asiatique, le ralentissement chinois ou encore l’inflation post-Covid. De quoi rendre difficile l’intégralité de la dynamique à la seule météo.

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