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Macro-économie / Taux / patrick artus / Ossiam / France

Macro-économie / Taux
patrick artus / Ossiam / France

La discipline de marché serait sujette à caution / Paris et Washington en bénéficieraient pour l’heure

Certains dirigeants en font l’amère expérience, à l’instar de Liz Truss au Royaume-Uni ; la discipline de marché peut les contraindre à devoir revenir à une politique économique plus rigoureuse notamment sur le plan budgétaire. Pour autant, certains exemples passés laissent à penser que cet avertissement des marchés ne serait pas graduel et interviendrait plutôt subitement comme cela fut le cas lors de la crise de la zone euro au début de la dernière décennie.
Drapeaux. Photo by Ian LANGSDON / AFP
Drapeaux. Photo by Ian LANGSDON / AFP

Des politiques laxistes que les marchés financiers tarderaient à sanctionner. C’est une thèse qu’accrédite Patrick Artus, conseiller économique d’Ossiam, celui-ci explique que ces derniers ont un temps de réaction pour le moins long face à des situations de déficit extérieurs massifs ou de politiques budgétaires très largement expansives. De quoi entraîner un bénéfice à court terme pour ces pays puisqu’ils ne font pas l’objet d’une prime de risque adaptée à leur situation ; cependant, le revers de la médaille est qu’ils ne sont pas incités au fil du temps à changer de politique et peuvent en faire les frais à l’occasion d’une crise.

L’économiste rappelant qu’une dépréciation du taux de change, qu’elle soit combinée ou non à une hausse des taux d’intérêt, est de nature à ramener les gouvernements dans le droit chemin. Des gouvernements maintenant des politiques laxistes et ne subissant pas d’injonctions des marchés s’exposent dès lors à "l’apparition à la fois d’un déficit public et d’un déficit extérieur très importants ". Malheureusement l’analyse qu’il a effectuée des épisodes historiques récents lui fait dire qu’en "réalité, les marchés financiers ne réagissent pas aux politiques budgétaires anormalement expansionnistes ou aux déficits extérieurs massifs, et se dégradent brutalement et non progressivement".

 

Précédents

 

Divers pays du sud de l’Europe en auraient fait les frais avant la crise de la zone euro en 2010, la situation ayant conduit à cet évènement "s’observe probablement aujourd’hui aux États-Unis et en France". L’étude des faits montre que tant la situation sur le plan purement budgétaire que sur celle du commerce extérieur s’est dégradé bien avant que le marché obligataire n’en tienne rigueur, la hausse des taux d’intérêt à long terme n’est ainsi produite "qu’à partir de 2010 en Grèce, de 2011 en Espagne et au Portugal". Ce qui correspond à un écart de plus de deux ans entre les deux évènements.

À l’instar d’un certain nombre d’observateurs, Patrick Artus constate que, pour l’heure "les États-Unis ont un déficit public et un déficit extérieur très élevé " et que "si l’administration Trump continue à reculer sur les droits de douane, et si le projet de subvention des ménages (à hauteur de 2000 dollars par ménage américain) voit effectivement le jour, le déficit public des États-Unis sera proche de 9 % du PIB en année pleine, ce qui entraînera aussi à la hausse le déficit extérieur". Une crise "tardive" de la dette publique est envisageable pour l’économiste, associé dans le cas américain à une baisse brutale du taux de change.

 

Réalité

 

Pour autant les protections contre les crises demeurent fortes avec des États-Unis qui peuvent encore compter sur le rôle hégémonique à l’international du dollar pour attirer des capitaux et inciter les investisseurs étrangers à acheter sa dette publique. Le conseiller économique d’Ossiam n’est néanmoins pas partisan de croire que les " investisseurs resteront sans réaction face à la hausse certaine du taux d’endettement public et aux États-Unis, à celle du taux d’endettement extérieur net ". La situation tricolore ne le laisse pas non plus indifférent en raison d’un paysage politique fragmenté rendant pour le moins difficile la réduction du déficit public, bien que pour l’heure son déficit extérieur demeure peu conséquent.

Le principal garde-fou pour la France étant bien entendu cette "conviction des investisseurs qu’un défaut sur la dette publique est impossible parce qu’il serait inacceptable pour la BCE, qu’il entraînerait une défiance vis-à-vis de tous les actifs financiers en euros ". Une vision confortée par les différents moyens dont Francfort dispose pour intervenir. Pour autant, certains observateurs, à l’instar d’Andrea Tueni, responsable des activités de marchés chez Saxo Banque, n’excluent plus une fin brutale pour le "traitement de faveur" dont bénéficie l’Hexagone. Il évoque notamment qu’il "pourrait y avoir des signes avant-coureurs tels qu’une baisse des flux acheteurs en provenance de l’étranger. On sent cependant déjà dans le marché que la crédibilité française est quelque peu entamée. Le fait qu’il y ait davantage d’adjudications dans les années à venir n’est pas une bonne nouvelle à cet égard". Une telle crise obligerait le gouvernement français à prendre des mesures rapides pour regagner la confiance des marchés, comme l’illustrent les scénarios chocs proposés chaque année par la banque danoise.

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