Macro-économie / Taux / IA / junior / France / Emploi
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IA / junior / France / Emploi
L’insertion de la jeunesse française chamboulée par l’intelligence artificielle / Le profil et le nombre des embauches ont été modifiés
Une entrée en matière pour le moins compliquée. Difficile de dire que le marché du travail n’a pas bougé d’un iota ces dernières années pour ses nouveaux arrivants. Resserrement monétaire, Covid ou intelligence artificielle (IA) ont changé la donne pour les entreprises et, par ricochet, sur les profils qu’elles recrutent depuis. Sans pour autant que toute évolution puisse exclusivement à première vue être attribuée à une cause ou à l’autre.
Plusieurs chercheurs viennent de publier leurs observations sur les embauches de jeunes en CDI depuis 2022. Il en ressort que plus un métier ferait un usage intensif de l’intelligence artificielle (IA), plus les ajustements y seraient forts. En utilisant un indice d’exposition, construit à partir du répertoire opérationnel des métiers et des emplois de France Travail, Antonin Bergeaud et ses coauteurs expliquent qu’à date de « mars 2026, les embauches en CDI dans le quintile de métiers le plus exposé se situent environ 28 % sous leur niveau de novembre 2022, contre 8 % dans le quintile le moins exposé. »
Mutation
Bien qu’il soit difficile d’affirmer que l’IA est la seule raison de ces changements de gestion des ressources humaines des juniors, ces entreprises se distinguent néanmoins. Les auteurs expliquent que les « premiers changements observés passent ainsi davantage par les entrées et les sorties que par une baisse visible du nombre total de salariés » chez ces firmes friandes de l’IA. L’emploi total ne s’écartant pas significativement de celui des autres firmes.
Le recul des recrutements juniors dans les métiers exposés intervient toutefois dans une période où plusieurs forces ont touché les mêmes emplois. Parmi elles figure en bonne place le télétravail, celui-ci étant également connu pour avoir des effets négatifs sur le recrutement des juniors et de surcroît sur les mêmes catégories d’emploi que celles perturbées par l’IA. De quoi faire dire aux économistes qu’il ne s’agit pas nécessairement d’explications concurrentes, puisqu’elles peuvent avoir affecté conjointement les mêmes entreprises et les mêmes tâches.
Prendre du recul
Les comparaisons internationales offrent une vision plus nuancée. Les résultats aux États-Unis tendent à montrer un impact sur l’emploi des jeunes dans les métiers exposés, essentiellement via des recrutements moindres, ce qui n’est pas retrouvé dans les études menées en Norvège ou au Danemark. Dans ce dernier cas c’est plutôt « une réorganisation rapide des tâches, sans effet moyen détectable sur les heures travaillées ou les revenus » qui est relevée. Autant de différences qui amèneront inévitablement à de nouveaux travaux afin de discerner qui, des métiers, des institutions ou des marges d’ajustement, joue le rôle le plus déterminant dans la reconfiguration des embauches qui se dessine.
Une vision trop court-termiste est également à proscrire expliquent les auteurs, puisque la seule métrique ne peut pas être celle du nombre d’emplois créés aujourd’hui. Antonin Bergeaud et ses confrères expliquent que « l’automatisation des tâches confiées aux débutants peut réduire l’apprentissage par la pratique et, à terme, l’accumulation du capital humain de demain. » Appelant une fois de plus à ne pas se contenter de seules données sur le chiffre global de l’emploi, ils soulignent que c’est avant tout le renouvellement des effectifs et la formation des travailleurs qui sont affectés par l’IA.
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