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Les marchés insensibles à la Fed
Pas de grande surprise hier de la part de Janet Yellen, à l'issue du FOMC (conférence des gouverneurs de la Fed), qui a comme prévu annoncé une hausse des taux directeurs de 25 points, dans une fourchette comprise entre 1% et 1,25%. Et, si la présidente a tenté de rassurer sur la croissance américaine, relevant ses prévisions pour cette année, à 2,2%, contre 2,1% précédemment anticipé, les marchés sont de plus en plus partagés sur l'advenue d'un dernier relèvement des taux, en septembre prochain.
Les gouverneurs de la Fed, eux, soutiennent pourtant majoritairement un troisième resserrement d'ici la fin de l'année, comme le soulignent les "Fed dots" (prévision médiane de taux selon le FOMC). Mais vu la faiblesse de l'inflation, d'ailleurs mise en exergue par Janet Yellen hier, et le manque de détermination de Donald Trump à mettre en oeuvre les réformes nécessaires pour accélérer le rythme de croissance du pays, les investisseurs estiment que la dernière hausse pour 2017 pourrait être finalement reportée. Ainsi, selon Nicolas Forest, directeur de la gestion obligataire chez Candriam, les investisseurs américains sont déçus à la fois par la croissance économique plus faible, par le niveau de l'inflation inférieur aux attentes, et plus que jamais par la politique budgétaire américaine. "Dans ce contexte, les marchés ne croient pas aux estimations médianes de la Fed concernant les taux d'intérêt", explique le directeur. Selon les Fed futures, seuls 50% des investisseurs s'attendent désormais à un relèvement cet automne.
D'autant que la présidente a par ailleurs dévoilé hier la façon dont elle entendait mener la sortie de QE, et que cela devrait avoir lieu de façon très progressive. Preuve supplémentaire de la prudence de la banque centrale, soucieuse de ne pas stopper sa politique de réinvestissement de façon trop brutale, toujours pour préserver la croissance encore poussive du pays. Ainsi, Janet Yellen a annoncé que dans un premier temps, le rythme de ces réinvestissements allait ralentir de six milliards de dollars par mois, puis de 30 milliards d’ici 12 mois. Pour les MBS les réinvestissements chuteront d’abord de quatre milliards par mois, puis de 20 milliards par mois au bout d’un an. "Une approche vraiment très précautionneuse", selon James Knightley, analyste chez ING, "quand on sait que le bilan de la Fed représente plus de 4500 milliards de dollars" !
Malgré le scepticisme des marchés, et malgré le ralentissement récent de l'inflation, la Fed pourrait bien poursuivre le resserrement des taux, voire accélérer le rythme de sa normalisation, estime pour sa part Nicolas Forest. "Selon la règle de Taylor (ndlr. règle qui lie les taux directeurs aux niveaux d'inflation et de croissance), les taux Fed devraient être 3% plus élevés. (...) Ce cycle de hausse invisible rappelle étrangement celui de 2004-2006, et le fameux dilemme qui aura conduit à un très fort aplatissement de la courbe et derrière à une crise de crédit majeure", poursuit le directeur. Qui appelle donc les investisseurs à rester vigilants, soulignant qu'une hausse de taux n'est jamais aussi invisible que l'on pourrait le croire.
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