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Johnson/Barnier : un fossé entre le Royaume-Uni et l'UE
La Commission européenne et le gouvernement britannique ont publié ce matin les grandes lignes de ce qu'ils attendent des onze prochains mois de négociations, suivies des deux côtés de la Manche d'un discours musclé de la part de Boris Johnson et Michel Barnier. Certes, les deux protagonistes ont tâché de mettre les formes, le document de Downing Street expliquant que la Grande-Bretagne espérait que leur future relation avec l'UE "serait fondée sur une coopération amicale entre souverains égaux pour le bénéfice de tous les individus". Tandis que Michel Barnier affirmait de son côté que l'UE était prête à "proposer un accord commercial très ambitieux comme pilier central du partenariat". Mais au-delà de ces propos de façade, les conditions émises de part et d'autre de la Manche laissent penser que les onze prochains mois de négociations ne seront pas un long fleuve tranquille.
L'UE est donc prête à un accord qui élimine tous droits de douanes et quotas sur les biens échangés avec le continent, comme elle l'avait annoncé au moment de la signature de l'accord de sortie. Mais pas à n'importe quel prix, a rappelé Michel Barnier. "En raison de notre proximité géographique et de notre interdépendance économique, notre projet de mandat précise également que cette offre exceptionnelle est subordonnée à au moins deux conditions", a déclaré le commissaire. La première est que la concurrence reste "ouverte et équitable", et que le futur partenariat empêchera "les avantages concurrentiels déloyaux". Le commissaire a par ailleurs ajouté que les deux partenaires devraient dès à présent s'entendre sur "des garanties spécifiques et efficaces pour assurer des conditions de concurrence équitables à long terme". Seconde condition émise par Michel Barnier : parvenir à un accord sur la pêche qui prévoit un accès continu et réciproque aux marchés et aux eaux territoriales avec des quotas stables.
Le Premier ministre britannique a aussitôt répliqué, en rejetant toute volonté de concurrence déloyale de la part de son pays mais en affirmant du même coup que la Grande-Bretagne ne serait plus tenue de respecter les règles communautaires. Et c'est là que le bât blesse. Car le concept de concurrence équitable n'est visiblement pas compris de la même façon des deux côtés de la Manche : Boris Johnson est prêt à continuer de respecter les règles actuellement en vigueur dans l'UE, et à ne pas revenir dessus pour faire du dumping à outrance. Mais il estime en revanche que son pays ne devra pas se plier à de futurs changements de régulation à Bruxelles, puisqu'il ne fera plus partie de l'UE. Or, pour Michel Barnier, les règles européennes devront s'appliquer "sur le long terme", et il faudra un mécanisme pour maintenir les normes qui s'appliquent maintenant "et dans leurs développements futurs". Un alignement sur les normes européennes conçu comme dynamique et évolutif, auquel le Premier ministre est tout à fait opposé.
Sur le sujet de la pêche, Boris Johnson a souligné que son pays souhaitait reprendre le contrôle des eaux britanniques, très poissonneuses, et qu'elles devraient être accessibles en priorité aux navires anglais. Ce qui ne devrait pas manquer de hérisser le Danemark, très dépendant des eaux britanniques, et la France, alors qu'elles représentent 30% du chiffre d'affaires des pêcheurs de l'Hexagone. Les deux camps se sont donnés jusqu'au 30 juin prochain pour parvenir à un accord sur la pêche, qui pourrait devenir une importante monnaie d'échange des négociations. Michel Barnier a d'ailleurs prévenu que l'accès au marché de l'Union européenne pour les entreprises financières basées en Grande-Bretagne sera lié aux résultats globaux des négociations commerciales avec Londres. Une façon de faire pression sur la Grande-Bretagne, pour qui les services financiers représentent plus de 7% de la valeur ajoutée du pays.
Ces divergences de vues, qui ne présagent rien de bon pour les négociations qui débuteront en mars prochain, ont visiblement inquiété les investisseurs aujourd'hui : la livre a chuté de 1,5% contre le dollar après que les deux protagonistes ont pris la parole. Comme au cours des trois années et demi de négociations sur la sortie du pays, la monnaie britannique risque de nouveau d'être la boussole des négociations ces onze prochains mois : si celles-ci prennent une mauvaise tournure, et que le pays se rapproche d'une sortie sans aucun accord, la livre devrait plonger contre les autres devises mondiales.
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