Macro-économie / Taux / Banque-assurance / Macro-économie
Macro-économie / Taux
Banque-assurance / Macro-économie
Brexit : l'exode bancaire se précise
Les prises de positions plutôt rigides à l'égard de l'UE adoptées par la premier ministre britannique depuis le début du mois d'octobre ont visiblement fait réfléchir les différentes institutions financières du pays quant à leur avenir à la City... Ainsi, le CEO du principal lobby bancaire la BBA (British Bankers Association), Anthony Browne a t-il annoncé dans une interview au journal The Observer ce week-end que les banques internationales étaient "sur le point d'appuyer sur le bouton relocalisation". "De nombreuses petites banques ont l'intention de déménager leurs activités avant décembre; les plus grosses institutions devraient leur emboîter le pas au cours du premier trimestre", a t-il ainsi déclaré, sans citer de nom de banques volontairement. Selon lui, ces dernières ne peuvent attendre la dernière minute pour prendre une décision et sont contraintes de prévoir le pire, d'autant que "le débat est très mal orienté".
Pour certaines, leurs filiales immobilières sont d'ailleurs déjà en train de repérer des bureaux sur le Continent : une compagnie immobilière gérée par Schröders a ainsi déposé une offre pour un immeuble de bureaux à Francfort, de même que CBRE Global Investors et Standard Life qui prospectent de leur côté pour des bureaux dans différents pôles financier de l'UE dont Amsterdam et Dublin. Selon une étude d'Oliver Wyman, entre 4000 et 35 000 postes pourraient être délocalisés, en fonction des scénarii. Ce qui certes ne représente que 1% à 8% de la main d'oeuvre mais qui pourrait avoir un impact psychologique fort sur le monde financier londonien, voire entraîner par contagion d'autres départs à moyen terme.
Une délocalisation massive des activités bancaires hors de Londres serait naturellement une très mauvaise nouvelle pour le chancelier de l'échiquier, qui doit présenter son budget pour 2017 dans quelques semaines et a déjà annoncé qu'il ne respecterait pas l'objectif de retour l'équilibre budgétaire prévu par son prédécesseur pour 2020. Or les institutions financières du pays représentent une partie non négligeable des recettes fiscales de la Grande-Bretagne, ayant ainsi contribué à hauteur de 66 milliards de livres en 2014-2015, soit 11% des revenus publics et l'équivalent du budget de la défense...
Le gouvernement pourrait dans le même temps devoir renoncer à certains revenus bancaires afin que la City continue de représenter une place attractive pour les banques. Philip Hammond pourrait ainsi envisager d'alléger les taxes appliquées aux banques du pays pour éviter une exode trop importante. Introduite en 2010, cette taxe bancaire représentait à l'origine un taux de 0,05% sur le bilan des banques avant d'être augmentée à 0,21%, représentant plus de 2 milliards de livres par an. Les banques doivent par ailleurs s'acquitter depuis début janvier d'une majoration de 8% sur leurs profits en plus du taux de 20% imposé à toutes les entreprises du pays. Le lobby bancaire a récemment plaidé pour que cette surcharge soit retirée le plus rapidement possible.
Si Theresa May a signifié prendre ses distances avec le lobby de la City afin de se démarquer de son prédécesseur, déclarant que les banques ne bénéficieraient d'aucun traitement de faveur lors des négociations, elle devra sans doute leur accorder quelque avantage fiscal si elle veut éviter un mouvement de délocalisation trop important. Il en va de la stabilité budgétaire de son pays, ce que devrait lui rappeler Philip Hammond, nettement plus conciliant et disposé à adoucir le ton avec ses partenaires européens que la chef du gouvernement.
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

