La rémunération des actionnaires dégrade-t-elle la situation des économies ?
« La rémunération des actionnaires est-elle défavorable à l’économie aux Etats-Unis ou dans la zone euro ? » C’est la question sur laquelle Patrick Artus, directeur de la recherche et des études de Natixis, s’est penché il y a quelques semaines. L’expert constate que la rémunération prend des formes différentes de part et d’autres de l’Atlantique. Ainsi, du côté du pays de l’Oncle Sam elle est réalisée essentiellement par les rachats d’actions, tandis que sur le Vieux Continent, c’est la distribution de dividendes qui est la plus prégnante. Ces modèles différents n’ont donc pas les mêmes conséquences sur les économies.
En zone euro, la part de dividendes versés par les entreprises non-financières représente un peu moins de 6% du PIB, contre moins de 4% pour les Etats-Unis. Ce mode de distribution est donc privilégié par le Vieux Continent. En revanche, en ce qui concerne les rachats d’actions par les entreprises, ce sont les Américains qui sont devant. « On voit que, dans les périodes de croissance, les rachats d’actions par les entreprises sont très importants aux Etats-Unis, ce qui n’est pas le cas en zone euro », explique Patrick Artus. A noter que les vendeurs d’actions aux US sont les ménages ou les investisseurs institutionnels. Ainsi, sur l’autre continent, la rémunération des actionnaires est largement assurée par les rachats d’actions, avec les plus-values en capital associées.
Ces modes de rémunération peuvent avoir des effets négatifs. En zone euro, la distribution peut être une mauvaise chose si elle utilise des profits et que ceci conduit soit à une baisse de l’investissement, soit à une baisse du taux d’autofinancement. Néanmoins, « le niveau élevé de dividendes n’a pas empêché la hausse de profitabilité après distribution de coupons ou la hausse du taux d’autofinancement ». Les données montrent également qu’il y a eu une baisse du taux d’investissement après 2009, mais aussi une baisse des dividendes.
Pour ce qui est des Etats-Unis, les rachats d’actions peuvent avoir un effet négatif s’ils utilisent des profits qui auraient pu être investis ou s’ils réduisent le taux d’autofinancement en consommant des profits. Or, même si Natixis constate que dans les périodes de rachats d’actions les investissements sont élevés, ces rachats font néanmoins reculer le taux d’autofinancement, en consommant des cash flows. Dans les périodes 1998 à 2001, 2004 à 2009 ou encore de 2012 à 2016, ils ont également pu conduire à un excès d’endettement des entreprises qui les fragilise.
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