Bonus 2016: seul Citigroup est dans le vert, baisse de 42% chez JP Morgan
Entre contraintes de régulation et horaires étendus, les banques ne sont pas en odeur de sainteté auprès des jeunes diplômés, d’où la nécessité de les attirer avec des bonus alléchants. C’est ce qui ressort des chiffres publiés par le site de données de rémunération Emolument, sur le millésime 2016 des banques de la City. Cette année, les analystes ont ainsi été bichonnés par leurs employeurs : sur les 2 500 professionnels interrogés dans neuf grandes banques (JP Morgan, Bank of America Merrill Lynch, Citigroup, BNP Paribas, Crédit Suisse, Morgan Stanley, Barclays, Deutsche Bank et RBS), leurs bonus ont en moyenne progressé de 150% à 15 000 livres. Pour les associates, la tendance est également au vert, de façon plus modérée : les primes ont grimpé de 21% à 37 500 livres. A un moment où un certain nombre de banques ont choisi de resserrer les effectifs, notamment dans les activités de marché en berne, ces chiffres peuvent surprendre, d’autant que les bonus des positions juniors sont en général plafonnés et peu flexibles. Mais cette année, les mastodontes financiers ont choisi de déroger à la règle pour contenter leurs jeunes recrues.
Ce sont les échelons intermédiaires, vice-presidents (VP) et directors, qui pâtissent des contraintes de rémunération des banques. Après une saison 2015 en hausse, les bonus des VP sont en moyenne en baisse de 24% à 50 000 livres, tandis que ceux des directors chutent de 33% à 100 000 livres ! Les banques ont choisi de préserver les managing directors, qui sont les artisans des deals : leurs primes ne reculent « que » de 25 000 livres à 275 000 livres, mais cela cache des disparités importantes. « Ces chiffres cachent une grande polarisation des bonus cette année avec une grande proportion de zéros d’un côté et de très gros packages qui vont à quelques MD faiseurs de deals. Elles n’ont plus peur des bonus zéro car perdre des professionnels qui ne rapportent pas de deal n’est plus un sujet », analyse Emolument. En outre, la forte hausse des salaires de base depuis 2008 donne une raison aux banquiers mécontents de rester en place.
Emolument détaille ensuite le classement des bonus des VP par banque, et force est de constater que les « golden boys » ne sont pas traités de la même manière d’une institution à l’autre. Citigroup est de loin la banque la plus généreuse, et c’est même la seule à accorder une hausse des bonus à ses salariés VP (+4% à 83 000 livres). « Cette tendance ne devrait pas perdurer néanmoins, étant donné que Citi a annoncé par surprise de mauvais résultats au premier trimestre 2016, qui vont impacter les bonus l’an prochain », commente Emolument. Deutsche Bank a réussi à maintenir les niveaux de ses primes cette année, à 40 000 livres en moyenne, mais les sept autres institutions de la City affichent des chiffres dans le rouge.
Les banques américaines, en particulier, ont effectué des coupes franches : les bonus des VP sont en baisse de 43% chez JP Morgan, à 57 500 livres, et de 33% chez Bank of America Merrill Lynch , à 67 500 livres ! La chute est un peu moins rude chez Morgan Stanley, où ils baissent de 24% à 45 000 livres. Côté français, BNP Paribas accuse un recul de 27% à 51 000 livres. « Cela a été une année difficile pour les banques américaines. JP Morgan et BAML, qui étaient habituées à offrir des primes bien au-dessus de la moyenne (100 000 et 90 000 livres respectivement en 2015) ont réaligné leurs bonus pour être en phase avec les banques européennes. Crédit Suisse reste la deuxième institution la plus dispendieuse (60 000 livres) même si cette donnée est en recul de 9% par rapport à l’an passé. De l’autre côté du spectre, RBS offre les bonus les plus faibles des VP de la City, à 37 500 livres (-6%).
Alice Leguay, cofondatrice et COO d’Emolument, offre une analyse difficile mais clairvoyante de ces derniers chiffres : « Inspirer la Génération Z à choisir une carrière dans la banque est un challenge, surtout si l’on prend en compte les risques d’être exposé à des procédures légales, avec l’entrée en vigueur de contraintes réglementaires, le poids des process de compliance et le manque de glamour d’une industrie méprisée par le public et la presse. Plus que doubler les bonus des juniors ne résoudra pas le problème à long terme car cette génération de jeunes talents a un but pour sa carrière. Cela met la pression sur les banques pour qu’elles aient un regard plus dur sur leur culture, la transparence et leur capacité à s’adapter à l’économie fintech ».
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