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La France menacée de déflation ?
Les ménages ont le moral dans les chaussettes ; et du coup, la consommation en pâtit. Ainsi, l’Insee a publié mercredi des dépenses en baisse de 0,3% sur le mois d’avril, certes en grande partie en raison de la chute des prix de l’énergie mais pas seulement. Les dépenses sous-jacentes des français (hors consommation en énergie) ont également reculé de 0,2%. « Après la baisse de 0,3% au premier trimestre en raison de la hausse de la TVA, ce nouveau recul est une mauvaise nouvelle pour le rebond de la consommation que tout le monde attendait pour le second trimestre», explique Jean-Christophe Caffet, analyste chez Natixis.
Même son de cloche chez BNP Paribas. « L’acquis de croissance des dépenses de consommation des ménages en biens est nul (…). Un rebond soudain est du domaine du possible, une fois disparus les effets de la météo » poursuit Helène Baudchon, analyste chez BNP Paribas. Sauf que les effets de la consolidation budgétaire et de la hausse du chômage vont également peser lourd sur la tendance et « ne sont pas prêts de se dissiper », estime l’analyste. De quoi faire resurgir les risques de déflation, alors que dans le même temps, les prix n’ont jamais été aussi bas.
Les sénateurs de la commission des finances se réunissaient d’ailleurs cette semaine pour discuter du sujet, lors d’une audition où étaient notamment conviés l’économiste Michel Aglietta et Renaud Lassus, chef du service des politiques macroéconomiques du Trésor. Selon le premier, seul un programme d’investissement public européen financé par l’épargne privée mondiale permettrait d’éviter au Vieux Continent de plonger dans la déflation. « La politique monétaire (de baisse des taux) est nécessaire mais ne suffira pas », a-t-il expliqué. Sachant qu’il est difficile de demander à la BCE de faire davantage pour baisser le niveau de l’euro, alors qu’elle est à l’origine même de la force de la monnaie unique. « Le succès de la politique monétaire et de communication de la BCE, avec la petite phrase de Mario Draghi en juillet 2013, a permis de sauver la zone euro et fait remonter la devise du Vieux Continent » a déclaré un des autres intervenants, professeur associé à l’université Paris-Dauphine.
Selon Hélène Baudchon de BNP Paribas, il convient tout de même de relativiser les risques de déflation, du moins en France. « Ce risque de déflation, s’il inquiète les économistes et la BCE (ce qui d’ailleurs devrait l’amener à assouplir encore sa politique monétaire), n’a pas, semble-t-il, le même écho auprès des Français qui, lorsqu’ils s’expriment sur le sujet, se disent préoccupés par les hausses des prix et non par les prix qui baissent ». Sachant que les sondages soulignent que les Français perçoivent plutôt positivement la baisse des prix, qui permet de soutenir leur pouvoir d’achat. « Ceci devrait préserver le pays d’un décrochage à la baisse des anticipations d’inflation et donc d’une dégénération de la situation actuelle », poursuit l’analyste.
Bref, la faiblesse de la consommation des ménages en avril n’est sans doute pas imputable à un phénomène de report des achats, qui caractérise normalement les phases de déflation : elle s’explique plutôt par une météo douce par rapport aux normales saisonnières qui a donc entraîné une baisse de la consommation d’énergie. Mais plus structurellement, il faut reconnaître que la confiance des ménages reste en berne et que leur revenu disponible nominal est sous pression, du fait des hausses d’impôts diverses et variées et du marché du travail détérioré. Ce qui ne laisse pas présager d’une reprise très signifiante pour les prochains mois.
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