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La BCE peut-elle surprendre demain lors de sa réunion mensuelle ?
La réunion mensuelle de la BCE reste un rendez-vous très attendu. Et celle de demain ne déroge pas à la règle. Arrêt, maintien ou accentuation de sa politique monétaire accommodante ? Plusieurs paramètres sont à prendre en compte. D’un côté, la situation économique de la zone euro s’améliore. “Pour la première fois depuis 2011, le taux de chômage de la zone euro est passé sous la barre des 10%, relevait ce matin une note de Lazard Frères Gestion. Cette baisse s’explique essentiellement par des créations d’emplois (+1,4% sur un an au second trimestre 2016). Les perspectives de croissance sont favorables dans la zone euro, et l’Espagne qui explique à elle seule 40% de la baisse du chômage sur les deux dernières années, devrait continuer à croître à un rythme soutenu.” Les équipes des études économiques du Crédit Agricole SA complètent : “L’absence d’accélération des pressions inflationnistes sous-jacentes en novembre (stables à 0,8% depuis août) dans un contexte de résorption graduelle du chômage, qui atteint un plus bas depuis mi-2009 de 9,8% en octobre, n’est pas pour conforter les autorités monétaires européennes d’un rapide retour à sa cible d’inflation de 2%”.
D’un autre côté, il y a le cas immédiat de l’Italie. La victoire du “non” dimanche dernier n’a pas provoqué de séisme sur les marchés mais tous les regards se tournent vers Francfort (Allemagne). “Le tout dernier message de Mario Draghi et d’autres dirigeants de la BCE, tel Vitor Constancio, confirmait la détermination de la banque centrale d’atteindre son objectif d’inflation et de maintenir la stabilité financière,” signalent les analystes d’Amundi dans une note à la suite de la victoire du “non” en Italie. Dans ce cadre, on s’attend chez Crédit Agricole SA, à “des mesures additionnelles d’urgence”. Elles viseraient à faciliter la stabilisation des taux de financement de l’économie italienne, c’est-à-dire les emprunts d’Etat mais aussi des entreprises italiennes et tout particulièrement les banques. D’ailleurs ces dernières attendent des mesures pour leur recapitalisation. Si le gouvernement italien par intérim peut prendre des mesures allant dans ce sens, il ne peut le faire sans l’appui de l’Europe, de la BCE et de l’Allemagne...
Aussi, la Banque centrale européenne “devrait empêcher des mouvements de marché trop importants et les acteurs anticipent une annonce d’extension du programme de QE au-delà de mars 2017”, annonce Amundi. Ce que confirme Fidelity International dans une note publiée à la mi-journée : “Notre scénario central est celui d’une extension du programme d’assouplissement monétaire, à minima pour les six prochains mois, couplée à des ajustements supplémentaires sur les aspects plus techniques du programme afin d’adresser les problématiques de rareté des actifs qui peuvent resurgir l’an prochain.” Valentin Bissat, économiste et stratégiste senior chez Mirabaud Asset Management table, lui aussi sur cette solution qui devrait être “au rythme actuel de 80 milliards d'euros par mois.” Et il indique : “Concernant les détails techniques, un assouplissement des mesures pourrait être annoncé dans le courant de l'année prochaine, si les taux devaient reprendre leur baisse et soulever des préoccupations sur une pénurie de dette éligible. Cet assouplissement se ferait à travers une modification de la clé de répartition des achats par pays ou par une augmentation de la limite d'achat par émission.” Ce que la BCE a déjà eu l’occasion de faire de manière épisodique au printemps dernier.
Pour rappel, son QE a été mis en place pour permettre l’amélioration du refinancement des banques. Cependant, il ne peut pas durer trop longtemps, car plus le temps passe et plus le bilan de la BCE s’alourdit. “Dans la mesure où le taux refi a déjà atteint un plancher (0,05% à partir du 10 septembre 2014 et réduit à 0% le 16 mars 2016), la BCE table désormais sur l’accroissement de son bilan (3 587,4 milliards d’euros au 2 décembre 2016 contre 1 988,2 milliards au 19 septembre 2014) pour juguler les risques déflationnistes, en déployant un large éventail de mesures non conventionnelles de rachats d’actifs (APP) : obligations sécurisées et ABS depuis le quatrième trimestre 2014 (CBPP3 et ABSPP), titres publics depuis mars 2015 (PSPP) et obligations d’entreprises depuis juin 2016 (CSPP)”, décrit la direction des études économiques de BNP Paribas.
Au final, comme la BCE ne veut pas créer de choc sur les marchés, les décisions de demain devraient être en ligne avec les attentes du marché. A moins… A moins qu’elle ne décide d’être plus entreprenante notamment en ce qui concerne la circulation des capitaux au sein de la zone euro, par exemple. C’est Natixis qui pointe le sujet : “Le déclenchement de la crise vient de ce que, à partir de 2009 et surtout de 2011, les pays de la zone euro ayant des excédents extérieurs (Allemagne, Pays-Bas) refusent de continuer à prêter ces excédents aux pays qui ont des déficits extérieurs (Espagne, Italie, Portugal, Grèce), en raison du niveau très élevé de dette extérieure de ces pays. Il y a un arrêt brutal de la mobilité des capitaux entre les pays de la zone euro.” Et de poser cette question “comment rétablir la mobilité des capitaux entre les pays de la zone euro, comment utiliser l’épargne des pays du Nord pour financer la croissance des pays périphériques ?” Une question qui concerne la BCE mais aussi la Commission européenne et l’Allemagne en premier lieu. A voir ce que Mario Draghi va déclarer, ou pas, demain sur ce point.
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