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2017 : une année de croissance sans inflation en zone euro

L'inflation a atteint 1,4% sur un an en décembre 2017 selon Eurostat, alors que le PIB a progressé de 2% dans la zone sur l'année. Et la croissance des prix ne devrait pas accélérer outre mesure en 2018, compliquant la tâche de la BCE pour sortir du QE. 
Drapeaux européens
Drapeaux européens

La zone euro aura donc terminé l'année avec une inflation toujours aussi faible, à 1,4% sur un an au mois de décembre, selon les chiffres qu'Eurostat a dévoilés ce matin, et après une hausse de 1,5% en novembre. Un niveau certes légèrement supérieur à l'indice HICP un an plus tôt, qui avait atteint 1,1% seulement fin décembre 2016, mais qui reste très éloigné de l'objectif de 2% visé par la BCE. La faiblesse de l'inflation l'an dernier est d'autant plus surprenante que la conjoncture elle, s'est nettement améliorée, le FMI anticipant une croissance de 2,1% sur l'ensemble de l'année (les chiffres définitifs du PIB de 2017 n'ont pas encore été dévoilés pour la zone euro). "L'inflation est restée implacablement faible au cours de la dernière décennie, malgré les politiques monétaires accommodantes", s'étonne ainsi Fabrizio Quirighetti, CIO de SZY Asset Management. Une tendance qui, selon lui, s'explique principalement par "des facteurs structurels, tels que l'évolution démographique, la mondialisation ou les innovations technologiques". Autre facteur qui a pu peser sur les prix selon lui, les conséquences de la grande crise financière, qui ont plombé la croissance et continué de se faire sentir relativement longtemps. "Elles n'ont commencé à se dissiper que récemment en Europe", explique-t-il. 

Dans ces conditions, la BCE devra ajuster sa sortie de politique monétaire de façon très graduelle, comme les gouverneurs l'ont d'ailleurs affirmé lors de la dernière réunion de début décembre, le rythme de croissance en zone euro justifiant son retrait, mais pas le niveau des prix. Les économistes de la BCE prévoient ainsi une croissance de 2,3% cette année (et de 2,4% pour 2017), mais une inflation de 1,4% seulement. Interrogé sur le décalage entre l'inflation et le PIB en zone euro le vice-président de la BCE Vitor Constancio a ainsi affirmé que ce "développement correspondait à une dynamique visible dans la plupart des économies avancées", et que la faiblesse des salaires et la digitalisation de l'économie étaient notamment responsables de cette situation. "D'un point de vue historique, les banques centrales se sont souvent retrouvées confrontées aux pressions inflationnistes. Nous sommes désormais dans un nouvel environnement qui reflète de nombreux facteurs structurels et une situation de stagnation séculaire", a affirmé le vice-président dans une interview publiée dans le quotidien italien La Repubblica ce matin. 

Les Minutes de la réunion de décembre ont cependant révélé un élément nouveau par rapport à la conférence de presse : "le forward guidance (indications avancées) de l'institution devra évoluer dès le début de 2018, sans pour autant modifier le découpage temporel prévu, si la conjoncture continue de s'améliorer et que l'inflation se rapproche du niveau visé par le conseil", peut-on lire dans le compte rendu des discussions du 14 décembre. Ce qui pourrait laisser penser que la BCE accélérera le resserrement monétaire, si l'inflation repartait plus vite que prévu. Un scénario que de nombreux gérants et économistes redoutent pour cette année : "une remontée, même infime, de l'inflation pourrait être soudainement intégrée par les marchés des actions et du crédit", explique ainsi Fabrizio Quirighetti, de SYZ AM. Le vice-président de la BCE a de son côté tenu à rassurer les marchés : "nous n'allons pas changer le chemin que nous avons entamé pour resserrer notre politique monétaire", a-t-il affirmé, rappelant que les achats de titres ne seront plus que de 30 milliards par mois à partir de maintenant (contre 60 milliards en 2017), ce qui devrait permettre de s'adapter à la reprise progressive de l'inflation. "Nous ne voyons pas de risques liés à l'inflation et ne devrions pas étouffer la croissance trop tôt". 

Un autre sujet néanmoins inquiète la BCE et pourrait influencer ses décisions cette année : l'appréciation récente de la monnaie unique. "Le développement récent du taux de change est une source d'incertitude qui, compte tenu des effets d'atténuation potentiels sur les prix à l'importation, nécessite que l'on surveille la situation", a ainsi affirmé ce matin le gouverneur de la Banque de France dans une interview au quotidien financier allemand Börsen-Zeitung. Aujourd'hui, l'euro se traitait autour de 1,2214, après avoir atteint lundi un plus haut depuis décembre 2014, à 1,2297. Or la force de l'euro, qui permet de faire baisser le coût des importations en dollars, risque d'altérer les prévisions d'inflation de la BCE, qui peine déjà à atteindre son objectif. Le sujet sera certainement abordé lors de la conférence des gouverneurs la semaine prochaine. Et permettra aux marchés d'en savoir un peu plus sur ce que l'institution entend réellement par la "modification de son forward guidance", évoquée dans les Minutes de fin d'année dernière. 

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