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Mario Draghi défend sa politique lors du "Jackson Hole européen"

Le président de la BCE a souligné les bienfaits du QE sur la reprise économique en introduction du forum 2017 des banques centrales de Sintra, centré cette année sur l'investissement et la croissance.
Draghi
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Le forum des banques centrales de Sintra au Portugal, organisé tous les ans par la BCE, est moins connu que le symposium de la fin du mois d'août dans le Colorado. Mais il réunit néanmoins tout autant de personnalités des hautes sphères de la politique monétaire, avec cette année l'intervention de l'ex-gouverneur de la Fed Ben Bernanke, lors du dîner d'ouverture. Ce matin, c'était au tour de Mario Draghi d'entamer la journée de session, que rythmeront différentes tables rondes sur la croissance et l'investissement, thème du forum de cette année. 

Le président de la BCE a comme a son habitude défendu le bilan des politiques monétaires menées par son institution et ses homologues internationaux, tout en soulignant un paradoxe apparent : malgré une accélération de la croissance, l'inflation ne semble pas vouloir repartir. "La situation est inhabituelle pour les banques centrales : la croissance en zone euro est supérieure à sa moyenne de long terme et se répartit équitablement entre les Etats. Mais la dynamique d'inflation reste inférieure à ce à quoi on pourrait s'attendre, vu la réduction récente de l'écart de production et les exemples historiques passés", a ainsi déclaré le président en introduction de son discours. Quel est le diagnostic de la BCE face à un tel cas de figure ? "Une politique monétaire qui fonctionne mais dont les effets sur les prix sont amoindris par la combinaison de facteurs extérieurs, par un marché du travail encore poussif et un changement dans la relation entre croissance et inflation". 

Le président de la BCE a ensuite livré une analyse instructive sur le processus graduel de hausse des prix. L'inflation se développe en deux temps selon lui : dans un premier temps, la politique monétaire accommodante menée par la banque centrale, permet de relancer la demande. L'accélération de celle-ci permet ensuite de faire monter les prix. La première partie du processus est clairement enclenchée, chiffres à l'appui : la zone euro en est à son 16ème trimestre de croissance consécutif, 84% des secteurs d'activité sont concernés par cette reprise, contre 74% sur une moyenne de long terme et 6,4 millions d'emplois ont été créés sur cette période.

La politique menée par la BCE a bien sûr contribué à cette accélération, a défendu Mario Draghi : la faiblesse des taux a permis de relancer la demande de crédit, et soutenu le processus de désendettement des ménages et entreprises. "Pour la première fois depuis 1999, la consommation a augmenté et l'endettement diminué", a ainsi affirmé le président de la BCE. Afin de marquer le trait et souligner que l'Europe n'avait pour une fois rien à envier aux Etats-Unis, le président a affirmé que le PIB de la zone euro avait progressé de 3,6% depuis janvier 2015 (moment où la BCE a annoncé le QE), soit un niveau supérieur aux 17 mois qui ont suivi les programmes d'achat d'actifs américains QE1 et QE2. Et les emplois en zone euro ont grimpé de plus de 4 millions de personnes sur la même période, soit au même niveau qu'aux Etats-Unis après le QE2 et le QE3. 

Il reste que cette accélération de la demande ne s'est pas encore traduite dans les prix. Trois facteurs permettent d'expliquer ce phénomène : le choc pétrolier tout d'abord, l'effondrement des prix de l'or noir ayant pesé sur les prix depuis deux ans et demi. Deux tiers de la déviation des prix du modèle d'inflation réalisé par la BCE s'explique par cette faiblesse des coûts de l'énergie. Ensuite, la reprise économique n'a pas entraîné de hausse des salaires, qui contribue également à faire repartir l'inflation : si le chômage a baissé en effet, le nombre de personnes employables a lui progressé, comme cela est souvent le cas après une période de récession, certains chômeurs de longue durée qui avaient cessé de chercher un emploi s'étant remis en selle. Le président de la BCE a également souligné que le nombre de personnes sous employées (c'est à dire qui souhaiteraient travailler davantage) avait également augmenté depuis janvier 2015.  Ce qui a aussi pesé sur la dynamique de hausse des salaires. 

La BCE n'a pas pour autant failli à son mandat de maintien de la stabilité des prix, s'est défendu le président Draghi : "le risque de déflation a été écarté grâce à notre intervention", a affirmé le président. "Tous les facteurs cités qui contrarient la remontée des prix sont temporaires et ne nous empêcheront pas d'atteindre notre objectif de moyen terme (2% d'inflation), qui est d'ailleurs en ligne avec les anticipations des marchés". Pour autant, la sortie du QE devra se faire avec prudence et très progressivement, a averti le président, afin de ne pas paraître trop optimiste ni d'alerter les marchés, qui n'anticipent pas de resserrement monétaire avant 2018. Les banques centrales sont également des institutions chargées "d'accompagner la reprise", et une sortie trop brutale détruirait tout leur travail accompli ces dernières années, pour restaurer la confiance des acteurs économiques et soutenir les réformes structurelles entreprises par les gouvernements. Le discours confiant du président quant au retour progressif de l'inflation a en tous cas fait grimper la monnaie unique, qui progressait de près de 0,9 contre le dollar en milieu de journée, à 1,128. 

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