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QE à l'européenne : Que la fête commence !
C’est encore plus que ce que les marchés attendaient. Hier, les médias anglo-saxons annonçaient que le conseil des gouverneurs de la BCE pourrait dévoiler un programme d’achat d’actifs de 50 milliards d’euros par mois pendant un an. C’est finalement 60 milliards qui seront achetés jusque fin septembre 2016, sachant que le plan pourrait être étendu au-delà de cette date, si l’objectif d’inflation de la BCE, de 2% n’est toujours pas atteint. Ce qui signifie que le bilan de la BCE devrait gonfler de 1140 milliards d’euros en l’espace de dix neuf mois, soit un montant supérieur à ce que le président avait annoncé cet été (« le bilan de la BCE devait retrouver son niveau de mars 2012 », soit 3000 milliards d’euros contre 2000 actuellement).
Si ce fameux QE était largement anticipé par les marchés depuis la fin d’année dernière, Mario Draghi est tout de même parvenu à les impressionner dans le bon sens. « Le fait que le pétrole impacte autant les prix depuis plusieurs mois avait encore augmenté la probabilité que le QE soit annoncé en janvier », explique Pascale Seivy, responsable conseil en investissement chez Pictet Wealth Management. « L’effet surprise a en revanche porté sur le montant », poursuit-elle. Le président a justifié sa décision par la faiblesse des prix et des anticipations d’inflation, toutes deux trop éloignées du mandat principal de la BCE. « L’inflation a atteint 0,4% en moyenne sur 2014 et les anticipations de prix à cinq et dix ans sont respectivement de 0,3% et 0,9% » a souligné Mario Draghi lors de la conférence de presse.
Dans le détail, les achats de titres souverains devraient représenter 50 milliards par mois en tout, selon les estimations des analystes d’ING, en plus des 10 milliards d’ABS et covered bonds. Les achats d’obligations d’Etat seront réalisés en proportion de la clef de répartition des Etats au capital de la BCE, soit 17% de titres allemands, 14% de titres français et 12% de titres italiens. Autre élément important dévoilé par Draghi, le fait que le risque sera partagé à 20% par l’ensemble des banques centrales, le reste étant supporté par les banques nationales. Ainsi, si un pays fait défaut, les pertes seront supportées à 20% par l’ensemble de l’eurosystème et 80% par la banque de l’Etat concerné. La BCE s’est engagée cependant à ne pas acheter plus de 33% de titres par émetteur et 25% par émission.
Avec une telle répartition du risque, Mario Draghi a ainsi apaisé les craintes des Etats les plus frileux, dont l’Allemagne et les Pays-Bas, qui estimaient qu’un QE faisait trop porter de risque à l’ensemble du système des banques centrales de la zone euro. D’autant que le président a précisé que « des critères d’éligibilité supplémentaires devraient être appliqués pour les Etats sous programme d’ajustement de l’EU et du FMI ». « Ceci signifie que la BCE pourrait acheter des obligations grecques, seulement si le pays reste sous programme », explique Carsten Brzeski, d’ING. Une autre façon de rassurer l’Allemagne. La Grèce ne représente de toutes les façons que 2% du capital de la BCE et les pertes seraient donc limitées en cas de nouveau défaut ; sachant que Draghi commencera par racheter les titres les mieux notés, en mars.
Arrivé en novembre 2011 à la présidence de la BCE, Mario Draghi sera donc finalement parvenu à faire accepter ce qui avait jusqu’alors été banni de la politique monétaire européenne, à savoir un programme de rachat de titres de grande échelle, sur le modèle du QE américain. Le président a re-précisé aujourd’hui que l’ensemble des gouverneurs était unanime : ce programme constitue bien un instrument de politique monétaire d’un point de vue légal. Une large majorité était d’accord pour l’utiliser dès à présent selon mario Draghi.
Une partie des gouverneurs cependant n’était visiblement pas convaincue de l’efficacité du QE pour faire remonter les prix. Selon Deutsche Bank, il aura certes «un effet positif durable qui devrait venir de la dévaluation de l’euro. Mais dans son ensemble, son impact restera limité ». L’euro a effectivement atteint un plus bas historique à 1,1414 à la suite de la conférence de presse. Mais savoir si les achats de titres d’Etat permettront réellement de libérer le crédit bancaire, et ainsi de relancer les investissements et donc la croissance et à terme les prix, est loin d’être certain selon ING. « Le seul pari sûr concernant ce QE est qu'il fera baisser le taux de change », conclut Carsten Brezski.
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