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Brexit : pas de marché unique "à la carte" selon Juncker

Dans son discours sur l'état de l'union, le président de la Commission a prévenu les britanniques qu'ils ne pourraient négocier un marché unique à la carte une fois sortis de l'UE. Juncker a par ailleurs annoncé que la capacité du fonds européen d'investissement serait doublée et que les investissements dureraient jusque 2022.
Jean-Claude Juncker
Jean-Claude Juncker

Comme tous les ans, le président de la Commission européenne s'est rendu devant le Parlement de Strasbourg pour tirer le bilan de l'état de l'Union et annoncer les grandes lignes des projets à venir pour l'UE. La tâche était cependant plus délicate pour Juncker en ce 14 septembre 2016, trois mois à peine après que la Grande-Bretagne ait décidé de quitter l'Union, affaiblissant durablement l'image d'une Europe unie et décidée à oeuvrer en commun.

Le président l'a d'ailleurs avoué dès l'introduction : "jamais je n'ai connu aussi peu de terrains d'entente communs entre les Etats, jamais je n'ai entendu les responsables politiques parler de leurs problèmes nationaux reléguant l'Europe au dernier rang, (...) jamais je n'ai vu de responsables européens avoir des priorités si opposées les uns par rapport aux autres". Afin de lutter contre cette dislocation apparente de l'Union, le président a donc appelé les responsables européens à ne pas quitter le navire mais à remonter leurs manches pour sauver le projet européen. Et de proposer un "agenda positif" de réformes concrètes à mettre en place dans les prochains mois. "L'Europe est une corde à deux bouts, elle ne fonctionnera que si nous tirons tous dans le même sens. (...) Et nous devons prouver à nouveau que cela est possible dans un grand nombre de domaines où des solutions communes sont urgentes". 

Première priorité pour le président, relancer la croissance et l'emploi du Vieux Continent : "je refuse que la génération Y soit plus pauvre que la précédente et que notre continent soit celui du chômage des jeunes". Afin de booster le PIB européen, Jean-Claude Juncker a ainsi annoncé que la capacité du fonds européen d'investissement stratégique serait doublée pour atteindre 550 milliards d'euros d'ici à 2020 et 630 milliards en 2022 "si les Etats y mettent du leur". Le président a par ailleurs promis d'accélérer la mise en place de l'union des marchés de capitaux, en dévoilant une feuille de route concrète qui permettra à l'économie européenne de ne plus dépendre uniquement des crédits bancaires. La Commission devrait ainsi proposer dans quelques semaines des propositions concernant la restructuration des entreprises. Elle s'est aussi engagée à encourager les Etats membres à abaisser leurs tarifs douaniers et à soutenir de meilleures pratiques dans le domaine du capital investissement. Et devrait amender la législation sur les banques et les assurances d'ici à la fin de l'année, afin de favoriser le financement privé des infrastructure et des PME. 

Sur le thème crucial de l'immigration, Juncker a dévoilé la création d'un programme d'investissement pour l'Afrique et sa région, de 44 milliards d'euros et pouvant aller jusque 88 milliards si les Etats y contribuent. Le président a par ailleurs annoncé un renforcement des frontières extérieures de l'UE avec la mise en place d'ici à octobre de 200 gardes et 50 véhicules supplémentaires à la frontière bulgare. Enfin, Jean-Claude Juncker a déploré le manque de coordination dans la politique de défense de l'Europe, qui coûte chaque année entre 25 et 100 milliards d'euros. "Nous pourrions utiliser cet argent à bien meilleur escient", a-t-il déclaré. Un fonds européen pour booster la recherche et l'innovation dans ce domaine sera ainsi instauré. 

Si le président n'a pas immédiatement abordé le sujet du Brexit dans son discours introductif, il a en revanche expliqué lors des réponses aux députés, que la Grande-Bretagne ne devait pas compter sur la possibilité de négocier une union à la carte, notamment concernant le marché unique. Il a par ailleurs appelé les britanniques à entamer les négociations de sortie au plus vite. Et rassuré sur la poursuite du projet européen sans le Royaume-Uni. "Nous respectons et regrettons la décision des britanniques, qui ne remet pas en cause l'existence de l'UE", a déclaré Jean-Claude Juncker. Les chefs d'Etat européens se réunissent justement ce vendredi à Bratislava sans la Grande-Bretagne,pour la première fois depuis 43 ans, afin de discuter d'une position commune au sujet du Brexit. Une mission difficile pour le président du Conseil Donald Tusk, alors que les Etats ont pour le moment affiché des points de vue assez opposés quant à l'attitude à adopter vis-à-vis du pays. 

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