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Janet Yellen, prise au piège du Brexit

Malgré les très bons chiffres de l'emploi américain dévoilés aujourd'hui, Janet Yellen devrait maintenir le statu quo lors du prochain FOMC fin juillet, alors que les conséquences du Brexit sont toujours aussi incertaines. Les marchés n'anticipent plus aucune hausse des taux américains pour cette année
Janet Yellen
Janet Yellen

Les chiffres de l'emploi américain ont fait grimper les bourses cet après-midi, surprenant les marchés dans le bon sens, après le très mauvais rapport du mois de mai. Le Bureau du travail a ainsi dévoilé aujourd'hui 287 000 créations de postes sur le seul mois dernier, quand les analystes tablaient plutôt sur 180 000 nouveaux emplois. "Il semble que le rapport sur le marché du travail du mois de mai soit déjà un mauvais souvenir. Publié le 3 juin dernier, il avait fortement déçu avec 40 000 créations d'emplois", explique ainsi Vincent Ganne, analyste chez FXCM.

Le Département du Travail avait alors notamment évoqué d'importants mouvements de grève, un argument qui n'avait pas suffi à convaincre la présidente de la Fed de passer à l'acte et relever les taux directeurs lors de la réunion du 15 juin. La présidente avait alors notamment évoqué les risques liés à une sortie du Royaume-Uni de l'UE. "La trajectoire de hausse des taux telle que les marchés l'anticipent s'est largement aplatie en grande partie en raison des chiffres décevants de l'emploi en mai et en raison des craintes grandissante des investisseurs quant à l'issue du référendum britannique", soulignent ainsi les Minutes de la réunion de juin. "Nos membres ont pensé qu'il était plus prudent d'attendre l'issue du vote en Grande-Bretagne pour estimer son impact réel sur les conditions de marché et sur l'économie globale de notre pays", poursuit le compte-rendu de la réunion des gouverneurs.

Une prudence de bon aloi puisque la Grande-Bretagne a effectivement décidé de sortir de l'UE, plongeant les marchés dans la plus grande incertitude depuis deux semaines. "S'il y avait encore quelque espoir que la Fed relève ses taux cet été début juin, celui-ci a complètement disparu le jour des résultats du référendum", explique les équipes de Newton, filiale de BNY Mellon. Selon le consensus Bloomberg, la probabilité d'une hausse des taux fin juillet est désormais de 4% et de 15% seulement en septembre. "Depuis le 23 juin, les probabilités d'une hausse des taux ont totalement disparu et le marché des futures est positionné pour un statut quo jusque fin 2017" souligne de son côté Oddo. Selon Thomas Julien de Natixis, l'amélioration du marché du travail constitue en effet une condition sine qua non mais non suffisante pour la poursuite du resserrement monétaire de la Fed. "La Fed devrait attendre encore davantage afin d'obtenir des données sur l'inflation qu lui permettront de peser l'impact potentiel du Brexit", poursuit l'analyste. Selon lui, la prochaine hausse des taux pourrait avoir lieu en décembre 2016. Mais la plupart des analystes n'attendent plus rien pour cette année.

Selon Bruno Cavalier chef économiste chez Oddo, la Fed se trouve désormais dans une paralysie monétaire dont elle semble incapable de sortir. "A chaque fois qu'une fenêtre s'ouvre pour une hausse de taux, le FOMC trouve toujours une raison pour la refermer, quitte à s'éloigner des prescriptions usuelles d'une règle tenant compte de l'inflation et du chômage". Selon lui, la théorie et la pratique n'ont jamais autant divergé et nécessiterait que la Fed repense ses règles habituelles. "Une telle divergence entre théorie, pratique et attente des marchés est rare et, selon nous, ne présage rien de bon", conclut le chef économiste.

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