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Vers un nouveau défaut grec ?
La Grèce fait de nouveau trembler l’Europe et les marchés. Ce matin, le Parlement hellène n’est pas parvenu à élire son président de la République, qui devait obtenir au moins 180 voix pour passer. Le candidat de centre droit Stravos Dimas, proposé par le gouvernement a obtenu 168 votes seulement, entraînant la démission du gouvernement de Samaras. Et en vertu de l’article 32 de la Constitution hellénique, le Parlement sera dissous dans les dix jours avec la tenue d’élections législatives anticipées, dans les trente jours suivants. La bourse d’Athènes s’est effondrée de 10% suite aux résultats du vote, tandis que le rendement des obligations grecques à dix ans atteignait un plus haut de 18 mois, à 11,77%. Comment expliquer cet affolement des marchés? La victoire du parti de gauche Syriza est-elle vraiment assurée ?
Le parti de la gauche radicale inquiète particulièrement les marchés, alors qu’il possède 3% à 4% d’avance sur la Nouvelle Démocratie de Samaras, selon l’enquête de Kapa Resarch publiée ce week-end. Même si les jeux seront a priori très serrés, selon les spécialistes. Le leader du Syriza, Alexis Tsipras, est le mouton noir des investisseurs, lui qui a réaffirmé à plusieurs reprises qu’il entendait mettre fin aux mesures d’austérité imposées par la Troïka (UE, FMI, BCE) depuis 2010. Et surtout, qu’il espérait une nouvelle restructuration de la dette du pays. Même s’il a assuré cet après-midi qu’il n’agirait pas de manière unilatérale sur ce sujet. « La restructuration sera nécessairement abordé avec les créanciers après les élections anticipées, puisque l’Europe et le FMI avaient accepté en 2012 que le fardeau du pays soit de nouveau allégé lorsque la Grèce aurait un excédent primaire budgétaire », explique Jesus Castillo, analyste chez Natixis. C’est le cas depuis cette année, le gouvernement ayant annoncé un excédent de 2,8 milliards d’euros en 2014. Le parti de Tsipras entend donc bien faire valoir les efforts budgétaires réalisés par son pays.
La Grèce a déjà bénéficié de la plus importante restructuration de dette publique de l’histoire en avril 2012, avec l’effacement de 105 milliards d’euros, puis une réduction de sa dette de 20 milliards d’euros quelques mois plus tard, via un programme d’échange d’obligations détenues par le privé. Mais les prêts internationaux reçus par le pays depuis quatre ans ont considérablement alourdi la dette hellène. Elle atteint désormais 175% du PIB, soit 318 milliards d’euros, dont 240 milliards sont des prêts de la Troïka. Un nouveau défaut serait donc très coûteux pour l’Europe, via le FESF, dont les Etats sont garants à hauteur de leur clef de répartition dans le capital de la BCE. L’Allemagne et la France seraient les premiers concernés par de nouvelles négociations de restructuration avec le pays. « Il ne reste que 65 à 70 milliards d’euros d’obligations grecques sur le marché. Tout le reste est détenu par les créanciers publics (Troïka) », explique encore Jesus Castillo. Plusieurs options pourraient être envisagées pour aider le pays : une baisse des taux d’intérêt, qui permettrait de réduire les besoins annuels de financement du pays, ou le renoncement par l’Europe d’une partie des remboursements, à condition que l’argent dégagé serve à mettre en place des dépenses de soutien à la croissance, selon l’analyste.
Les troubles politiques et élections anticipées n’interviennent pas forcément au bon moment, alors que le pays devait justement sortir du programme d’aide à la fin du mois de décembre, même si le plan a finalement été prolongé de deux mois jusqu'à fin février. La situation du pays achoppe encore sur plusieurs points, et n’a donc toujours pas reçu la dernière tranche du plan d’aide, qui représente tout de même 5,3 milliards d’euros. Il devait également recevoir une ligne de crédit de précaution de l’Europe, après la fin du programme d’aide, afin de l’aider à retourner paisiblement sur les marchés.
Si le parti Syriza l’emportait, le calendrier des négociations serait sans doute un peu perturbé. « Il est probable que la fin du programme soit encore repoussée, puisque la Troïka ne dispose plus d’interlocuteur pour le moment», explique encore Jesus Castillo. Le commissaire aux Affaires Economiques et Financières, Pierre Moscovici, a tenté de rappeler le pays à ses engagements ce matin, soulignant ainsi l’inquiétude de l’UE vis-à-vis du pays qui a déclenché la crise de la dette il y a quatre ans. « Un engagement fort en faveur de l’Europe et un soutien important des électeurs grecs auprès de leurs leaders politiques seront essentiels pour continuer de mettre en œuvre les réformes structurelles nécessaires de soutien à la croissance et permettre au pays se reprendre des couleurs au sein de la zone euro », a–t-il déclaré.
Tout n’est pas perdu cependant pour le pays. D’une part parce que Tsipras, s’il est élu, devrait mettre de côté ses discours radicaux adoptés pendant la campagne et privilégier la real politik et le dialogue. Ensuite, parce que les marchés attendent un programme de rachat de titres de la BCE, calqué sur le modèle de la Fed et qui pourrait éviter de nouveaux soubresauts en cas de restructuration.
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