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Les rumeurs de tapering de la BCE sont infondées

Les rendements souverains des obligations de la zone euro ont grimpé et l'euro s'est apprécié contre le dollar après la publication d'un rapport Bloomberg sur un potentiel tapering de la BCE. Une option peu probable alors que Draghi souhaite justement modifier les règles de rachats de titres afin de pouvoir étendre le QE et devrait annoncer une prolongation du programme en décembre prochain.
Mario Draghi
Mario Draghi

Les marchés ont quelque peu surréagi depuis hier matin, après la publication d'un rapport de Bloomberg, citant plusieurs officiels de la BCE selon lesquels l'institution réfléchirait à ralentir le rythme de ses achats de titres mensuels. Et ce avant la fin du programme officiel prévue en mars 2017. Selon ce même rapport, le montant pourrait ainsi diminuer de 11 milliards d'euros, et la BCE ne racheter plus que 69 milliards d'euros de titres tous les mois. Un tel ralentissement des achats aurait naturellement le même impact sur les taux européens que lorsque la Fed avait annoncé le tapering du QE3 à l'été 2013, provoquant un emballement du marché des Treasuries. Les rendements des titres de la zone euro ont d'ailleurs nettement progressé depuis hier matin, le taux du Bund progressant de 0,5 point à -0,049%, celui des Bonos espagnols de 4,5 points de base à 0,869%, et celui des obligations italiennes de 8 points de base à 1,291%. L'euro s'est dans le même temps apprécié contre le billet vert et s'échangeait en fin de journée autour de 1,1211.

Le rapport a particulièrement touché les investisseurs alors que deux gouverneurs de la BCE ont justement reconnu cette semaine que la politique de taux négatifs risquait d'être néfaste pour les banques, si elle se prolongeait trop longtemps. Lundi, Yves Mersch estimait que celle-ci pourrait effectivement faire pression sur la rentabilité des banques et hier, Peter Praet faisait le même constat lors d'un discours. Sachant que les grandes banques centrales ont toutes fait comprendre depuis plusieurs semaines qu'elles avaient atteint les limites de ce qu'elles pouvaient faire pour soutenir l'économie et qu'il était temps pour les gouvernement de prendre le relais. Le contexte général a donc favorisé la propagation de la rumeur sur le tapering de la BCE, malgré le démenti du responsable média de Francfort quelques heures plus tard sur tweeter. Michael Steen a ainsi expliqué que les gouverneurs n'avaient pas discuté d'une telle option.

"Un tapering serait très étonnant",  explique de son côté Thibault Mercier, analyste chez BNP Paribas, "puisque le scénario actuel est celui d'une prolongation de la durée du QE et d'une modification des règles qui régissent les achats". Si Mario Draghi a, il est vrai, déçu les marchés lors de la dernière réunion de septembre, déclarant qu'une extension du QE n'avait pas été discutée, le consensus des analystes table toujours pour une telle annonce au mois de décembre. Par ailleurs, le président de la BCE a dévoilé en septembre la mise en place d'un comité d'experts pour réfléchir à une modification des règles de rachats de titres. Selon les modalités actuelles en effet, la BCE peut uniquement racheter les titres dont le rendement est supérieur au taux de la facilité de dépôt, soit -0,40%, ni détenir plus de 33% d'une ligne obligataire émise par une autorité nationale. La faiblesse actuelle des taux sur le marché de la dette européenne limite donc sensiblement les actifs disponibles au rachat de la BCE et demande donc un aménagement des règles pour éviter un tarissement des achats.

"Le rapport Bloomberg suppose peut être que les experts du comité et les gouverneurs ne parviendront pas à se mettre d'accord sur une modification des règles de rachats et que ces derniers diminueront donc de fait tous les mois en raison de simples contraintes techniques", poursuit Thibault Mercier. Avec les règles actuelles, il est en effet certain que la BCE ne trouvera pas suffisamment de titres allemands éligibles au programme jusque mars 2017. Une des autres contraintes du programme de rachats de titres est qu'ils sont réalisés en fonction de la clef de répartition des Etats au capital de la BCE. L'Allemagne étant le premier contributeur au capital de la BCE, elle représente du même coup près d'un quart du PSPP (programme de rachats). "La communication de Draghi a toujours été claire depuis le début : les contraintes techniques ne seront pas un obstacle aux achats de titres, il est donc peu probable que cela soit soudain le cas", poursuit Thibault Mercier.

Selon BNP Paribas, Draghi pourrait donc annoncer une modification des règles dès la réunion du 20 octobre prochain et une extension du PSPP de mars 2017 à septembre 2017, lors du conseil des gouverneurs de décembre. "Il y aura bien un tapering, mais seulement quand l'objectif d'inflation sera atteint", termine Thibault Mercier. Soit pas avant la fin du QE, voire encore plus tard, puisque selon les prévisions du FMI, l'inflation en zone euro retrouvera un niveau de 2% à l'horizon 2021 ! 

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