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Brexit : Mark Carney, l'homme de la situation

Le gouverneur de la Banque d'Angleterre a été l'un des premiers à intervenir pour rassurer les marchés, au lendemain du vote sur le Brexit. Il a aujourd'hui allégé les contraintes en termes de capital imposées aux banques, afin d'éviter un credit crunch, dans un contexte économique très incertain pour le pays.
Mark Carney
Mark Carney

Heureusement que le gouverneur de la Banque d'Angleterre est là ! Alors que la classe politique traditionnelle britannique se délite depuis les résultats du fameux vote du 23 juin, et que personne ne sait exactement si et quand le prochain gouvernement saisira l'article 50 du traité de Lisbone, Mark Carney a de son côté fort bien tenu son rôle de banquier des banquiers. Et a été l'un des seuls à savoir apaiser les marchés.

Dès le lendemain du référendum, très tôt dans la matinée, le gouverneur d'origine canadienne a pris la parole en expliquant que la Banque d'Angleterre s'était préparée à un tel résultat, qui devrait entraîner une hausse de la volatilité et des incertitudes, auxquelles les banques devraient néanmoins parvenir à faire face, étant bien capitalisées. Dès le mois de mai, le gouverneur avait dévoilé mis en place, en coordination avec le Trésor une feuille de route détaillée des mesures à adopter en cas de Brexit. Le gouverneur a également immédiatement annoncé la mise en circulation de 250 milliards de livres de liquidités supplémentaires, assurant qu'elle continuerait à analyser la suite des événements et était prête à prendre des mesures supplémentaires si les conditions l'exigeaient. Des propos qui ont permis dans les jours d'après de calmer les craintes des investisseurs, et d'éviter que le choc boursier du 24 juin ne se prolonge.

Après cette première intervention remarquée, Mark Carney s'est de nouveau exprimé publiquement le jeudi 30 juin lors d'un discours intitulé "Incertitudes, l'économie et la politique", prononcé devant les membres de l'institution, soulignant que l'environnement économique risquait de se détériorer dans les prochains mois, mais que la Banque d'Angleterre pourrait intervenir davantage si besoin. Tout en rappelant la classe politique de son pays à ses devoirs, précisant en effet que la Banque d'Angleterre ne pourrait suffire à elle seule à limiter les dégâts liés au Brexit. "L'une des douloureuses réalités est qu'il y a des limites à l'action de la BoE. La politique monétaire ne pourra jamais totalement compenser l'impact lié à un choc économique majeur", a t-il déclaré. Malgré cette mise en garde à l'égard du futur gouvernement, le banquier central a tout de même permis de rassurer les investisseurs, se distinguant de la classe politique par une feuille de route précise et préparée, avec notamment la fourniture de liquidités supplémentaires hebdomadaire, au moins jusque septembre prochain.

Et comme l'anticipaient les marchés, le gouverneur est allé encore plus loin aujourd'hui, en annonçant lors de la présentation du rapport du comité de stabilité financière, la baisse des contraintes en capital imposées aux banques du pays. Ainsi, la Banque d'Angleterre a-t-elle décidé de réduire le "coussin contra-cyclique" réglementaire imposé aux banques de 0,5% à 0% et ce, au moins jusque juin 2017. Ce qui, selon la BoE devrait permettre de réduire les contraintes en capital des banques de 5,7 milliards de livres, et de dégager une capacité de prêt supplémentaire de 150 milliards de livres pour les foyers et les entreprises. Selon Dominic Bryant, analyste chez BNP Paribas, cette décision résulte clairement de la volonté du gouverneur d'éviter un étranglement de l'offre de crédit, post Brexit. "Le credit crunch de 2008 est encore assez frais dans la mémoire des banquiers centraux, qui sont donc beaucoup plus prompts à éviter une nouvelle rupture de l'offre de crédit, sachant que la demande devrait également diminuer", explique l'analyste.

Selon James Kightley, analyste chez ING, la BoE ne devrait cependant pas se contenter des annonces d'aujourd'hui mais également tenter d'agir du côté de la demande. "Il faudra que la Banque d'Angleterre intervienne côté demande pour restaurer la confiance, notamment sur le marché de l'immobilier", explique l'analyste, qui cite le cas de Standard Life, contraint de geler l'un de ses fonds immobiliers en raison des retraits massifs de capitaux de la part des investisseurs, depuis le 23 juin. Selon l'analyste d'ING, la BoE devrait ainsi annoncer une baisse de ses taux directeurs de 25 poins de base lors de la réunion de politique monétaire du mois d'août, et pourrait même étendre le QE à 500 milliards de livres de rachats. 

Si le gouverneur a donc su prouver que son institution ferait tout pour éviter un marasme boursier, tout en assurant sur la solidité du système financier britannique, il n'a pas non plus cherché à estomper les risques économiques liés au Brexit. Selon lui, la sortie du Royaume-Uni devrait notamment peser sur le déficit courant extérieur, sur le marché immobilier et sur l'endettement déjà élevé des ménages anglais, si le chômage progressait. Malgré l'action de son institution, la Grande-Bretagne ne pourra échapper à la récession début 2017 a t-il prévenu aujourd'hui. La livre a plongé suite à ces propos, mais le gouverneur a préféré prévenir et mettre en place les garde fous nécessaires plutôt que de faire semblant que le Brexit ne changerait rien pour le pays, comme le prétendent les partisans de la sortie. 

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