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Laurent Bigorgne

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Trois quinquennats pour rien
par Laurent Bigorgne

Beaucoup seront soulagés, en début de semaine prochaine, lorsque le rejet, quasiment assuré, des deux motions de censure déposées par le RN/UDR et par LFI vaudra adoption du PLF 2026. Il n’y a pourtant aucune raison, si ce n’est celle d’éviter la politique du pire, de se réjouir d’une telle issue. Après celui de 2025, ce PLF marque un nouveau point d’inflexion vers le bas dans la trajectoire économique de notre pays. La « politique de l’offre », qui reposait davantage sur un pari de confiance que sur une vraie stratégie « pro-business », est de facto enterrée.

01/02/2026 - 06:30 Lecture 7 mn.

Un train peut en cacher plusieurs autres

 

Le Premier ministre pourra se féliciter d’avoir surmonté une étape pourtant réputée infranchissable depuis la chute de son prédécesseur, François Bayrou, le 8 septembre 2025. Il peut désormais espérer durer jusqu’aux élections municipales des 15 et 22 mars, et probablement au-delà. Il s’apprête même à procéder à des ajustements au sein de son équipe : le départ annoncé de Rachida Dati pour la campagne municipale à Paris ouvre la voie à ce qui pourrait prendre la forme d’un mini-remaniement.

La droite affiche le contentement d’avoir rejeté en bloc le budget lors de son retour jeudi au Sénat (203 pour, 32 contre), sans même rouvrir la discussion. Elle ne prendra évidemment pas le risque de faire chuter le gouvernement lundi à l’Assemblée nationale. Plus divisée que jamais, dépourvue d’une doctrine économique claire, sans leadership affirmé et débordée sur sa droite par la fusée Sarah Knafo, elle considère que l’essentiel est sauf.

Le PS, de son côté, se félicite de ses « bons coups ». Son premier secrétaire est déjà passé à sa nouvelle priorité : l’organisation d’une primaire de la gauche non-mélenchoniste le 11 octobre prochain… au grand dam de ses camarades qui, tels Boris Vallaud, Nicolas Mayer-Rossignol ou Jérôme Guedj, lui ont rappelé il y a une semaine qu’il ne disposait d’aucun mandat pour engager le parti sur cette voie.

Quant à l’ex-En Marche ! - devenu La République en marche ! puis Renaissance - et bientôt « La Nouvelle République » ? -, on peine à s’intéresser encore à cet astre mort, dont le destin paraît devoir ressembler à celui des boutiques centristes sous la Ve République. Seuls quelques-uns de ses parlementaires, notamment le courageux Paul Midy, ont pu exister dans les débats à l’Assemblée. Signe des temps, il fallait acquitter la somme de 20 € pour assister à la nuit fort convenue du nième recommencement de ce mouvement, dont la seule audace était sémantique, en proposant notamment de répondre à la question « Faut-il tout péter pour refonder la France ? » (sic). On est loin du lancement d’En Marche, il y a près de dix ans, en avril 2016.

Le leitmotiv des derniers mois – « donner un budget à la France » -, priorité affichée par le Premier ministre lors de son intervention du vendredi 16 janvier, ressemble à un train qui en cacherait plusieurs autres. La métaphore ferroviaire semble pertinente, d’autant que l’omnibus budgétaire n’est pas encore arrivé en gare : il lui reste à franchir l’étape du Conseil constitutionnel, qui avait été saisi l’an passé à la fois par le RN et par LFI. Dix articles du PLF 2025 furent censurés, mais aucune mesure significative n’en souffrit.

 

Micro et macro

 

La fiction d’un PLF contenant le déficit budgétaire à 5 % du PIB risque fort de voler rapidement en éclats, tant les projections du déficit de nos comptes sociaux semblent déjà dépassées après l’adoption du PLFSS, dont on se rappelle qu’elle a été obtenue grâce au gel de la réforme des retraites. Une note du Haut Conseil du financement de la protection sociale, publiée mercredi, explique que l’objectif d’un déficit de 19,4 milliards d’euros ne sera pas tenu. Dominique Libault, son président, l’a dit clairement : il n’y a « aucune perspective de redressement à terme des comptes sociaux ».

Le climat international aurait dû inciter la classe politique à serrer les rangs autour de l’essentiel, comme c’est le cas en Allemagne. Lars Klingbeil, social-démocrate et ministre des Finances, ne semble pas avoir les hésitations de ses homologues français lorsqu’il s’agit de soutenir l’activité, l’investissement et l’emploi dans son pays. En France, c’est tout le contraire et les incertitudes politiques ont mis les nerfs des dirigeants économiques à rude épreuve.

Côté macro, la croissance en 2025 a montré une certaine résistance, mais elle ralentit continûment : 1,4 % en 2023, 1,1 % en 2024 et 0,9 % l’an passé, contre 1,5 % dans la zone euro. Côté micro, le baromètre des PME-ETI* publié il y a 10 jours montre une chute importante de la confiance des dirigeants pour l’activité de leur propre entreprise fin 2025 (-17 % à 73 %), à son plus bas niveau depuis mars 2022 (71 %).

 

Retour aux années Hollande

 

Il n’y a rien d’étonnant à ce bouclage entre macro et micro, puisque « le levier fiscal a été privilégié en 2025, où la quasi-totalité de l’effort de réduction du déficit aura été acquise par des hausses d’impôts », comme l’a souligné jeudi dernier Carine Camby, première présidente par intérim de la Cour des comptes, lors de la rentrée solennelle de l’institution. Le passage d’un déficit budgétaire de 5,4 % en 2025 à 5 % en 2026 reposera ainsi à 75 % sur un alourdissement de la fiscalité et à 25 % sur des économies**.

Cette proportion est exactement la même que celle observée en 2012 et 2013, les deux premières années du quinquennat de François Hollande. Cette comparaison mérite d’être soulignée, tant pour ceux qui douteraient encore du poids du PS dans la discussion budgétaire récente que pour les nostalgiques de cette période, qui vit la croissance passer de 1,5 % à 0,3 % de 2012 et à 2013, puis 0,2 % en 2014. Les mêmes causes produisent les mêmes effets.

Comme il y a près de 15 ans désormais, en privilégiant massivement l’impôt, la France persiste à aller à rebours des recommandations du FMI et de la BCE en matière de réduction du déficit public. Trois quinquennats plus tard, ou presque, nous en sommes toujours au même point.

 

laurent@fnxlb.org

 

* Baromètre de la confiance des PME-ETI, de Grant Thornton France, réalisé par OpinionWay et publié le 22 janvier 2026

** Institut des Politiques Publiques, Bilan du quinquennat 2012-2017 : les finances publiques, avril 2017.

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