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Etats-Unis : l’emploi n’a que peu à attendre de la fin du déficit commercial / Pas de miracle à escompter du côté manufacturier
Entre le politique et l’économie ça coince. C’est peu dire que Donald Trump a fait son cheval de bataille la question du déficit commercial américain, sa disparition devant permettre de résoudre une partie des problèmes de l’économie américaine. Robert Z. Lawrence, économiste et ancien membre du Conseil des conseillers économiques du temps de Bill Clinton, dresse un constat tout autre que celui de l’occupant de la Maison Blanche.
Dans un billet publié sur le site du Peterson Institute, il en vient à considérer qu’il est "naturel de se demander pourquoi l’emploi manufacturier a une telle importance politique malgré cette preuve écrasante de son potentiel relativement faible pour créer des emplois ". Il en vient même à considérer que " l’attribution de la baisse de l’emploi manufacturier en Amérique et de son déficit commercial à des pratiques étrangères déloyales est un bouc émissaire pratique et constitue un prétexte pour le protectionnisme ".
Prudence
Des propos étayés par un argumentaire nuancé, l’économiste avertissant que les calculs qu’il a réalisés ne sont pas exhaustifs et qu’il "existe de nombreuses combinaisons différentes d’augmentation des exportations américaines et/ou de réductions des importations de produits manufacturés qui pourraient entraîner un déficit commercial équilibré". Cependant, il n’en arrive pas moins à la conclusion qu’une stratégie qui conduit à une économie américaine avec un commerce équilibré "n’aurait pas d’impact notable sur les modèles globaux de l’emploi aux États-Unis". Il ne mâche donc pas ses mots contre l’entreprise menée depuis le Liberation Day, considérant qu’au vu du gain à attendre, un nombre relativement faible d’emplois dans l’industrie manufacturière, il s’agit d’une "entreprise insensée".
Faisant usage des données de la Fed de Saint Louis, en 2024, il rappelle qu’en 2024 l’emploi dans l’industrie manufacturière s’élevait en moyenne à 12,818 millions de travailleurs, soit 7,9 % de l’emploi total aux États-Unis (161,4 millions de travailleurs). Il estime que sans déficit commercial, la valeur ajoutée manufacturière dans le déficit commercial équivalent à 21,5 % de la production américaine, il aurait donc fallu augmenter la production manufacturière nationale de ces quelque 21,5 %. Or en faisant usage de la production moyenne actuelle, il y aurait un ajout d’emplois à l’industrie manufacturière y portant le nombre de travailleurs à 15,6 millions de travailleurs. Une hausse permettant à ceux-ci de peser pour 9,7 % de l’emploi total aux États-Unis, ce qui constitue " une augmentation de la part de l’industrie manufacturière dans l’emploi total aux États-Unis de 1,71 point de pourcentage ". Un impact loin d’être mirobolant tant les conséquences de la perturbation des chaînes de valeurs ne sont pas anodines et ne lui font pas adhérer à l’adage que "la douleur à court terme vaut le gain à long terme".
Contexte
Croire que la disparition du déficit commercial engendrera un renversement de tendance dans un secteur précis revient pour Robert Z. Lawrence à "ignorer les preuves accablantes que les États-Unis ont eu une baisse de l’emploi manufacturier longtemps depuis les années 1950" et ce alors même que le commerce extérieur n’avait pas acquis une telle importance pour le pays à la bannière étoilée. Une particularité américaine qui n’en est pas une également, étant donné qu’il assène que "les parts d’emploi dans l’industrie manufacturière ont diminué dans toutes les économies développées et de nombreux marchés émergents, qu’elles aient ou non des excédents commerciaux ou des déficits".
Tout au long de son argumentaire, l’économiste appelle à la plus grande prudence quant aux conclusions s’appuyant sur la balance commerciale, exposant qu’elle évolue sous l’effet "d’une foule d’autres variables (par exemple, la croissance au pays et à l’étranger, les modèles de dépenses, les taux de change, les tarifs), ce qui signifie que le même déficit de taille pourrait être le résultat d’une variété de causes différentes et avoir des implications très différentes pour l’emploi". Le déficit américain pourrait ainsi disparaître grâce à une forte croissance du reste du monde augmentant les exportations tout comme une récession américaine et une baisse de l’emploi pourrait diminuer les importations américaines et diminuer le déficit.
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