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Sur les marchés
Marchés / Donald Trump / CAC 40 / Brent / pétrole / Iran
Les marchés saluent la désescalade au Moyen-Orient / Un soulagement immédiat, mais encore fragile
La journée du mardi 7 avril avait tout d'une marche vers l'irréparable. Dans les heures précédant l'expiration de son ultimatum, Donald Trump menaçait encore de « rayer une civilisation de la carte », pendant que des frappes israélo-américaines s'intensifiaient sur l'île de Kharg, principal hub d'exportation pétrolière iranien, et sur la province d'Alborz, faisant dix-huit morts. Le Brent flirtait avec 117 dollars en séance. Les marchés retenaient leur souffle, les opérateurs les doigts sur le bouton de vente.
Puis, peu après minuit, heure de Paris, un rebondissement que quasiment personne n'anticipait : les États-Unis et l'Iran se sont mis d'accord, un peu plus d'une heure avant l'expiration de l'ultimatum, pour un cessez-le-feu de deux semaines en échange d'une réouverture du détroit d'Ormuz. Trump, qui avait juré d'écraser Téhéran, postait sur Truth Social un message de cessez-le-feu mutuel, saluant lui-même une « victoire totale et complète. 100 pour cent ». L'Iran, de son côté, clamait avoir gagné le bras de fer. Les deux camps revendiquant la victoire, les marchés, eux, n’ont retenu qu’une chose : le scénario du pire venait d’être écarté, au moins temporairement.
La réaction a été immédiate. Dès les premiers échanges, les marchés européens se sont envolés et le mouvement s’est rapidement amplifié. Vers 14h, l’indice Stoxx Europe 600 bondissait de 3,9 % à 613,5 points. À Paris, le CAC 40 s’adjugeait 4,5 % à 8 262 points. Mais c’est à Francfort que l’euphorie est le plus marqué : le DAX s’envole de 4,7 % à 24 013 points, témoignant de l’exposition plus directe de l’économie allemande, très industrielle et très dépendante de l’énergie, aux aléas du conflit. Milan, Amsterdam et Madrid progressent respectivement de 3,8 %, 3,3 % et 3,8 %. En vue de l'ouverture de Wall Street dans l'après-midi, le future S&P 500 prend 2,7 % à 6 835 points, le Dow Jones 2,5 % à 48 002 points et le Nasdaq 100 bondit de 3,5 % à 25 226 points. La volatilité s'effondre dans la foulée : le VIX, baromètre de la peur sur le S&P 500, retombe vers 20, après avoir tutoyé 28 la veille.
Une prime Ormuz en forte décrue
Ce rebond traduit avant tout une détente brutale de la prime géopolitique. « Avec près de 20 millions de barils par jour concernés, toute perspective de normalisation, même temporaire, a déclenché un ajustement violent des prix », souligne John Plassard, associé et responsable de la stratégie d’investissement chez Cité Gestion. Le Brent chute de 14 % à 93,68 dollars, après avoir culminé jusqu’à 117 dollars en séance la veille, son plus haut niveau depuis juin 2022. Le mouvement est encore plus marqué sur le WTI, qui décroche de plus de 16 % pour revenir autour de 94,5 dollars, contre plus de 109 dollars la veille au soir. En l’espace de quelques heures, une partie importante de la prime de risque liée au détroit d’Ormuz s’est ainsi évaporée.
La chute du pétrole déclenche un net rattrapage des valeurs cycliques et énergivores, en tête de la hausse. Air France-KLM s’envole de 14,4 % à 10,15 euros, en tête du SBF 120. Sur le CAC 40, Safran signe la plus forte progression avec un gain de 10,8 % à 313,3 euros, suivi par Société Générale (+10,2 % à 71,2 euros), Schneider Electric (+9,2 %), Saint-Gobain (+8,9%), Legrand (+8,6%), Accor (+8,6 %) ou encore Stellantis (+8,4 %). À l’inverse, les groupes pétroliers corrigent logiquement : TotalEnergies recule de 4,9 % à 75,41 euros, reflet mécanique de la baisse des anticipations de prix du brut.
Les marchés réintègrent une trajectoire monétaire plus souple
La détente s’étend aux marchés obligataires. Le taux américain à dix ans recule d’environ 14 points de base, passant de 4,38 % à 4,24 %. En zone euro, le mouvement est encore plus prononcé : le taux français à dix ans se détend d’environ 28 points de base, de 3,80 % à 3,52 %, tandis que le BTP italien décroche de près de 37 points de base. Ce reflux rapide des rendements traduit un repositionnement vers un scénario moins inflationniste et moins contraignant pour les banques centrales.
C’est en effet l’un des effets les plus structurants de ce cessez-le-feu : la reconfiguration des anticipations de politique monétaire. Alors que la remontée du pétrole avait brièvement ravivé le spectre d’un resserrement supplémentaire de la Réserve fédérale, les marchés monétaires opèrent un retournement tout aussi rapide. Les contrats de swaps intègrent désormais une probabilité d’environ 60 % d’une reprise des baisses de taux dès cette année, là où, quelques jours plus tôt, le scénario d’un statu quo prolongé, voire d’un biais restrictif, regagnait du terrain. Avant le déclenchement des tensions, les marchés anticipaient déjà deux baisses de taux de la Fed en 2026, une trajectoire désormais à nouveau jugée crédible.
Une accalmie sous surveillance
Le dollar, qui avait pleinement joué son rôle de valeur refuge au plus fort des tensions, s’inscrit en repli, le Dollar Index cédant autour de 1 %, signe d’un reflux des positions les plus défensives. L’ajustement reste toutefois partiel, à l’image d’un environnement qui demeure incertain. En parallèle, l’or conserve une orientation ferme, progressant d’environ 1,6 % pour se rapprocher des 4 800 dollars l’once. Moins porté par une dynamique de panique que lors du pic de tension, le métal précieux continue de bénéficier d’une demande de couverture persistante, dans un contexte où la crédibilité et la durabilité du cessez-le-feu restent ouvertes.
Car les professionnels des marchés maintiennent un regard lucide sur la situation. « Cet accord reste fragile : des attaques ont continué dans les heures suivant l'annonce, illustrant les délais opérationnels et le manque de coordination sur le terrain. Surtout, les divergences fondamentales demeurent entières, notamment sur les sanctions, le programme nucléaire iranien et le contrôle du détroit, ce qui signifie que ce cessez-le-feu ne constitue en rien une résolution du conflit », avertit John Plassard. UBS, affiche la même prudence, relevant que « si la trêve temporaire tient ou non, les marchés resteront en alerte pour tout signe d'une fin durable des frappes militaires ou d'un retour à l'escalade ».
« Dans un monde financiarisé, la contrainte économique peut désormais peser autant que la puissance militaire », observe pour sa part Michaël Nizard, Head of Multi-Asset & Overlay chez Edmond de Rothschild AM, pour qui les marchés ont surtout validé une pause tactique plutôt qu’une véritable sortie de crise.
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