Feuilleton de l'été / Berd / Banque Mondiale / Afrique / Abidjan / Paris
Feuilleton de l'été
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Série d’été - ces jeunes leaders qui construisent la France de demain /
Julia Brouillard Soler, économiste régional principal pour l'Afrique subsaharienne à la BERD
De Barcelone à Abidjan en passant par Paris. C’est peu dire que Julia Brouillard Soler a parcouru du chemin avant de s’établir en Afrique dans les prochains mois. Celle qui a toujours eu envie de voyager a fait le choix à sa majorité de quitter le cocon familial pour venir dans l’Hexagone. Elle se présente à nous comme à moitié catalane et à moitié française, et confie « avoir un coup de cœur pour Science Po, lorsque j’étais au Lycée Français à Barcelone, un ancien étudiant est venu nous parler de son parcours là-bas et j’ai tout de suite accroché ».
Au moment de quitter le lycée, ce qui l’anime est « de comprendre comment fonctionnent les différents pays, éventuellement de travailler dans la diplomatie. L’économie m’est tombée dessus sans prévenir, j’ai eu d’excellents enseignants à Science Po et j’ai découvert une science sociale qui permet de décrire le monde par le prisme de l’économie ». Un échange à Dublin plus tard, un temps à travailler pour l’Opéra de New York afin de parfaire son anglais et là voilà qui rejoint le prestigieux master en Affaires publiques de la rue Saint-Guillaume.
Pas à pas
La voilà qui rêve alors de travailler pour la France, dans un métier du domaine public. Un projet de recherche d’un an en Espagne va alors l’aider à y voir plus clair, elle travaille alors sur la valeur des actifs financiers au cours des deux conflits mondiaux. Elle se rappelle « s’être beaucoup amusée à travailler sur l’économie à la source, afin d’identifier quels sont les actifs les plus sûrs en temps de crise ». Un voyage aux Philippines va également l’aider à trouver sa voie, parti en vacances là-bas elle se retrouve de façon inattendue à couvrir un typhon pour El Pais. Le journal espagnol n’ayant pas de correspondant sur place alors que cet évènement paralysait le pays. De cette fugace expérience elle apprécie beaucoup le côté opérationnel.
Elle retient également « qu’en l’absence d’informations, on ne peut rien faire et il faut souvent avoir les mains dans le cambouis pour les obtenir ». De quoi la faire remiser à plus tard son projet de thèse et la voir rejoindre la Banque mondiale, afin d’y noter les pays suivant le « business environnement ». Une année qui la verra travailler avec nombre de gouvernements africains, continent dont elle était en charge. Julia Brouillard Soler choisit pourtant de faire ses bagages au bout d’un an, il lui manquait alors « un côté plus concret et un projet vraiment porteur ». Retour à Paris pour intégrer la Direction générale du Trésor, au sein de laquelle elle s’occupera de suivre les sujets en lien avec le Fonds monétaire international. L’économiste se penche de près « sur la revue des instruments du FMI à destination des pays les moins développés, afin de défendre la position française sur ces questions ».
Épanouir
Une période qu’elle considère comme ayant été « extrêmement formatrice, j’ai eu la chance tout au long de ma carrière d’avoir eu des chefs qui m’ont beaucoup aidé et m’ont permis de me développer à la fois personnellement et intellectuellement ». De quoi lui donner les armes pour son poste suivant, celui d’économiste pays à la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD). Une institution où elle s’épanouit, elle y arrive pour « couvrir la Grèce et Chypre, deux pays où les opérations de la BERD allaient être fermées puisque ces pays étant devenus suffisamment riche ».
Elle nous explique « trouver un côté des plus concrets dans mon métier, puisque les estimations de croissance que je produis sont essentielles à nos opérations et à nos investissements bancaires dans des pays où le niveau de données est relativement faible. Ce qui oblige à être d’autant plus précis dans son travail pour arriver à les exploiter ». La finalité qu’elle nous décrit est la bonne compréhension des opérations menées par la BERD et ainsi que l’impact qu’elles produisent sur place. Elle considère qu’opérer « sur le continent africain est incroyablement stimulant tant celui-ci est dynamique. J’ai tellement d’exemples en tête, rien que l’impressionnante raffinerie Dangote au Nigeria, achevée en 2023 et portée principalement par le secteur privé, qui a rendu possible le raffinage à grande échelle dans ce grand pays exportateur de pétrole, après des décennies de dépendance aux importations de carburants, et dont l’importance stratégique s’est particulièrement révélée lors de la récente crise au Moyen-Orient".
Les années passent et elle voit des évolutions indéniables dans son métier, à l’image d’une aide au développement qui diminue inexorablement au profit de l’investissement. Elle y voit « un changement de logique vers une relation beaucoup plus égalitaire, ici à la BERD on n’intervient de toute façon quasiment que sur le financement secteur privé. Notre mission reprend la logique d’une banque classique, à la différence que nous cherchons à avoir un effet catalyseur permettant d’attirer les investisseurs privés sur des projets rentables et transformateurs pour les économies ».
Construire
Celle qui se projette d’autant plus à la BERD sur le long terme qu’elle va déménager prochainement à Abidjan pour être plus proche de ses missions, a pu y découvrir une culture de travail différente du Trésor et de l’AFD. Elle a en effet été détachée pendant près de deux ans dans cette dernière institution, afin de préparer l’expansion en Afrique subsaharienne de la BERD. Un temps passé en la qualité d’économiste Afrique à l’Agence Française de Développement (AFD) lui « permet d’être directement dans les opérations et de faire énormément d’analyse économique l’ensemble du continent. J’ai pu étoffer mes connaissances sur le volet souverain notamment ». A son retour, elle devient Lead Economist pour l’Afrique subsaharienne et habite à Paris tout en multipliant les allers-retours à Londres, et sera bientôt basée à Abidjan.
Un parcours au sein de la BERD qui lui aura également permis de mener à bien sa quête d’une thèse. Financée par son employeur, elle a porté sur les effets des réformes libérales sur l’investissement prive en Égypte. Un exercice qui a ses yeux « ne peut pas être mené sans une passion pour le sujet, tout en retirant une certaine satisfaction de voir ses capacités intellectuelles être validées de la sorte ». Une passion qui déteint inévitablement sur son quotidien, Julia Brouillard Soler confessant qu’il « lui arrive parfois d’aller regarder les ports et les containers qui s’y entassent. Cet équilibre entre vie professionnelle et personnelle, il réside essentiellement dans le fait de partager la vie de quelqu’un qui comprend les contraintes d’un style de vie qui impose de nombreux voyages ».
Accompagner
Un environnement positif qu’elle semble également avoir trouvé au travail, où elle apprécie « l’opportunité d’échanger au quotidien et ce quel que soit son niveau de séniorité. Ça donne des nouvelles perspectives, dans mon cas, c’est plus on est plus on a des idées ». Certaines figures n’ont pas manqué de l’inspirer tout au long de son parcours, que ce soit la personne de Christine Lagarde, présidente de la Banque centrale européenne (BCE) ou encore celle de Kristalina Georgieva, directrice générale du Fonds monétaire international (FMI).
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