Macro-économie / Taux / cacao / Afrique / modèle économique
Macro-économie / Taux
cacao / Afrique / modèle économique
Les montagnes russes des cours du cacao mettent à l’épreuve les producteurs / L’Amérique Latine pourrait tirer son épingle du jeu
Un retour à la normale qui n’en est pas un. Difficile de faire comme si de rien ne s’était passé depuis début 2023 pour le cours du cacao, les prix ayant certes progressé de 2 540 dollars la tonne à quelque 3 100 dollars le mois dernier mais ils ont avant toute chose connu un pic à 10 700 dollars avant de voir les prix se normaliser quelque peu. Le continent africain n’y est pas étranger et voit des modèles mis en place depuis des décennies montrer leurs limites, les obligeant à entamer des changements.
Une thèse qui trouve du crédit chez les équipes du Global Sovereign Advisory (GSA), le cabinet spécialiste du conseil aux entités souveraines considérant que la Côte d’Ivoire et le Ghana sont tout particulièrement mis sous pression par l’instabilité actuelle. La genèse des problèmes présents remonte à de fortes baisses de la production - respectivement de 23 et 36 % - lors de la saison 2023/2024 pour les deux premiers producteurs de la planète. Expliquées tant par des phénomènes climatiques que par des maladies, elles ont logiquement fait grimper les cours avant de voir le marché se retourner à mesure que la production est revenue à la normale et que la demande a diminué en réaction à la hausse des cours.
Double peine
Les deux géants sont d’autant plus perdants dans la séquence actuelle, que chez GSA on considère que désormais « l’Amérique latine s’impose comme le principal acteur de la croissance du secteur ». Avec comme figure de proue l’Équateur, un pays longtemps handicapé par une variété plus acide et réputée plus pauvre en goût et donc dédaignée pendant des années par l’industrie chocolatière. Désormais, celle-ci semble avant tout sensible aux rendements qui y sont plus élevés et à la moindre exposition actuelle aux maladies. Un constat également valable pour le Pérou, le Venezuela ou encore la Colombie.
Pendant ce temps, les deux géants africains font face aux problèmes de leurs systèmes de prix garantis et de ventes par anticipation, lesquels sont décriés puisqu’ils « peinent à absorber des variations des cours mondiaux de grande ampleur ». Les équipes de GSA considèrent qu’après avoir « limité la transmission de la hausse des cours aux producteurs lors de la phase ascendante, [ces systèmes] confrontent désormais les organismes étatiques à des problèmes de liquidité ». L’État ivoirien a ainsi dû intervenir pour racheter les excédents de la récolte actuelle engendrés par une moindre compétitivité que par le passé, là où son voisin le Ghana est confronté à des problèmes d’une autre nature. Accra devant faire face aux « difficultés de l’agence étatique en charge de la filière à honorer ses paiements » lesquelles ont conduit à une baisse du prix garanti et « à l’annonce d’une réforme structurelle profonde, qui prévoit notamment un mécanisme de prix plus flexible ». Les deux pays faisant également les frais d’un sous-investissement chronique dans l’outil de production.
Habitude
Impossible également de se pencher sur la correction récente du cours du cacao sans évoquer la réaction du marché à la hausse des prix. Pour l’heure, le marché du cacao connaîtrait avant tout « un ralentissement de la demande en réaction au niveau exceptionnel des prix des trois années précédentes ». La question de la dépendance aux exportations européennes se pose également pour ces différents pays alors qu’arrive bientôt l’application du règlement européen contre la déforestation, lequel « renforce les exigences de traçabilité et pourrait reconfigurer les flux commerciaux mondiaux ». Il doit rentrer en vigueur dès décembre 2026 pour les grandes entreprises et en juin 2027 pour les petits producteurs. Sous réserve qu’il ne soit pas repoussé, il pourrait accentuer la pression sur le Ghana et la Côte d’Ivoire.
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

