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Retards de paiement : la France parmi les derniers de la classe en Europe / Elle remporte même la palme de la pire trajectoire sur les deux dernières années
Les retards de paiement entre entreprises, en France, vont de mal en pis. Qu’ils émanent d’organisations publiques ou privées, ces derniers ont atteint 14,1 jours au premier semestre de 2025, selon le dernier rapport d’Altares sur le sujet (contre 13,5 jours à la fin de 2024). Ce qui place ainsi l’Hexagone juste au-dessus de la moyenne observée en Europe – de 14 jours, en hausse de 0,5 jour – mais traduisant surtout une tendance tricolore inquiétante, par rapport à ses pairs européens. En deux ans, le délai d’encaissement des factures en France s’est en effet allongé de deux jours : il s’agit de la pire trajectoire sur la période en Europe.
Au-delà du nombre de jours, ajoute Altares, c’est davantage le taux de grands retards qui reste interpellant. Depuis la fin de l’année 2024, plus de 9 % des payeurs retardent les règlements d’au moins un mois. Et 3,8 % dépassent la date de facture de plus de trois mois. Un délai suggérant des litiges commerciaux ou des anomalies de facturation, rendant ainsi difficiles et onéreux les processus de recouvrement, remarque l’organisme spécialiste des données d’entreprise. Certes, la tendance n’est pas forcément plus reluisante ailleurs sur le continent. La part des grands retards y est du même acabit et a atteint un plus haut depuis quatre ans, ceci expliquant notamment la remontée moyenne des retards à 14 jours.
La rigueur néerlandaise
En revanche, en passant les pays européens à la loupe, les écarts restent marqués. Par exemple, les Pays-Bas semblent exemplaires – un modèle de "rigueur", souligne même Altares. Plus de huit payeurs sur dix respectent les dates d’échéance, contre moins d’un sur deux en France, tandis qu’à peine plus d’1 % dépasse le terme d’au moins un mois. L’Allemagne fait elle aussi figure de bonne élève, avec un retard moyen sous sept jours et plus de six acteurs sur dix respectueux des échéances.
Le tableau est légèrement plus contrasté du côté de la Belgique, de l’Irlande et du Royaume-Uni. Si les trois pays font mieux que la moyenne européenne, avec des retards moyens respectifs de 12 jours, 12,7 jours et 12,9 jours, la part des bons payeurs s’est par exemple sensiblement dégradée en Irlande. Bien que toujours supérieure à 50 %, elle a reculé de 4 % depuis fin 2024. Tout comme chez son voisin britannique, les grands retards s’y sont aussi sensiblement accrus au cours du 2e trimestre.
La fracture comportementale reste toutefois nette avec les pays du sud de l’Europe, remarque Altares. Le Portugal apparaît à la traîne, avec un retard moyen de 24,5 jours, 16 % des entreprises pratiquant des grands retards, ou une sur cinq s’acquittant de ses factures à l’heure. L’Italie, qui a pourtant été pionnière dans la mise en place de la facturation électronique B2B dans l’Union européenne dès 2019, ne témoigne pas encore d’effets vertueux de cette dernière sur les délais de paiement, remarque Altares. Le retard moyen y est de 17 jours, et près de 12 % de ses organisations décalent leurs règlements de plus de 30 jours. "La France et l’Espagne sont les champions de cette troisième division", observe Altares.
Problèmes et solutions
"Le retard de paiement peut s’expliquer par des processus internes technologiques très rigoureux, une trésorerie fluctuante voire obérée, des services insuffisamment coordonnés entre les intervenants - de l’acheteur au financier en passant par le juridique - sans compter les litiges commerciaux et les erreurs de facturation. Le secteur public n’est pas en reste, l’étude le révèle. Comme dans le privé, le fournisseur doit composer avec des procédures comptables jugées rigides, un manque d’effectif parfois et bien entendu la saisonnalité budgétaire", rappelle Thierry Millon, directeur des études d’Altares.
Et si la facturation électronique n’a pour l’instant pas été des plus probantes en matière d’amélioration des comportements de paiement en Italie, l’expert estime qu’elle pourrait toutefois représenter un vecteur de mieux dans l’Hexagone. "L’arrivée de la facturation électronique porte cependant un espoir d’amélioration. Certes, les mauvais payeurs vont toujours faire preuve d’ingéniosité pour justifier de retarder le règlement, mais les autres - les plus nombreux, généralement disciplinés à payer à l’heure une facture non entachée d’irrégularité - devraient recevoir prochainement en majorité des factures conformes et donc payables à l’heure. Il faudra toutefois être patients", prédit-il.
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