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Les grands groupes français face à l'envolée de leur dette / Les banques prêtent encore, mais la fenêtre de refinancement se rétrécit
La croissance est de retour dans les grands groupes français. Le désendettement, lui, attendra. Dans les 89 entreprises non financières du SBF 120 étudiées par Redbridge, l’Ebitda progresse de 5,2 % sur douze mois glissants à fin juin, deux fois plus vite que le chiffre d’affaires (+2,3 %), traduisant une amélioration des marges. Mais le contraste est saisissant : leur dette nette a bondi de 17,5 % en six mois, à 532 milliards d’euros, soit 79 milliards de plus qu’à fin 2025, révèle la dix-septième édition de l’étude annuelle du cabinet sur le financement des grandes entreprises cotées.
La trésorerie happée par le BFR
Le besoin en fonds de roulement (BFR), qui mesure l’argent immobilisé dans les stocks et les créances clients après déduction des dettes fournisseurs, explique une partie de cette envolée. Il atteint 172 milliards d’euros à fin juin, en hausse de 11,8 % sur le semestre, après 5,7 % sur l’ensemble de 2025. Les créances clients ont gonflé de 30 milliards en six mois, à 279 milliards, et les stocks de 13 milliards, sans que la hausse des dettes fournisseurs suffise à compenser leur progression. Depuis 2021, année où il pesait 105 milliards, le BFR croît de 13,3 % par an, plus de deux fois plus vite que les ventes (+5,3 %).
Cette pression persiste malgré le redressement de la capacité d’autofinancement (CAF). Celle-ci progresse de 8,9 % sur douze mois glissants après une chute de 8,5 % en 2025, mais les investissements nets de cessions augmentent eux aussi (+5,9 %). « Les entreprises du panel ont même eu recours à la trésorerie pour financer leurs besoins », observe Redbridge. Leurs disponibilités reculent de 2,2 % sur le semestre, à 322 milliards d’euros.
Les ratios de crédit en portent la trace. Le levier net atteint 1,6 fois l’Ebitda, contre 1 fois en 2022, et la CAF ne représente plus que 46 % de la dette nette, contre 80 % à l’époque. Pour autant, cette dégradation des bilans ne se répercute pas encore dans les mêmes proportions sur les charges financières brutes, qui restent proches de 30 milliards d’euros. Une relative stabilité « reflétant sans doute la proportion importante de dette à taux fixe », avance l’étude.
Les guichets grands ouverts
Les banques, elles, restent largement prêteuses. « Le marché bancaire est extrêmement liquide », constate Redbridge. Sur les opérations récentes du cabinet, les sursouscriptions atteignent 30 % à 50 %, voire davantage. Des établissements étrangers comme BBVA, ING ou JPMorgan cherchent aussi à rejoindre les groupes de prêteurs, y compris auprès des ETI, « sans dégradation de marge ». Les entreprises en ont profité pour renforcer leurs lignes de crédit confirmées non tirées, passées de 186 à 218 milliards d’euros en 2025. Grâce à ces réserves et à leur trésorerie, elles disposaient fin 2025 de liquidités représentant 3,1 fois leurs échéances de dette à un an, contre 2,4 fois un an plus tôt.
L’abondance reste toutefois sélective. L’aéronautique, la défense ou le luxe sont prisés des prêteurs, tandis que l’immobilier et la transition énergétique rencontrent davantage de difficultés. Le secteur du logiciel est quant à lui « sous pression », les comités de crédit s’interrogeant sur les conséquences de l’IA pour ses modèles économiques, note l’étude.
Course contre la montre
Cette abondance de crédit pourrait surtout ne pas durer. Hausse des prix de l’énergie, remontée des taux longs, écartement des spreads obligataires : les signaux de tension s’accumulent, et le coût de refinancement des banques repart à la hausse. « Il n’est pas certain que l’appétit des banques étrangères soit durable », prévient Redbridge, qui redoute les conséquences de la dégradation du risque souverain français, mesurée notamment par l’écart entre les taux des obligations d’État françaises et allemandes. « Les signes avant-coureurs d’un renchérissement du coût du crédit sont déjà manifestes sur les CDS bancaires », ajoute Matthieu Guillot, managing director chez Redbridge. Ces contrats de protection contre le risque de défaut des banques reflètent les tensions sur le risque de crédit des établissements financiers, susceptibles de renchérir leurs financements.
Le calendrier politique ajoute à l’urgence. Les refinancements des échéances 2027 et 2028 « devraient être faits avant les élections », juge le cabinet, qui suggère d’allonger celles de 2029 et 2030 par amend & extend, c’est-à-dire en renégociant les crédits existants pour en repousser le remboursement. Si l’environnement se tend davantage, les entreprises pourraient de nouveau sécuriser leur liquidité en négociant des lignes de crédit de plus courte durée, sur deux ans ou sur un an avec deux possibilités de prolongation, comme lors de la crise sanitaire de 2020.
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