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BCE : Jens Weidmann en piste pour succéder à Mario Draghi ?

Dans une interview à la presse allemande, l'actuel président de la BuBa n'a pas caché son ambition d'accéder à la présidence de la BCE. Mais il n'est pas le seul en course et François Villeroy de Galhau figure aussi parmi les favoris...
Jens Weidmann
Jens Weidmann

Il reste encore un an et demi avant le départ de Mario Draghi de la BCE, comme il l'a d'ailleurs rappelé avec humour lors d'une conférence de presse il y a quelques semaines, après qu'un journaliste lui a posé la question de son bilan. Mais déjà, les candidats commencent à se placer pour prendre sa suite à la présidence de la banque des banques de la zone euro. L'enjeu est de taille puisque le successeur de Mario Draghi, le 31 octobre 2019, aura la lourde charge d'achever la sortie de la politique accommodante et du QE entamé en janvier 2015 avec le rachat de titres souverains mensuels.

Si Erkki Liikanen, président de la banque centrale de Finlande est sur les rangs, un autre candidat, moins discret espère obtenir le poste. Il s'agit de l'actuel président de la BuBa Jens Weidmann, soutenu par la Chancelière allemande et qui a réaffirmé son intention de postuler dans une interview au média allemand der Funke, mi-mai. "Je pense que tous les membres du Conseil des gouverneurs de la BCE devraient avoir la volonté de faire évoluer la conception de la politique monétaire", a ainsi affirmé le président de la banque centrale allemande. Ce qui, pour le Handelsblatt, est une façon pour le président de se présenter comme le candidat propice à instaurer le changement au sein de la BCE et donc pour prendre la suite de Draghi. Le président de la BuBa a le soutien de la Chancelière, qui lors des négociations avec les sociaux démocrates pour former une coalition à l'automne dernier, avait exigé que ces derniers soutiennent également le président de la BuBa pour le poste de gouverneur de la BCE, toujours selon le Handelsblatt.

Le chef de la BuBa n'a jamais caché ses divergences de vues avec la stratégie monétaire adoptée par Mario Draghi, comme il l'a d'ailleurs souligné dans l'interview au média der Funke : "Je pense qu'il serait bien de clarifier la situation et d'annoncer une date butoir (ndlr. pour la fin des achats de titres) le plus tôt possible", a ainsi affirmé l'Allemand. Rappelons que la BCE a pour l'instant donné la date de septembre 2018 pour mettre fin aux achats de titres souverains mensuels, tout en se laissant une porte de sortie et la possibilité de les prolonger, si la conjoncture se dégradait. Ce à quoi le gouverneur allemand est visiblement opposé. Pour Jens Weidmann en effet, non seulement les banques souffrent de la politique de taux trop bas de la BCE, mais cette stratégie accommodante entretient des excès d'endettement dans les entreprises les plus fragiles et n'incite pas les gouvernements à mettre en place les réformes structurelles nécessaires.

Le gouverneur de la BundesBank a-t-il pour autant ses chances pour prendre la tête de la BCE ? Si la répartition géographique n'est normalement pas un critère pour choisir le président de la BCE, celle-ci pourrait cependant influencer le vote du Conseil européen, qui a le dernier mot sur la nomination (les ministres des Finances de la zone euro proposent et le Conseil vote à la majorité qualifiée). Or un Espagnol, Luis de Guindos, vient d'être nommé à la vice-présidence. Ce qui pourrait inciter les ministres à choisir le représentant d'un pays de plus petite taille pour prendre la tête de la banque de Francfort. "Jusqu'à présent, le duo à la tête de la BCE a toujours été la combinaison d'un gros pays et d'un Etat de petite taille ou intermédiaire", explique Carsten Brzeski, économiste en chef chez ING. Qui ajoute cependant que l'Allemagne n'a jamais obtenu la présidence de la BCE, ce qui pourrait tout de même jouer en la faveur de Jens Weidmann. Ainsi c'est un Néerlandais, Wim Duisenberg, qui a tout d'abord dirigé la BCE de sa création en 1998 à 2003, suivi du Français Jean-Claude Trichet jusque 2011, puis de l'Italien Mario Draghi donc.

Un autre candidat de poids risque cependant de faire de l'ombre à Jens Weidmann, comme le reconnaît le Handelsblatt dans un autre article. François Villeroy de Galhau, l'actuel gouverneur de la Banque de France figure ainsi également parmi les favoris. Et même si la France a déjà eu son président de la BCE (et même un vice-président en la personne de Christian Noyer), elle possède l'avantage d'être moins représentée que l'Allemagne au sein des instances européennes : la BEI, le MES (mécanisme de résolution unique) et le CRU (conseil de résolution unique) sont ainsi tous trois présidés par des Allemands (respectivement Werner Hoyer,  Klaus Regling et Elke König). Sachant que le gouverneur de la Banque de France, énarque ancien directeur de cabinet de Dominique Strauss-Kahn au FMI, puis directeur général de BNP Paribas, a tout à fait la carrure pour assumer la présidence de la BCE, concède le Handelsblatt.

Deux autres postes clefs seront également à pourvoir au sein du conseil des gouverneurs de la BCE d'ici à décembre 2019 : celui d'économiste en chef tout d'abord, en mai 2019, lorsque Peter Praet quittera son poste. Or l'économiste de la BCE a une grande influence sur la doctrine monétaire de Francfort, puisqu'il est l'un des principaux responsables du diagnostic économique de la zone euro. En décembre de la même année Benoit Coeuré quittera également ses fonctions au sein de l'organe exécutif de la BCE, dont les 7 membres disposent d'un droit de vote permanent (à la différence des 19 autres gouverneurs qui se partagent 15 droits de vote). Là encore, les pays devraient chercher à caser leurs pions, et la France et l'Allemagne placer des représentants, si le leur n'est pas choisi pour la présidence de la BCE. 

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