Donald Trump joue à cache-cache avec sa feuille d’impôts
« Ce ne sont pas vos affaires ». Telle a été la réponse cinglante de Donald Trump au journaliste de Good Morning America vendredi, sur la chaîne télévisée ABC, lorsqu’il lui a demandé de révéler le taux d’impôt dont il s’acquittait auprès de l’IRS, le fisc américain. Cette posture n’est pas nouvelle de la part du candidat républicain à la Maison Blanche, qui a plusieurs fois refusé d’en dire davantage sur sa situation fiscale, contrairement aux autres prétendants en cours côté démocrate, Hillary Clinton et Bernie Sanders. Il s’est justifié en indiquant qu’il faisait actuellement l’objet d’un audit fiscal, mais cela n’avait pas empêché le candidat Nixon, qui était dans la même situation en 1973, de divulguer plusieurs fiches d’imposition annuelles. Car la publication de la feuille d’impôt est une tradition bien ancrée dans la campagne présidentielle US depuis 1952, destinée à démontrer qu’ils ne sont l’objet d’aucun conflit d’intérêts, qu’ils sont généreux envers autrui via des donations de charité, mais aussi qu’ils respectent leurs obligations fiscales auprès des autorités fédérales et étatiques.
Cette révélation est également attendue fébrilement par les adversaires de Donald Trump car elle permettrait d’en savoir plus sur le montant réel de sa fortune, lui qui a fondé son discours sur sa qualité de businessman, qui a bâti un empire immobilier. Mitt Romney, le candidat républicain malheureux à l’élection présidentielle en 2012, n’a pas manqué de souligner le peu d’arguments faisant du milliardaire un profil idéal pour la fonction suprême, puisqu’il n’a pas fait son service militaire et n’a jamais été élu à une fonction politique.
Or, s’il affirme à qui veut l’entendre qu’il pèse 10 milliards de dollars et a construit une entreprise à succès avec peu de dette, Donald Trump n’a jamais apporté la preuve de cette fortune par écrit et est régulièrement repris par des journalistes pour des déclarations fausses sur tel succès financier ou don à une association caritative. A cet égard, si la feuille d’impôt ne détaille pas les actifs dont il dispose, le montant de ses revenus en dirait long sur le montant total de son patrimoine. Mais aussi l’étendue de ses donations caritatives, lui qui a déjà déclaré avoir dépensé plus de 100 millions de dollars à cette fin. Enfin, il s’agit aussi de lever le voile sur les connexions professionnelles de l’homme d’affaires, et la présence d’éventuels comptes à l’étranger. Ted Cruz, numéro deux républicain dans cette course à la Maison Blanche qui a depuis jeté l’éponge, avait déjà accusé d’entretenir des liens avec la mafia, ce que pourrait révéler sa fiche d’impôts.
Si la pression s’accentue sur Donald Trump pour se montrer totalement transparent avec le peuple américain, aucune loi ne l’oblige à publier le montant de ses taxes ni son taux d’imposition. Mais il a contribué à semer lui aussi le doute sur sa richesse lorsqu’il a finalement déclaré ce mois-ci qu’il allait financer le reste de la campagne grâce à des contributions extérieures afin de mieux concurrencer Hillary Clinton. Selon le Wall Street Journal, l’homme avait dévoilé au début de sa campagne, à l’été dernier, qu’il avait entre 72 et 282 millions de dollars de cash et d’actifs liquides (actions, obligations) à disposition. Mais les derniers candidats au Bureau Ovale en 2012, Barack Obama et Mitt Romney, ont respectivement dépensé 721 et 449 millions de dollars pour leur campagne jusqu’au jour de l’élection. Or selon les calculs du journal, il afficherait 160 millions de dollars de revenus pré-impôts, ce qui serait bien insuffisant pour lui permettre de financer une campagne présidentielle qui s’annonce intense face à l’influent clan Clinton. La responsable des relations presse du candidat a indiqué que ces chiffres étaient faux, sans élaborer davantage.
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