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Délit d'initié : le patron de Deutsche Börse est dans une position de plus en plus intenable

Un tribunal allemand a refusé de valider l'accord à l'amiable passé entre la Bourse, son patron et le parquet. La plateforme, qui espérait passer à autre chose, est à nouveau dans l'oeil du cyclone.
Deutsche Börse
Deutsche Börse

En septembre Deutsche Börse a accepté de payer une amende de 10,5 millions d'euros en Allemagne pour mettre fin aux poursuites pour délit d'initié qui touchait son président du directoire. De son côté, le CEO devait mettre de sa poche 500.000 euros. Le Bourse espérait alors ainsi pouvoir "mieux recentrer ses énergies sur la stratégie mise en place et continuer à dérouler son programme de croissance". Peine perdue. Lundi, un tribunal de Francfort a refusé de valider cet accord à l'amiable, passé entre le parquet, l'opérateur de marché et Carsten Kengeter. La nouvelle ne manque pas d'agiter les hautes instances de la firme et de créer du remous chez les actionnaires.

Pour mémoire, la justice allemande a lancé en février une enquête pour délit d'initié visant Carsten Kengeter. Il est reproché à ce dernier d'avoir acheté en décembre 2015 pour 4,5 millions d’euros d’actions Deutsche Börse, soit un peu avant l’annonce officielle du projet de fusion avec le LSE en février 2016. Opération, finalement avortée en mars de cette année, qui a fait grimper le titre de l'opérateur allemand (+3,22% notamment le jour de la communication).

Carsten Kengeter dément tout acte répréhensible puisque ces achats entraient dans le cadre de son plan de rémunération. Ces derniers devaient de se faire entre le 1er et le 21 décembre 2015. Selon le FT, le bureau du procureur estime qu'il n'y a pas assez d'éléments actuellement pour accuser Carsten Kengeter de délit d'initié. Tandis que le tribunal considérerait le dossier trop sérieux pour être réglé par un compromis comme celui proposé, et ce d'autant plus vu le poste du dirigeant concerné.

Le premier à avoir réagi au couperet de cette semaine a été Joachim Faber. Le président du conseil de surveillance de Deutsche Börse a interrompu le voyage qu'il effectuait en Chine pour retourner à Francfort. "Faber est de retour et il y aura une discussion jeudi sur ce qui va se passer maintenant", a-t-on indiqué à Reuters. Après-demain sera également le jour où la société publiera ses résultats trimestriels. De son côté, le Financial Times révèle la position de certains actionnaires sur le sujet. "Le meilleur des conseils le concernant est qu'il (Carsten Kengeter, NDLR) démissionne de lui-même", a expliqué l'un d'entre eux au FT. Et d'ajouter que la position de "M. Kengeter est devenue intenable". Les trois actionnaires qui ont confié au média leur souhait de voir le CEO partir, détiendraient plus de 6% du capital du groupe. D'autres, au contraire, soutiendraient l'homme fort.

Outre la mauvaise publicité pour Deutsche Börse, le management de la Bourse se retrouve à dépenser de l'énergie pour se sortir de cette ornière. Un temps précieux qui n'est pendant ce temps-là pas voué au business. Pour ne rien arranger, le parquet de Francfort a indiqué qu'à l'issue du jugement de cette semaine, l'enquête sur Carsten Kengeter pourrait se prolonger au-delà de mars 2018. Pour l'instant rien n'est plié et les investigations pourraient aussi bien déboucher sur une inculpation que sur un arrêt de la procédure, faute de preuves, a expliqué hier la Bourse allemande dans son communiqué.

Mars 2018 est une date qui n'est pas anodine puisqu'elle coïncide avec celle de fin de mandat du président du directoire. Le conseil, qui se réunira demain pour une réunion extraordinaire, a fait savoir qu'il attendrait la fin des investigations pour décider du futur de son dirigeant. L'un des actionnaires, qui a parlé au FT, a expliqué qu'un accord rapide avec la justice avait été un préalable au maintien de Carsten Kengeter. L'investisseur souhaiterait donc que le board travaille pour lui trouver un successeur.

S'il est évidemment difficile de pousser vers la sortie un homme dont la culpabilité n'a pas été pour le moment démontrée, il est évident que sa situation pose question aux actionnaires. D'autant que la Bourse de Francfort doit relever de nombreux défis. Elle doit notamment se montrer forte en cette période de pré-Brexit où les acteurs financiers cherchent les meilleures places pour délocaliser une partie de leurs activités dans l'UE des 27. 

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