Transmission d’entreprises familiales: le lien entre l’avocat et le patriarche
« Le père construit, le fils consolide, le petit-fils dilapide… ». La loi des trois générations est-elle une fatalité dans la transmission des entreprises familiales ? Si la réussite d’une société de cette nature et sa capacité à traverser les âges est intimement liée aux hommes qui la composent et qui la font, elle est également l’affaire de regards extérieurs. Ces regards, ces conseils ? Les avocats. Certains cabinets se sont ainsi spécialisés dans la transmission d’entreprises. Les meilleurs d’entre eux sont ceux qui ont réussi à nouer des liens avec les familles. Leur rôle ne relève alors plus vraiment du droit. Ils sont là pour accompagner les patriarches et leurs proches dans ce processus toujours très délicat. Les considérations personnelles prenant presqu’à chaque fois le pas sur le rationnel, alors même que l’objet des discussions est économique.
Les successions ratées de Teisseire ou encore de Gallimard, qui ont fini par être rachetés par des groupes étrangers, montrent la nécessité de ne pas sous-estimer ces enjeux. D’autres grandes entreprises, comme les Galeries Lafayette -qui sont déjà une histoire de cinq générations- gardent d’ailleurs cette problématique de la succession en tête. Selon les experts, l’idéal serait que les hommes forts de tous les groupes travaillent à cette continuation de leur vivant.
« Quand les entrepreneurs arrivent à un certain âge, ils savent qu’ils ne sont pas éternels et ils aimeraient bien que leur histoire continue. Mais entre ce souhait intellectuel et la réalité des choses, beaucoup de personnes ont du mal à lâcher le volant », explique José Desfilis, avocat du cabinet éponyme, spécialisé dans la transmission d’entreprises. Cette initiative est ainsi toujours compliquée, même pour les patrons de bonne volonté. Il faut alors trouver une place pour chaque membre de la famille et même pour les ex-leaders qui, bien qu’ils lâchent les rennes, doivent également garder un pied dans leur société pour ne pas laisser mourir une partie d’eux-mêmes.
Afin de mener à bien ce processus, les avocats préconisent de mettre tout le monde autour de la table. Par exemple, le cabinet Desfilis entend chaque âme, laisse chacun s’exprimer séparément afin que les choses soient dites. Les avocats vont même jusqu’à faire appel à des professionnels de la psychologie pour les aider à y voir clair dans les relations familiales. « Il faut avoir un regard objectif sur chaque situation familiale et adapter les outils juridiques au cas par cas. Le droit doit venir en dernier dans l’analyse », précise Frédéric Pinet, avocat-associé chez Desfilis. Ce dernier constate également que le contact est facilité par le secret professionnel, qui permet à chacun de se confier sur des réalités souvent très personnelles, en vue de bâtir un socle entrepreneurial sain.
Les cas rencontrés sont divers et variés. Les solutions aussi puisque chaque membre peut être intégré d'une manière ou une autre à la vie de l'entreprise. A l'inverse, certains peuvent juste garder des parts dans la société. Dans toutes les configurations, chacun doit trouver et garder sa place. La pire des situations reste toutefois celle où les dirigeants ne se sont pas occupés de leur succession de leur vivant et que les héritiers ne sont pas dans une optique de cession.
Ce qui est certain, c’est que « tous les dirigeants ont des héritiers, mais très peu ont des successeurs », souligne José Desfilis. La question du choix du nouveau patron est primordiale et souvent source de tensions. D'où l'intérêt d'un regard objectif. Certaines firmes font parfois le choix d’attendre que le prochain dirigeant soit mûr. Ce qu’a, notamment, fait Hermès. « Beaucoup d'avocats sont dans une relation impersonnelle avec leurs clients. Pour bien les conseiller, il faut les aimer. C’est ce qui fait que notre profession ne pourra jamais être totalement ubérisée », conclut Philippe Rosenpick, partner chez Desfilis.
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

