Bâtonnat de Paris : quels grands chantiers attendent le futur élu ?
Fin du suspense ce soir. Le deuxième tour des élections aux bâtonnat et vice-bâtonnat du barreau de Paris se tient aujourd’hui. Deux binômes, qui ont comptabilisé seulement 24 voix d’écart lors du premier scrutin, s’affrontent. D’un côté, on retrouve Olivier Cousi, associé chez Gide Loyrette Nouel accompagné de Nathalie Roret, co-fondatrice du cabinet Farthouat Avocats ; de l’autre, Marie-Aimée Peyron, associée chez Squire Patton Boggs et Basile Ader de chez Ader Jolibois. Les candidats devraient avoir à compter sur les reports de voix, l’événement mobilisant peu les troupes. En effet, le premier tour n’a rassemblé que 38% des votants, soit 11 223 avocats parisiens, sur les 29 264 que compte le barreau.
Dans le détail, le scrutin du 29 novembre a départagé cinq programmes. Celui de Cousi-Roret, qui a obtenu 2 836 voix et celui de Peyron-Ader qui a comptabilisé 2812 voix. Etait également en piste le pénaliste Carbon de Seze (2146 voix), qui contestait les modalités de la nouvelle maison de l’Ordre des avocats. Enfin trois figures, critiques envers le fonctionnement de l'Ordre, s'étaient également présentées, à savoir Jean-Louis Bessis qui retentait sa chance (2 114) ainsi que les candidates de la "rupture" Elisabeth Cauly et Elisabeth Oster (1195). "Par bonheur, ce sont deux binômes candidats tout à fait inscrits dans le système qui sont arrivés en tête. Ils ont une longue expérience ordinale derrière eux et je suis sûr qu'ils se préoccuperont comme il se doit des différents sujets", estime Jean Castelain, avocat chez Granrut et ancien bâtonnier de Paris. Si les scores n’ont jamais été aussi serrés, le manque d’intérêt pour cette élection est, lui, toujours présent, puisqu’en décembre 2012 le nombre de votants n’avait atteint que les 11 400 et en juin 2015 seulement 12 400.
Les programmes et les profils des deux duos du jour sont différents. On retrouve néanmoins des points communs d’attention de part et d’autre. Les tandems font la promotion de volets techniques, tels que les modes amiables de règlement des différends (MARD) qui permettent de libérer du temps aux juges, mais aussi de sujets centraux pour toutes les professions, comme le numérique. Ainsi, Olivier Cousi et Nathalie Roret militent pour un "avocat 3.0". Ils souhaitent mettre en place un "kit de l’avocat connecté", des formations aux outils numériques ou encore la labellisation des "legal start-up". Ils veulent également protéger la place des avocats dans les services juridiques en ligne. Tandis que Marie-Aimée Peyron et Basile Ader proposent de faire de Paris, la place du droit numérique. Il s’agit d’améliorer l’accès aux technologies, de favoriser le financement des cabinets ou encore de "lutter contre les braconniers du droit".
Toutefois, les deux équipes se sont distinguées sur quelques points. L’avocat d’affaires Olivier Cousi et la pénaliste Nathalie Roret veulent "un ordre qui déménage" mais qui soit également loyal et transparent. Ils plaident pour un bâtonnier qui s’implique pour un lobbying efficace et visible. Ils font valoir leur statut d’indépendants, d’avocats de cabinets français, qui n’ont "de compte à rendre qu’aux avocats". Un pic à peine voilé à leurs concurrents, Basile Ader, l’avocat du droit de la presse et à Marie-Aimée Peyron qui revendique un parcours de militante syndicale. Pour eux, chaque avocat doit compter et la profession doit parler d’une seule voix. Ces derniers envisagent notamment d’instaurer un service SOS Droits de la Défense, qui assistera tous leurs confrères en cas de difficultés liées à l’exercice des droits de la défense. Ils ont également à cœur l’égalité homme-femme. Sujet sur lequel la profession a encore beaucoup à faire.
Quels sont les grands sujets qui attendront de toute façon les élus ? Le nouveau bâtonnier sera le bâtonnier du nouveau Palais de Justice dont la livraison est prévue pour fin 2017/début 2018. Il devra ainsi faire en sorte que le changement se passe bien pour les avocats. En outre, "nous allons avoir un nouveau Président de la République en 2017 et les sujets législatifs seront sur la table du parlement lors de la première moitié de l'année 2018. Il faudra donc que le bâtonnier s’exprime publiquement et avec force sur les différents sujets qui nous intéressent", explique Jean Castelain. Le nouvel élu aura également à charge de restaurer le dialogue entre les avocats et les magistrats ou encore de se pencher sur le budget de la justice. "Tout le monde a conscience qu'il est insuffisant mais personne ne parle de l'augmenter comme il convient", précise Jean Castelain. Soit un mandat qui ne sera pas de tout repos.
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