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Pour la Commission européenne, les marchés actions sont trop élevés
La Commission européenne s'est félicitée cet après-midi de l'expansion économique que connait actuellement la zone euro, dont la croissance a atteint l'an dernier 2,4% (et 2,7% dans l'UE), soit le rythme le plus soutenu depuis dix ans. Une bonne performance qui devrait normalement se répéter en cette année et en 2019 estime Bruxelles, qui table désormais sur un taux de croissance de 2,3% et 2%, aussi bien en zone euro que dans l'UE, contre 2,1% et 1,9% lors des dernières estimations d'automne. "La zone euro a retrouvé des taux de croissance qu'elle n'avait plus connus depuis la crise financière", a ainsi affirmé le commissaire aux affaires économiques, Pierre Moscovici, lors de la présentation des nouvelles prévisions. Et de citer notamment la baisse des déficits publics et du chômage, avec dans le même temps une augmentation significative des investissements, comme facteurs de soutien de l'économie. L'inflation devrait en revanche rester modérée ces deux prochaines années, la Commission anticipant une hausse des prix de 1,5% en 2018 (soit le même niveau qu'en 2017) et de 1,6% en 2019.
Selon Bruxelles, les aléas entourant les prévisions de croissance sont équilibrés, et même haussiers à court terme, ce qui signifie que le PIB de la zone euro pourrait encore dépasser les anticipations de la Commission. Un optimisme fondé notamment sur les très bons résultats des enquêtes de confiance publiés depuis le début de l'année. Le commissaire a cependant souligné qu'à moyen terme, les prix élevés des actifs sur les marchés financiers mondiaux pourraient pâtir d'une réévaluation des risques et des fondamentaux. Un sujet sur lequel Pierre Moscovici a naturellement été interrogé lors de la conférence de presse, vu les soubresauts des marchés depuis lundi. Le commissaire s'est félicité de ce que la Commission avait vu juste, soulignant que le rapport dévoilé aujourd'hui avait été rédigé bien avant l'effondrement boursier de lundi. Mais après ce petit coup de publicité, Pierre Moscovici a cherché à rassurer, rappelant que la croissance restait "robuste" : "je ne suis pas inquiet", a-t-il conclu sur le sujet des marchés boursiers. Autres facteurs de risque à moyen terme: l'incertitude entourant les négociations sur le Brexit, les tensions géopolitiques et la tendance au repli sur soi et au protectionnisme.
Côté français, la Commission est tout aussi optimiste et anticipe une croissance de 2% cette année et de 1,8% en 2019, tirée notamment par le redémarrage de la consommation des ménages (qui a marqué le pas en 2017) et une forte progression des investissements des entreprises et de l'Etat. Ce qui devrait normalement permettre au pays de sortir de la procédure de déficit excessif au printemps prochain. Un tableau plus flatteur que celui dressé par la Cour des comptes, qui publiait ce matin son rapport annuel. "La trajectoire de finances publiques présentée dans la loi de programmation des finances publiques est affectée de nombreuses fragilités", ont ainsi affirmé les sages, qui estiment que le gouvernement mise sur un scénario de croissance trop optimiste. Dénonçant des économies pour 2018 qui ne sont "pas garanties", car reposant sur le contrat passé entre le gouvernement et les collectivités locales pour réduire leurs dépenses, le rapport souligne ainsi que "la réduction du déficit public visée en 2018 est atteignable, mais pourrait être obtenue par un surcroît de recettes compensant des dépenses plus fortes que prévu". La Cour des comptes regrette en somme que le gouvernement n'ait pas profité de l'accélération inédite de la croissance française, pour amplifier les efforts réalisés concernant la baisse des dépenses. Un constat assez sévère donc, qui pourrait inquiéter le gouvernement, dont l'objectif est de sortir du viseur de Bruxelles dans quelques mois, en prouvant qu'après être repassé sous les 3% de déficit en 2017 (à 2,9% du PIB), il maintient la barre cette année.
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