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Chine, faut-il craindre le pire ?
Un ralentissement chinois plus fort que prévu en 2014 serait une mauvaise nouvelle pour les entreprises européennes, qui misent sur un redémarrage des exportations cette année, dans un contexte de reprise généralisée. Or les chiffres du PIB chinois pour le quatrième trimestre parus ce matin sont plutôt décevants. Ainsi, le produit intérieur brut du pays a augmenté de 7,7% au quatrième trimestre après une hausse de 7,8% au troisième trimestre. Et en termes de croissance nominale, le ralentissement est encore plus marqué : le PIB est passé de 10,6% à 9,7%. "Les indicateurs dévoilés ce matin ainsi que les rumeurs de défaut d'un produit de management (WMP) d'ICBC (Banque industrielle et commerciale de Chine) font émerger des doutes pour les perspectives de croissance en 2014: est ce que les choses vont empirer ?", interroge Bei Xu, analyste chez Natixis.
Selon les prévisions de la banque française, la croissance chinoise devrait atteindre 7,4% cette année. Soit un rythme clairement inférieur à 2013, où le PIB a atteint 7,7%. Mais en termes de composante de la croissance, la situation n'est pas si alarmante puisque l'investissement d'Etat devrait ralentir tandis que la consommation intérieure prendra le relais pour soutenir le PIB, dans un contexte de hausse des salaires. Au quatrième trimestre de 2013, la consommation a d'ailleurs représenté 3,9 points de la croissance contre 3,5 points le trimestre précédent.
Les investissements devraient cependant continuer d'être "un pilier de la croissance", estime Bei Xu, et leur croissance atteindre 7% à 7,5% cette année. Ils concerneront principalement des projets d'infrastructure, d'urbanisation mais également environnementaux. Ces dépenses seront financées par des prêts traditionnels et alternatifs mais également via des IPO puisque la régulation concernant les introductions en bourse s'est largement assouplie depuis le IIIème Plenum.
Le principal défi qui attend le pays cette année, outre, celui de ralentissement du PIB plus fort que prévu, concerne le système financier et en particulier le shadow banking. Celui-ci "participe à la libéralisation du système financier", estime Bei Xu de Natixis. Mais "les marchés ne sont pas encore totalement prêts pour réussir à contrôler le risque de crédit et de liquidité engendré par le développement du shadow banking". Or les prêts informels ont augmenté de 43% entre 2012 et 2013, selon la banque centrale, pour atteindre un peu plus de 5.000 milliards de yuans (600 milliards d'euros).
Dernier exemple en date des risques que représente ce système, l'affaire de China Credit, l'un des plus gros "trust" du pays avec 11 milliards de yuans (1,3 milliard d'euros) sous gestion. L'une des importantes opérations qu'il a financées s'est avérée rétrospectivement hasardeuse et le trust pourrait faire défaut sur une grande partie de cette opération financée via des prêts de particuliers fortunés. Or, ICBC, la première banque chinoise et mondiale a servi de distributeur pour les produits de China Credit. Si celle-ci n'a pour le moment pas l'intention de rembourser qui que ce soit, estimant qu'elle n'est qu'un simple intermédiaire, elle pourrait mettre en branle tout le paysage financier chinois dans le cas où elle devrait finalement mettre la main à la poche. Puisque cela officialiserait le lien entre finances informelle et formelle, accentuant les risques de propagation d'une éventuelle crise du shadow banking.
"La Chine est entrée dans une période de réformes structurelles de grande ampleur", conclut Bei Xu. Certaines, comme celle du shadow banking pourraient être douloureuses à court terme. Mais elles seront essentielles pour assainir durablement la croissance du pays, qui a connu des années de surchauffe importante et doit maintenant croître à un rythme moins soutenu mais plus équilibré. Les autorités chinoises ont du moins clairement exprimé cette orientation lors du dernier Plenium.
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