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Sur les marchés / Banque-assurance

Les assureurs, encore plus fragiles qu’en 2008

Une note de Blackrock tire la sonnette d’alarme sur l’exposition des assureurs aux actifs risqués. Si une crise comparable à celle des subprimes devait se reproduire, cette industrie de 5.000 milliards de dollars risquerait des pertes bien plus importantes qu’en 2008.
Graphe en baisse
Graphe en baisse

Alors que les marchés mondiaux tutoient des records historiques, plusieurs voix jugent déjà qu’une nouvelle crise sera bientôt inévitable. Et les regards se tournent immédiatement vers les institutions financières, qui avaient pâti le plus durement de la crise des subprimes. BlackRock, le plus gros gérant d’actifs au monde avec 5.700 milliards de dollars sous gestion, s’est prêté à un exercice peu rassurant : analyser les pertes des portefeuilles de plus de 500 assureurs en cas de décrochage comparable à ce qui s’est passé en 2008. Et le résultat est pour le moins préoccupant : leurs réserves, soit les montants qu’elles doivent pouvoir distribuer aux assurés, décrocheraient de 11% en moyenne chez plus de 260 assureurs immobiliers de ce groupe, soit des pertes bien plus importantes à celles qu’elles avaient provisionnées dans leurs comptes après la chute de Lehman Brothers.

Cela est lié à l’environnement de taux d’intérêt historiquement bas depuis la dernière crise, qui ont fortement impacté les rendements des assureurs. Ainsi, les rendements de l’assurance vie ont chuté de 6% en 2007 à 3,2% en 2008 selon les données de Bloomberg, et n’était encore que d’à peine plus de 4% l’an passé. Dans un tel contexte, les assureurs n’ont eu d’autre choix que de diversifier leurs portefeuilles vers des actifs plus risquées et illiquides, mais aussi plus rémunérateurs comme le private equity, l’immobilier ou les hedge funds.

Certes, les assureurs avaient déjà pâti de leur exposition aux produits dérivés immobiliers et aux actions risquées pendant la dernière crise, mais ont résisté à la tentation de vendre, afin de ne pas matérialiser leurs pertes. Dans le cas présent, les assureurs se sont notamment largement exposés aux obligations high yield, un marché « survalorisé », selon Mohammed El-Erian, chef économiste d’Allianz, qui a écrit « la forte quête de rendement reste visible chez les non-banques ».

La régulation financière patiemment mise en place depuis la crise, qui impose des couches de capitaux pour absorber d’éventuels décrochages de marché, n’aurait-elle donc pas servi à éviter ce type de risques ? Mais la recherche de rendement est aussi essentielle pour tenir leurs obligations vis-à-vis des assurés, si bien que la NAIC (National Association of Insurance Commissioners) a elle-même plaidé pour de la flexibilité : « dans l’environnement de taux bas, il pourrait ne pas être dommageable d’avoir un peu d’illiquidité dans un portefeuille, si cela est géré correctement ».

Quitte à miser sur des actifs rentables, Blackrock, qui vend un service d’analyse de portefeuille et d’évaluation en cas de crise appelé Aladdin, recommande de miser sur la dette immobilière mezzanine et les investissements en actions et dette immobilière à haut rendement. Pour l’instant, c’est surtout le private equity qui a bénéficié de la diversification des assureurs : leur exposition au non coté a progressé de 56% depuis 2008, à 56 milliards de dollars. Privilégié jusqu’en 2015, l’immobilier et les hedge funds ont en revanche reculé depuis, à 42 milliards et 18 milliards de dollars respectivement.


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