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L’emblématique victoire de Wall Street sur le Dodd-Frank act
C’est un retour en arrière emblématique. Six ans après la crise financière, les banques semblent avoir trouvé le moyen de mettre à mal le Dodd-Frank act, la vaste loi régulant le secteur financier signé par Barack Obama en 2010. En effet, le vote du budget US ce week-end a été l’occasion d’abroger un volet de la réforme de Wall Street ayant trait aux dérivés. Les médias anglo-saxons rapportent que Jamie Dimon, le patron de JP Morgan, a téléphoné à des membres du Congrès pour obtenir ce retrait. En outre, Citigroup aurait elle-même rédigé des parties de cette clause. Cette reculade -qui s’est faite en dépit de la protestation des Démocrates- est hautement symbolique, les dérivés ayant participé à la crise de 2008. Est-ce à dire que les leçons de cette dernière ont déjà été oubliées ?
La provision du Dodd-Frank demandait aux banques de créer une entité pour certaines de leurs transactions sur les produits dérivés, comme les CDS (credit default swaps). Il s’agissait de mettre en place un pare-feu entre ces activités et les dépôts des clients, qui sont assurés au niveau fédéral. La clause passée ce week-end met fin à cette règle, laissant ainsi ces activités de trading au sein même des banques. Pourtant, Washington avait plutôt bien résisté aux pressions de Wall Street jusque-là. Notamment pour éviter d’avoir à nouveau à renflouer les établissements en perdition avec l'argent du contribuable, comme cela a été le cas pendant la crise à coup de milliards. « Je pensais, quand le Dodd-Frank a été instauré, que les banques n’arriveraient pas à l’influencer, ayant perdu tout le prestige » qu’elles avaient, a déclaré Stanley Fischer, le vice-président de la FED lors d’une conférence vendredi dernier à Washington. « Comme je me trompais », a-t-il ensuite déploré.
Si le lobby des banques a été si intense, c’est parce que le marché des dérivés représente un enjeu pécuniaire colossal. Mais le plus étonnant, c’est que ce travail pour saper le Dodd-Frank ait été fait aussi publiquement. D’autant que, par exemple, dans le cas de JP Morgan, Jamie Dimon a dû œuvrer avec ferveur pour sauver sa réputation après les lourdes pertes de la « Baleine de Londres » sur des types de dérivés justement touchés par l’ancienne provision. Pour ne rien arranger, les chiffres parlent d’eux-mêmes. Depuis le début de l’actuel cycle électoral, l’industrie financière a dépensé plus de 1,2 milliard de dollars pour son lobby à Washington, selon Americans For Financial Reform. Ce qui correspond à près de 1,8 million de dollars par jour, rapporte Forbes.
D’autre part, et bien que la régulation soit bien plus sévère et coûteuse pour les banques, ces dernières sont toujours « trop grandes pour faire faillite » (« too big to fail ») et le système financier toujours plus concentré. Selon le Financial Times, les quatre mastodontes que sont JP Morgan, Citi, Bank of America et Wells Fargo représentent 68% des dépôts américains et ont une part dans le trading des dérivés encore plus significative.
Cela dit, toute victoire à un coût. Les banques se sont mis à dos une partie de la classe politique. « Ce que je dis c’est que le contribuable ne devrait pas assumer le risque », a déclaré en amont du vote Nancy Pelosi, membre du parti démocrate. Et d’ajouter que l’amendement est un retour « à la même vieille formule républicaine : privatiser le gain, nationaliser le risque ». En outre, ce changement est le meilleur moyen d’enflammer à nouveau l’opinion publique vis-à-vis des banques. Et de lui rappeler le rôle qu’a joué la finance dans la crise et le niveau d’influence qu’elle a sur les politiques. Ce qui est une mauvaise nouvelle pour les banques mais aussi pour les élus.
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