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Chine: les secteurs les plus exposés au risque de défaut

Les produits structurés chinois, les plus à risque, représentent un marché de 85 milliards d’euros, et concernent surtout les infrastructures, l'énergie renouvelable et les exploitations minières. 
Grande muraille de Chine
Grande muraille de Chine

Le Premier ministre Li Keqiang a officiellement annoncé hier soir que l’Etat n’interviendrait plus pour empêcher d’éventuels défauts de paiement d’entreprises privées, après que deux entreprises ont fait faillite en l’espace d’une semaine. La semaine dernière, Shanghai Chaori Solar Energy n’est pas parvenue à honorer le paiement d’intérêts pour un montant équivalent à 11 millions d’euros. Et cette semaine, les marchés ont découvert que Xaixin Steel, une exploitation minière au Nord du pays, avait également fait défaut.

Le discours annuel du Premier ministre hier tombait donc à point nommé pour éclairer les marchés sur la nouvelle stratégie des autorités chinoises et éventuellement rassurer ceux qui craignaient un éclatement de la bulle du crédit. Mais loin de nier la chose, le Premier ministre a donc réaffirmé que le parti communiste allait désormais laisser l’économie de marché jouer un plus grand rôle, et par conséquent mettre les entreprises surendettées de côté. «Ce que nous devons faire, c’est renforcer les contrôles, mettre correctement en œuvre des mesures de supervision adéquates et nous assurer qu’il n’y a pas de risque financier systémique, ni de contagion régionale » a déclaré le Premier ministre.

Le problème est qu’il est très difficile d’estimer le montant du marché des "bad loans", et en particulier des prêts accordés par les trusts, ces institutions financières non bancaires qui ont servi d’intermédiaires à de nombreuses sociétés ne pouvant emprunter auprès des banques traditionnelles. Les wealth management products (WMP), produits structurés accordés par les trusts, sont sans doute les plus risqués. Or, selon les estimations de Natixis, l’encours global de ces produits représentait à fin septembre près de 10 000 milliards de yuans, soit 85 milliards d’euros. « Il n’est pas possible de connaître la probabilité de défaut des entreprises dans les prochains mois », explique Bei Xu, analyste chez Natixis. « Mais une chose est sure, d’autres défauts auront lieu. Les secteurs les plus exposés sont ceux qui sont en surcapacité de production », poursuit-elle. Et notamment celui de l’énergie solaire, qui a connu un boom trop rapide ces dernières années et s’exporte mal, ainsi que celui des exploitations minières. Une autre façon d’estimer les secteurs les plus à risque est d’analyser la répartition des investissements des trusts par secteur. A ce titre, l’immobilier représente seulement 10% des investissements globaux des institutions financières, les infrastructures 25% et les "entreprises industrielles et commerciales" (qui comprennent les exploitations minières) 25% du total. 

Selon Chia Liang Lian, directeur de la gestion de la dette asiatique chez Western Asset (filiale de Legg Mason), il est tout de même nécessaire de relativiser le risque de défaut, puisque de nombreuses petites et moyennes entreprises chinoises fonctionnent bien et possèdent des bilans sains. « C’est une bonne chose que certaines entreprises fassent faillite », explique le gérant chinois. « L’assainissement du système financier est nécessaire et une plus grande discipline est importante ». Par précaution cependant, le gérant n’est pas investi en obligations d’entreprises du secteur des énergies renouvelables, dont la gestion est trop opaque selon lui.

Toute la difficulté du gouvernement sera cependant de doser habilement son retrait, sans que les défauts des entreprises ne provoquent une crise systémique. « Les autorités souhaitent éduquer à la culture de marché et enseigner que les défauts sont une chose normale. Mais elles devront bien ajuster leur discours afin de ne pas provoquer de panique », poursuit Bei Xu. Surtout, le gouvernement ne laissera pas toutes les sociétés faire défaut. « Les autorités analyseront s’il s’agit seulement de défauts de prêts ou si ces prêts ont eux-mêmes été utilisés pour créer des produits structurés », explique encore l’analyste. Dans ce second cas, il y a fort à parier que le gouvernement interviendra !

L’explosion de la bulle du crédit devrait donc avoir lieu, mais elle sera sans doute savamment contrôlée par le gouvernement, qui empêchera la propagation du risque systémique et interviendra par des rachats de titres ou des refinancements de sociétés, en cas de début de panique financière. Et il en a largement les moyens, estiment les analystes. 

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